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05/05/2008

Au Nord, il y a Per et Maj

2044989137.gif Adam et Eve n’ont pas fait que croquer la pomme, ils ont aussi écrit des polars nordiques. Rivages a décidé de rééditer les romans de Maj Sjöwall et Per Wahlöö, le couple fondateur du polar scandinave aujourd’hui tellement en vogue. Ceux que tout bon auteur suédois, norvégien, danois et même islandais – c’est le cas d’Arnaldur Indridason – se doit de citer comme modèles.

Entre 1965 et 1975, Sjöwall et Wahlöö, mari et femme, ont écrit une série de dix romans mettant en scène le policier de Stockholm Martin Beck et son équipe. Des romans doublement influencés à l’époque par Ed McBain et Simenon. McBain pour la description clinique et pointilleuse de l’enquête policière, Simenon pour l’atmosphère et la personnalité de l’inspecteur Beck, sorte de Maigret des neiges. « Tu es têtu, tu es logique et tu es d’un calme absolu. Tu ne te laisses pas aller à perdre ton sang froid et quand tu es sur une affaire, quelle qu’elle soit, ton comportement est strictement professionnel. Les mots répugnant, horrible, bestial relèvent du vocabulaire journalistique – ils ne te viennent pas à l’esprit. Un criminel est un être humain normal à ceci près qu’il est plus malheureux et moins adapté que les individus normaux. » C’est ainsi que Beck se décrit au début du roman Roseanna.

Premier livre de la série, Roseanna se présente comme « le roman d’un crime », celui d’une jeune touriste américaine assassinée durant ses vacances suédoises. Opiniâtre, Beck mène l’enquête entre la Suède et les Etats-Unis, et avec les moyens de l’époque. Pas de portable, pas de fax, pas de mail, pas d’ADN, ni de caméras de surveillance… Une époque où le temps était dicté par les délais postaux et où le dénouement de l’affaire dépendait fortement du flair du policier.

Avec ce roman, Sjöwall et Wahlöö posent les fondements de la plupart des bons polars scandinaves à venir les décennies suivantes : des livres réalistes où des policiers souvent dépassés sont confrontés à la violence d’une société dont le calme et la concorde ne sont qu’apparents. On note également l’importance de la météo qui rythme l’avancée de l’intrigue, un détail que l’on retrouvera notamment dans les romans de Mankell et Indridason.

Dans la préface au livre, Henning Mankell jutement, paie son tribut à Sjöwall et Wahlöö, louant un livre « clair, limpide » qui « n’a pas pris une ride ». Mais le romancier suédois ajoute que par rapport à 1965, « le monde a changé ». « Chacun fumait comme un pompier (…) Personne ne se baladait avec de minuscules magnétophones dans les poches, on ne connaissait pratiquement pas les ordinateurs. Les grandes vagues d’immigration n’avaient pas encore eu lieu », écrit le créateur du commissaire Wallander.

C’est à mon avis ce qui fait l’intérêt et la limite de Roseanna. Les amoureux du polar nordique goûteront ce retour aux sources littéraires. Pour les autres, le livre a quand même vieilli et surtout, il a été tellement copié depuis, qu’il en perd finalement son originalité de l’époque.

A signaler par ailleurs la parution du deuxième roman de la série, L’homme qui partit en fumée.

Roseanna, Maj Sjöwall et Per Wahlöö, Rivages Noir. Traduit de l’anglais par Michel Deutsch.

 
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