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09/04/2008

John Harvey, la belle coupe anglaise

1f3d6468998a3fd13509232a075f6808.jpg John Harvey est sans doute ce qui se fait de mieux en ce moment du côté de la littérature policière britannique. Pour preuve, son nouveau roman : D'ombre et de lumière, paru récemment. Troisième et dernier volet de la série Frank Elder, ancien policier de Nottingham retiré dans la solitude des Cornouailles. John Harvey est déjà à la tête d'un formidable cycle de polars, celui de l'autre flic Charlie Resnick, modèle du genre du roman de procédure policière.

 

Dans cette ultime aventure, Elder reprend du service en free-lance de l'enquête, pour se pencher sur les meurtres de deux femmes à huit ans d'intervalle et qui présentent des ressemblances troublantes. Parallèlement, le lecteur continue de suivre sa vie privée, ses relations ambigües avec son ex-femme, et sa timidité envers sa fille qui a failli être tuée par sa faute lors d'une de ses anciennes enquêtes.

 

Ce qui fait la force des romans de John Harvey est leur impression déconcertante de facilité. Avec lui, écrire un bon roman policier paraît extrêmement simple. Tout sonne juste, crédible et humain : les situations, les dialogues, l'avancée de l'intrigue… Pas d'esbroufe bang-bang, pas de violence gratuite, pas d'effets de manche stylistique, ni de coups de théâtre tirés par les lignes. Harvey écrit neutre mais beau, il soigne ses personnages et leur environnement, et même la figure éculée du tueur en série n'apparaît pas chez lui comme un artifice un peu facile. 

 

John Harvey traite avec élégance et un authentique respect du lecteur, le genre classique de l'enquête policière. A la croisée du roman procédural et du thriller psychologique, il sait combiner l'efficacité des pages-turners commerciaux et la grandeur des vrais écrivains. A part peut-être Thomas Harris, qui réussit une telle alchimie aujourd'hui dans le polar anglo-saxon? 

 

D'ombre et de lumière, John Harvey, Rivages Thriller. Traduit de l'anglais par Jean-Paul Gratias. 

01/12/2006

Un bel os à ronger

medium_couv_harvey.gif Bon, alors, on sort de sous sa couette, on met un pantalon, un petit pull, ses baskets, une écharpe parce qu'il fait frisquet, et on va dans sa librairie la plus proche acheter De cendre et d'os, le dernier polar de John Harvey. 

 

Plus qu'un roman noir, c'est un roman blême, d'une justesse et d'une simplicité absolue, comme les grandes œuvres évidentes, de Simenon à Thompson.

 

Pour beaucoup, John Harvey, c'est le créateur de la série des Charlie Resnick, son flic de Birmingham. Un ensemble de romans tellement bons que l'Anglais Harvey est devenu pour Birminghman ce qu'Ellroy est à Los Angeles ou Pelecanos à Washington : une référence. Il y a quelques années, Harvey a laissé tomber Resnick, pour un autre policier, Frank Elder, héros de ses deux derniers livres, De chair et de sang et De cendre et d'os. Aux dernières infos, Elder rempilerait pour une troisième et dernière enquête, et après basta.

 

Inspecteur principal, Frank Elder ne va pas bien. Dans De chair et de sang, sa fille était passée tout près du jugement dernier, par sa faute, estime-t-il. Fatigué et dépressif, il a quitté la police pour une retraite grise dans les Cornouailles. Sa fille n'arrive pas à se remettre, et ne veut plus voir son père. 

 

Parallèlement, le sergent Maddy Birch, de la police de Londres, est retrouvée assassinée près d'une voie de chemin de fer. Quelques semaines avant sa mort, elle avait participé à une arrestation violente au cours de laquelle un de ses collègues a été tué. 

 

Elder a bien connu Maddy Birch seize ans plus tôt. Au nom de ce souvenir amoureux, il accepte de donner un coup de main à l'enquête sur son assassinat, menée par une jeune policière noire, symbole et victime de la nouvelle discrimination positive anglo-saxonne. 

 

En styliste élégant, John Harvey ne se regarde jamais écrire, mais n’en oublie pas pour autant son intrigue policière. Tout sonne juste chez ce romancier de l'intime. Chaque personnage transpire des pages, y compris les seconds rôles. L'histoire avance, l'air de rien, sans faux suspense ni coup de théâtre artificiel. Mais, plus fort encore, derrière l'intrigue, Harvey parvient à dresser le portrait de l'Angleterre blairiste, stressée et sans rêve. Magistralement construit, De cendre et d’os parvient à mêler psychologie humaine et analyse sociale. Une perfection. 

 

De cendre et d'os, John Harvey, Rivages Thriller. Traduit de l'anglais par Jean-Paul Gratias. 

 
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