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09/10/2006

Deux pépites de Sallis

Parlons aujourd'hui de James Sallis, pointure du roman noir américain. Auteur classieux, dans la lignée chandlerienne et hammettienne du genre, chéri par une poignée de fidèles, mais dont la notoriété n'a pas encore atteint le grand public. Car Sallis est souvent taxé d'écrire des polars intellos donc difficiles d'accès. Tout ça parce qu'il ne chausse pas toujours les gros sabots du romancier scolaire, qu'il aime la nuance, le non-dit et l'ellipse. Tous les romans de Sallis ont un faux rythme permanent, proche du vieux blues qu'on écoute à la radio en voiture sur une longue route de campagne. Si vous n'aimez ni le blues, ni la campagne, n'allez pas vous faire foutre, mais essayez quand même Sallis.

L'homme nous revient en cette rentrée avec deux petites merveilles, Bois mort (en Série noire) et Drive (chez Rivages Noir). Bois mort est le premier volet de sa nouvelle série policière. Jusqu'à présent, le héros récurrent de Sallis était le privé noir Lew Griffin. Une série d'enquêtes qui sonnaient tellement juste (Le faucheux, Papillon de nuit, Bluebottle…) que longtemps on a cru que Sallis, homme discret et peu médiatisé, était un auteur noir. Râté, il est blanc, plus très jeune, avec des lunettes et une légère barbe. C'est toujours bon à savoir.

 

medium_couv_sallis_bois_mort.2.gif Dans Bois mort, on découvre Turner, ancien flic qui est venu se planquer dans une petite ville du Tennessee pour oublier un sale passé. A son retour du Vietnam, Turner est entré dans la police de Memphis. Bon flic, jusqu'au soir où il abat son coéquipier rendu dingue par le départ de sa femme. Envoyé en taule, Turner y tue un escroc qui veut sa peau. Dix ans de plus. Etudes carcérales en psychologie. A sa sortie, devenu psychologue, Turner ne supporte pas longtemps les névroses de ses patients, et fuit la ville. Pas de bol, à peine arrivé dans le Tennessee, il est embauché par le shérif local sur une affaire de meurtre. Un jeune vagabond a été retrouvé mort, empalé, les mains liés au dessus de sa tête.

Sallis aime construire ses récits sur le principe du va-et-vient. Bois mort alterne les chapitres sur l'enquête sur la mort du jeune empalé, et ceux sur le passé de Turner. Celui d'un solitaire embarqué au cœur de la fureur humaine.

 

medium_couv_sallis_drive.2.jpg Drive, l'autre roman de Sallis sorti en septembre, est un hommage au genre. En exergue, Sallis le dédie à "Ed Mc Bain, Donald Westlake et Larry Block , trois grands écrivains américains". Un livre sec et nerveux, sans fioritures, proche des frasques sanglantes de Parker, le héros tueur à gages de Westlake. "Bien plus tard, assis par terre, adossé à une cloison dans un Motel 6 à la sortie de Phoenix, les yeux fixés sur la mare de sang qui se répandait vers lui, le Chauffeur se demanderait s'il n'avait pas commis une terrible erreur". Voilà comment commence le livre. Un roman simple qui raconte l'histoire d'un homme, le Chauffeur, qui "conduit le jour en tant que cascadeur pour le cinéma, et la nuit pour des truands". Lors d'un hold-up sanglant, Chauffeur est doublé par ses partenaires. Il décide alors de traquer ceux qui l'ont trahi et de les tuer. Sans fioritures, on vous disait. Ici aussi, l'intrigue alterne les allers-retours, et les décors et les hommes sont plantés en trois mots. Du très grand art.

 

Bois mort, James Sallis, Série noire. Traduit de l'américain par Stéphanie Estournet et Sean Seago.
Drive, James Sallis, Rivages Noir. Traduit de l'américain par Isabelle Maillet.

 
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