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06/05/2008

Frédéric H. Fajardie (28 août 1947 - 1er mai 2008)

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« Je préparais mon rapport lorsque le téléphone sonna. Et tout alla très vite. »

Ainsi commence Tueurs de flics, le premier roman de Frédéric H. Fajardie, écrit en 1975 et publié en 1979. Un premier roman comme une bombe, qui allait réveiller, avec ceux de Manchette et ADG, les vieux polars français à la papa. Fini Pigalle et les Apaches, place à l’injustice sociale, à la violence d’Etat, à la France de la crise économique, politique, mais surtout morale. Place à l’écriture rythmée, jeune et couillue d’un garçon romantique du 13e arrondissement, aux yeux doux et aux muscles secs.

301084478.gif Fajardie est mort le 1er mai 2008. 60 ans. Cancer. Autoproclamé « dernier mao de France », il était en réalité le dernier aristo du roman noir français. Un romancier à l’image de l’homme. « Tel que je vis, tel que j’écris », aimait-il dire avec son sourire de gamin frondeur, rappelant sa devise : « Tenir et savoir se tenir ». Un homme, comme tous ses héros, élégant, réservé, chaleureux, solitaire, révolté, amoureux, désenchanté, enfantin, brillant. Un homme qui plaçait l’amitié, la loyauté et la fidélité plus haut que tout. Son plus grand double littéraire, le commissaire Padovani, flic humaniste d’extrême gauche, rappelait d’ailleurs au début de Patte de velours que « dans (son) code personnel, l’amitié ne saurait transgresser la morale puisqu’elle n’en est qu’une manifestation supérieure ».

Fajardie est resté fidèle à son enfance, passée dans les romans chevaleresques de la librairie paternelle du 13e arrondissement, celui d’avant le massacre bétonné des années 1970. Il est resté fidèle à sa jeunesse, passée sur les barricades de mai 68, aux avant-gardes de la Gauche Prolétarienne. Ceinture noire de karaté, Fajardie jouait les services d’ordre, ne cachant pas son plaisir – intact jusqu’à la fin - à tataner du CRS. Il est resté fidèle à ses rêves de gosse, écrivant toujours pour le faible, l’homme seul, inadapté au monde vulgaire des « ressources humaines », des « sans-domicile-fixe » ou de « la France d’en haut ». Surtout, Fajardie sera pour toujours resté fidèle à Francine, sa femme, sa « sweet heart », à qui il a dédié tous ses livres depuis trente ans.

Fajardie était mon idole. Découvert par hasard à mes 18 ans dans une librairie toulousaine, l’œil attiré par les couvertures sublimes de Jean-Claude Claeys de la collection Neo. En apnée, j’avais englouti dans les semaines qui suivaient tous ses romans noirs existants : Tueurs de flics, La Nuit des chats bottés, La Théorie du 1%, Brouillard d’automne, Polichinelle mouillé, Gentil, Faty !, Querelleur, Sniper… Tous des chefs d’œuvre. Des livres violents, mais qui donnent goût à la vie, des livres qui vous font croire en l’homme, des livres qui vous font dire que vous n’êtes pas tout seul.

2058197934.jpg Devenu journaliste quelques années plus tard, j’ai rencontré pour la première fois Fajardie le 19 janvier 2004, à l’occasion de la parution de Full Speed, qui signait son retour au polar et celui de Padovani aux affaires. Pendant plus de quatre heures, nous avions parlé, timidement d’abord puis avec chaleur, attablé au café « Les Arts », dans le quartier Mouffetard. Quatre heures, au moins dix cafés chacun, et deux paquets de Malboro rouge. Quatre heures durant lesquelles Fajardie m’avait raconté un peu de lui. Hier, alors que j’apprenais sa disparition, j’ai retrouvé et relu les notes que j’avais prises à l’époque.

Il m’y disait son vrai nom : Moreau. Fajardie, c’était celui de sa grand-mère. Puis ses prénoms, splendides : Rufus, Ronald, Frédéric, Henri. « Rufus, le dernier lieutenant de César, celui qui lui est resté fidèle jusqu’au bout », ajoutait-il aussitôt. Ses premières nouvelles écrites en 1965, quelques poésies. Son dernier vers ? « La mouette était muette »…

 

Il me racontait son « besoin de valeurs ». « J’ai toujours été fasciné par les mecs qui disent : allez-y je protège votre fuite ! La vieille garde impériale à Waterloo, la beauté du petit cheval blanc… ».  Il me rappelait ses « rêves de petit garçon : les duels sous la lune, les portes qui grincent, le paradis perdu ». « Gamin, j’étais persuadé de mourir jeune dans une nouvelle révolution en Espagne sous Franco : entrer dans Madrid et tomber sous les balles fascistes ». Il me racontait les petits boulots de sa jeunesse, puis le bac en candidat libre, puis les multiples diplômes universitaires obtenus pour « voir si j’en étais capable ». Le concours de commissaire tenté en 1975, mais sans suite, hors celles littéraires.

304699537.jpg Surtout, il confiait qu’il était heureux d’être un homme debout, un homme en harmonie en quelque sorte. « J’ai pas honte de moi, j’ai pas trahi l’enfant que j’ai été », me lançait-il. Dans les années 1980, il avait approché le cinéma, écrivant entre autres des scénarios de films pour Delon. « Lui, le mec d’ultra-droite, je lui faisais lécher la joue d’un Noir, en lui expliquant, c’est fantastique Alain, ce sera une première mondiale ! », se souvenait-il dans un éclat de rire. Mais ce monde-là, celui des paillettes, du fric et des projecteurs, n’était pas le sien. A Apostrophes, Fajardie a toujours préféré son petit bureau et ses stylos plumes à encre turquoise. Les plateaux télé, il les a remplacés par les ateliers d’écriture pour les taulards, les chômeurs, les jeunes de banlieues, qu’il animait sans relâche.

Une fidélité au peuple qui l’a fait écrire pour les ouvriers de Metaleurop, et contre les reniements de la gauche caviar et R25 des années 1980. « Mitterrand, j’ai refusé d’en croquer, je l’ai payé, mais je m’en fous, expliquait-il. En 68, on tenait le monde, pourquoi les mecs ont-ils capitulé devant le fric ? Ils ont rallié les crapules mitterrandiennes pour se donner l’impression d’être toujours fidèle à la gauche. Mitterrand a enlevé la morale à la gauche. L’oppression était de droite, aujourd’hui, le politiquement correct est de gauche ».

Comme les héros de ses premiers romans noirs ou de ses dernières sagas historiques, Fajardie préférait se sacrifier à se renier. « Mon obsession ? Me battre et aimer. Tous mes espoirs, je les ai perdus, mais je continue. Perdre, c’est beau ».

Il aimait conclure ses courriers par « We will meet again », le chant des Alliés pendant la Seconde guerre mondiale. Alors, Frédéric H. Fajardie, we will meet again.

Bastien Bonnefous

(Portrait de Fajardie par Gérard Rondeau en 1985)   

12:46 Publié dans Polars français | Lien permanent | Commentaires (23) | Tags : fajardie

05/05/2008

Fajardie n'est plus

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On a appris ce matin la mort de Frédéric H. Fajardie le 1er mai, des suites d'une longue maladie comme on dit.

 

Fajardie était un ami et occupait une part immense dans ma vie de lecteur. Je parlerai sûrement de ce romancier et cet homme magnifique sur Polar Blog mais pour l'instant, les mots me manquent.

 

BB 

11:47 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (6) | Tags : fajardie

03/01/2007

Citation

 

"Allah est grand, et, dit-on, il aurait chaussé du 49."

 

Frédéric H. Fajardie (tiré de Feu sur le quartier général, Mille et une nuits) 

11:55 Publié dans Citation | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : fajardie, allah, citation

03/11/2006

Fajardie et nous on écoute

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J'essaierai un jour de vous parler de l'immense Fajardie, mon polareux préféré. Mais en attendant, lisez sa dernière interview sur son site fajardie.net (rubrique "le mot de l'auteur"). On y retrouve tout Fajardie, son humour sans peur et sans reproche, son sens de l'amitié et des valeurs, et sa haine de la connerie. Dieu que ça fait du bien !

 
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