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10/03/2008

Moisson rouge : du polar sans OGM

C'était en janvier 2007. Place de l'Opéra, une brasserie quelconque. Le steak était trop cuit, la purée froide, le vin moyen. Autant dire que ça commençait pas vraiment bien. En face de moi, une jolie jeune femme (c'est mieux) qui avait le rêve un peu fou de créer sa propre maison d'édition polar. Son nom : Judith Vernant (à la fille, pas la maison). Elle venait de quitter Hachette Littératures, avait rencontré une pointure critique et éditrice du noir français, Hervé Delouche. Nom de code : Moisson rouge.

 

76d9c2bcfcbca0f9f437fce15a5e51ca.gif C'était en janvier 2007, et Judith me parlait avec évidemment beaucoup d'enthousiasme et d'impatience. Début mars 2008, Moisson rouge est née (fin janvier même pour être précis). Avec comme première cartouche, un roman belgo-espagnol. Les vies parallèles de José Ovejero. Espoir du noir ibère, soutenu par Paco Ignacio Taïbo II, Ovejero livre un roman gris sur le passe colonial forcément sale du royaume d'Albert II.

 

Bruxelles, de nos jours. Deux pauvres loosers de la cambriole mettent la main sur une vieille photo. Sur le cliché, l'horreur congolaise : des Blancs posent avec leurs esclaves noirs aux mains coupées. Derrière le cliché, le nom d'un homme, devenu depuis un milliardaire à la réputation sulfureuse. Evidemment, les deux loosers se mettent en tête de le faire chanter. Et évidemment, ça finira mal.

 

Les romans noirs qui se déroulent dans la capitale belge sont rares. Par ce choix, Ovejero, qui vit entre Madrid et Bruxelles, donne à son livre, un ton sombre et nuageux. Le côté bas et lourd du ciel du Nord, vous savez, cette histoire de ciel si bas qu'un canal finit par se perdre, etc… Un sorte de roman brellien en quelque sorte. Surtout, un roman construit en short cuts sur les hasards et les destinées de l'existence, quand des mondes aux antipodes, des vies parallèles en somme, finissent par se croiser, jusqu'au tragique.

 

2279c18d815d2957a49110aee065c8a3.jpeg Moisson rouge s'est donné pour mission de faire (re)découvrir les auteurs de l'Internationale du roman noir, notamment en rééditant des chefs d'œuvre engloutis. Fin mars, paraît Le Crépuscule des stars, perle de Robert Bloch, le scénariste de Psychose, sur la mare aux canards hollywoodienne au moment de la bascule du muet au parlant. Un roman d'angoisse sur le vide de la création, entièrement retraduit par Jean-Paul Gratias et préfacé par François Guérif. Un travail de réhabilitation littéraire de premier ordre.

 

Sinon, pour les petits fouineurs du net, sachez que Judith Vernant, affublé de son acolyte et néanmoins directeur littéraire Jérôme Leroy, bel Hussard de gauche, ont un blog très personnel où ils défouraillent à tout-va contre les cons, à coups de femapoils, de pécéeffe et de scopitones en chambres. Feu!

 

Les vies parallèles, José Ovejero, Moisson rouge. Traduit de l'espagnol par Marianne Millon.

 

   

 
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