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30/12/2008

Frère Jack, priez pour nous, pauvres pêcheurs

Bruen_main_droite_diable_G.jpg Si les fêtes de fin d’année vous dépriment, passez votre chemin, ce livre n’est pas pour vous. Polar Blog a plusieurs fois écrit sur Ken Bruen, j’ai même eu le privilège de le rencontrer pour une interview (ici). Au fil des années et de chacun de ses nouveaux romans, Bruen devient un auteur familier, presque un proche, quelqu’un de la famille.

Bruen a un double littéraire : Jack Taylor, le privé de Galway, ancien petit village irlandais où chacun connaissait les secrets de l’autre, devenu avec le développement économique du Tigre celtique de ces dernières années, une grande ville où tout le monde s’ignore et se craint. C’est important Galway dans les romans de Jack Taylor. C’est la ville qui change, c’est le temps qui passe, les années perdues, la tombe qui chaque jour se rapproche un peu plus.

Bruen écrit pour mesurer « combien de douleur un homme peut endurer ». Dans ses premières mésaventures, Taylor était alcoolique et toxicomane. Pas vraiment drôle, et pourtant il posait sur la vie un regard désabusé certes, mais ironique et moqueur. Puis, au fil des titres, Taylor s’est obscurci. Il est devenu définitivement dépressif, un temps même suicidaire, la rage et le désespoir en permanence au bord des larmes.

La main droite du diable est la cinquième enquête de Jack Taylor. Cette fois-ci, le privé abandonné plus que solitaire, sort de l’asile où il a tenté – en vain - de se remettre de la mort par sa faute de l’enfant de ses meilleurs amis. Il ne boit plus, ne fume plus, ne se drogue plus. Taylor a décidé de tout s’interdire, à commencer et surtout par être heureux.

La décapitation du père Joyce dans un confessionnal de Dublin va paradoxalement le ramener à la vie. La mort d’un prêtre, quel plus beau symbole de cette nouvelle Irlande, cupide, ultralibérale et sans limite ? Mais comme dans une de ses précédentes enquêtes – Le martyre des Magdalènes – Bruen-Taylor en profite également pour régler ses comptes avec la violence et le mensonge de l’Eglise.

D’un côté, une société qui perd la tête ; de l’autre, un homme condamné au malheur, qui puise son énergie dans la poésie et la culpabilité. Interrogé sur l’issue possible de la saga Taylor, Bruen m’avait répondu : « ça finira très mal, forcément ». On n’a aucune peine à le croire.

La main droite du diable, Ken Bruen, Série Noire. Traduit de l’anglais par Pierre Bondil.

PS : à signaler la parution en février à la Série Noire, du prochain Ken Bruen, Cauchemar américain. Polar Blog vous en parlera. Sans aucun doute possible.

14/03/2007

Grangé, épisode 3

Ultime volet de l'interview de Jean-Christophe Grangé, dont le dernier roman, Le Serment des limbes, vient de paraître.

 

 

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Pouvez-vous nous raconter vos débuts? 


A 20 ans, je suivais des études universitaires de lettres. J’étais un jeune homme sérieux, fou de musique, et mon rêve, c’était de devenir pianiste. J’ai tenté ma chance dans la chanson pendant mes années de fac. C’était mon sursis, je savais que si je n’avais pas réussi avant la fin de mes études, je devrais aller bosser. C’est ce qui s’est passé. J’ai échoué dans la musique, et par piston, je suis entré dans une boîte de pub après mes études. Ça a été un cauchemar, je me retrouvais dans un boulot non seulement chiant, mais qui piétinait toutes mes valeurs. Je venais des lettres, de la faculté, de l’intelligence, j’étais pour la profondeur, la réflexion, et je me retrouvais dans le milieu totalement superficiel de la publicité. J’étais avec des gens absurdes, mais c’est eux qui avaient raison puisqu’ils me donnaient un salaire. Donc j’étais très malheureux. Je dis souvent que si j’en suis là aujourd’hui, c’est grâce à 50% de talent, mais surtout à 50% de caractère. J’étais tellement laminé qu’il fallait absolument en sortir. Je me suis mis à mon compte dans la pub, et à côté j’ai recommencé la musique. Puis j’ai rencontré des photographes qui m’ont donné la chance de ma vie, les suivre sur de grands reportages aux quatre coins du monde. J’ai alors découvert le journalisme, les voyages, les sujets d’aventure extrême, c’était incroyable. J’ai découvert alors les polars, que je lisais dans les avions. Et j’ai décidé d’en écrire un, avec les aventures que je vivais dans mes voyages. Ça a donné Le vol des cigognes. A la fac, j’avais déjà essayé d’écrire, mais c’était creux, on sentait bien que je n’avais rien vécu, c’était de la branlette intellectuelle.

Comment vous voyez-vous dans dix ans ?

Je sais une chose : je serais toujours écrivain, jusqu’à ma mort. Ensuite, il y a toujours ce qu’on aimerait faire, et ce qu’on peut faire. Moi, j’écris des polars car j’ai l’impression de ne savoir faire que cela. Les idées qui me viennent à mon bureau, sont des idées noires, violentes, de idées meurtres, bref des idées policières. Je n’ai pas d’idée de comédie sentimentale. Un jour, j’aimerais réussir un thriller amoureux, mais c’est très difficile et quand on est habitué à écrire sur la mort, tout le reste semble bien léger. Ou alors peut-être une grande saga familiale, sur plusieurs générations, type Martin du Gard. Mais pour l’instant, j’ai quatre romans en tête, et tous sont des policiers.

Vous connaissez un succès considérable. Pense-t-on alors à la postérité ?

Pas vraiment, parce que le polar a un avantage, il vous apprend la modestie, puisque tout le monde vous explique que c’est un genre mineur. De plus, en France, on associe toujours succès public avec médiocrité et non postérité. A moi le succès et à Gracq la postérité. Mais quand on écrit, on gagne sa vie en profondeur, le livre reste, même sans parler de postérité. C’est une activité intense, profonde. Ecrire, c’est l’action.

Comment définiriez-vous votre statut dans le polar français ? Il est de bon ton de vous dénigrer, non ?

Je trouve que je n’ai pas été trop victime des préjugés habituels. La critique est souvent bonne avec mes livres. Mais il faut remettre les choses à leur place, le cénacle littéraire français concerne quelques critiques à peine. Ce sont des couches de vernis très fines et très illusoires. Moi je n’appartiens pas au système. J’ai eu cette chance. J’avais envoyé mon premier roman à Albin Michel et la Série noire, et tous les deux voulaient me publier, mais Albin a été plus rapide à répondre. Si la Série noire avait répondu avant Albin, j’aurais eu certainement le label qualité polar, mais moins de succès parce que plus proche d’un ghetto. Finalement, tout ça, c’est simplement une histoire de calendrier, ça permet de relativiser. Albin Michel m’a permis d’exploser les chapelles. C’est un éditeur moderne, avec une réputation grand public. Il y avait presque un côté rebelle à aller chez un éditeur mal côté. Aujourd’hui, Albin a fait la preuve de son efficacité.Quand je faisais des reportages d’aventure, un rédacteur en chef me disait toujours : si avec ton sujet, tu fais Géo c’est bien, mais Match c’est mieux. Toucher un grand public avec un genre acquis pour un petit public, est toujours plus intéressant.

Etes-vous tenté par la réalisation au cinéma ?

On me l’a souvent proposé. Quand vous voyez le destin de vos livres au cinéma, vous vous dites parfois « je vais le faire ». Mais j’ai eu la chance d’être scénariste et de voir de l’intérieur le monde du cinéma. C’est un bordel généralisé. Kubrick ou Coppola, je ne sais plus, disaient « Faire un film, c’est comme écrire Guerre et Paix dans un auto-tamponneuse ». On vous demande d’écrire, mais on secoue votre fauteuil toutes les dix minutes, on vient vous voir pour vous dire que la météo ne va pas, que le budget est réduit, que l’acteur fait un caprice… Il faut être chef d’orchestre pour faire un film. Moi, je suis un auteur mille fois plus libre derrière son petit bureau. Un film est un compromis permanent, je suis très admiratif des réalisateurs. Surtout, c’est une expression artistique qui n’a rien à voir. Moi je sais écrire une phrase, pas cadrer une image.

Quelles sont vos lectures ?

Je lis trois types de livres. Les documents qui traitent des thèmes que je vais aborder dans mes livres, c’est désormais la grande majorité de mes lectures. Mais je lis aussi les nouveaux venus, et puis mes amours que je lis et relis, comme Le Grand nulle part d’Ellroy ou Piège pour Cendrillon de Japrisot. Tout est béton dans ces romans.

Quel est votre prochain projet ?

Ça vient d’une anecdote. Il y a deux ans, le rédacteur en chef de Cinélive, un ami, avait eu l’idée de faire écrire à des auteurs le synopsis d’un scénario qui imagine la suite d’un film qu’ils adorent. Moi, j’écris Marathon Man 2. J’invente l’histoire, je la balance à Cinélive. Quand mon éditeur l’a su, il est devenu fou. Il m’a dit : mais c’est un super bouquin, et tu donnes ça à un magazine ! On l’a finalement récupéré, et le livre va exister. Ce devrait être une série B d’horreur, un livre plus court, avec des meurtres bien sanglants. Ça devrait s’appeler Miserere, mais pas un truc religieux, un roman d’angoisse, de meurtres sur la voix humaine. Quelque chose de vraiment inquiétant. 

 

Interview : Bastien Bonnefous

Portrait : Vincent Baillais    

13/03/2007

Grangé, épisode 2

Suite de l'interview de Jean-Christophe Grangé, à l'occasion de la sortie de son roman Le Serment des limbes.

 

 

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Le Serment des limbes est votre sixième roman. En quoi avez-vous évolué depuis vos débuts à la fin des années 1990?

J’ai connu deux évolutions naturelles. D’abord, ce que j’ai déjà fait, je ne vais pas le refaire. Donc ça m’oblige à toujours trouver des idées inédites. Ce sont les mêmes étapes qui reviennent, comme l’exposition du premier thème et du deuxième thème dans une sonate, mais je cherche des variantes. L’autre évolution relève de mon expérience, de mon aisance plus grande vis-à-vis de l’écriture et du succès. Je me permets de nouvelles choses, des digressions plus larges sur le passé, la psychologie des personnages. Avant, j’avais tendance à les présenter à travers l’enquête, l’action et leurs réactions. Désormais, je n’ai plus peur de quitter l’intrigue pour entrer dans la tête des personnages. Mes héros ne sont plus que des blocs de violences.Dans Le Serment, je me suis aussi risqué sur le terrain amoureux, je vais essayer d’approfondir ces nouvelles galeries.

Mais vous ne mettez rien de vous dans vos romans et dans vos personnages ?

C’est une question de pudeur et de timidité. Je ne suis pas un type qui pourrait écrire sur sa vie et ses états d’âme. J’aime créer des personnages de fiction, qui ont toujours une part personnelle, on ne démarre jamais de zéro, mais qui ne sont pas moi. Le Serment est mon deuxième roman écrit à la première personne. La première fois, c’était dans Le vol des cigognes, mais ce livre était mon premier, et dans un premier roman, on dit souvent « je » parce que c’est une longue lettre qu’on écrit d’abord à soi-même. Pour les suivants, je m’étais fait un point d’honneur à écrire à la troisième personne, avec des personnages aussi éloignés de moi que possible.

Le Serment des limbes traite beaucoup du sentiment religieux. Etes-vous vous-même croyant ?

Oui, mais de façon dilettante. Je me suis posé les grandes questions, et j’ai assez naturellement trouvé les réponses par mon éducation catholique. J’ai un regard très large sur toutes les religions, mais ma conviction intime liée à l’enfance, est celle de la religion catholique. Mais je ne pratique pas. J’ai d’ailleurs été surpris, quand j’ai eu des enfants et que j’ai voulu leur donner une éducation catholique, avec baptême, catéchisme, etc…, de voir à quel point le milieu catho n’avait pas évolué. Quand on voit comme on s’ennuie à une messe, comment tout est triste, coupé du monde, il ne faut pas être étonné qu’il y ait une désaffection des gens. L’Eglise répand un message d’un autre temps. C’était l’idée aussi du livre, de montrer comment un homme catholique de son temps, flic de surcroît, répond aux problèmes de son monde.

Vous êtes un romancier de l’histoire. D’où vient ce goût ?

Il vient du cinéma, je crois. Au cinéma, 95% de la production raconte une histoire. Je suis d’une génération qui a presque plus vu de films que lu de livres. Le polar, tout en étant un genre de vraie qualité littéraire, offre cette excitation d’une histoire complexe. C’est un genre qui a échappé à l’évolution du roman français au 20e siècle, qui a peu à peu abandonné l’histoire, comme en musique, on a parallèlement abandonné la mélodie, devenue un truc ringard. Sauf qu’en musique, il s’est passé un truc incroyable : c’est le rock qui reprend tout le matériau tonal. Pour moi, le polar c’est du rock littéraire.

Pour vos romans, faites-vous des plans, et avez-vous des habitudes d’écriture ?

J’ai toujours une histoire très articulée. Quand je commence à écrire, je sais toujours comment va finir le livre. Comme au cinéma, j’ai un scénario et un plan de tournage qui suit plus ou moins la chronologie. Le travail de structure est rapide, comme une transe, mais l’écriture est très longue. Quelques semaines pour l’idée, deux ans pour la réalisation. Au quotidien, j’écris très tôt le matin, à 4 heures, puis je redors à 8h, puis je me relève et je récris pour le déjeuner, puis je me recouche. J’ai une bonne forme pour écrire au réveil, donc je multiplie les siestes pour être plusieurs fois d’attaque dans la journée.

Avez-vous des périodes de non-écriture ?

Jamais, j’écris tous les jours de l’année. Il n’y a pas d’entre deux romans, parce que pendant que j’écris un roman, les idées du suivant me viennent. A la fin ddu Serment, j’ai décroché pour préparer le synopsis du suivant, et j’ai enchaîné à la fin. Je pense tout le temps à un roman. Même quand je lis les collègues ou que je regarde un film, il faut toujours que j’analyse comment c’est construit. C’est certainement une forme de névrose, avec une angoisse de m’arrêter. Mais c’est pareil dans la vie, je ne prends jamais de douches, c’est une perte de temps ! Ma femme, elle, adore se faire masser et se détendre, prendre le temps, moi c’est inimaginable. J’ai commencé à écrire mes livres tout en travaillant, c’est pourquoi je me levais très tôt, pour écrire avant d’aller au travail. Ça m’a pris dix ans avant d’admettre que j’étais romancier et que c’est comme cela que je gagnais ma vie.

 

Interview : Bastien Bonnefous

Portrait : Vincent Baillais

 

A suivre, le troisième et dernier épisode. 

12/03/2007

Attention, Grangé danger !

medium_couv_grangé.gif Je l'avoue, j'aime bien les romans de Jean-Christophe Grangé. Pas tous - Le Concile de pierre, par exemple m'avait déçu - mais je me laisse souvent prendre par ce sens de l'action très enfantin finalement. Grangé fait dans l'efficace, dans le professionnel du polar. Des héros très typés, un chapitre une action, des rebondissements en veux-tu en voilà, on embarque à chaque fois dans une gros bolide un peu tape à l'œil. Sûr, Grangé ne fait pas toujours dans la finesse, ni dans la nuance, mais il croit en ses histoires et en ses personnages. Il aime ça, on le sent, et moi avec. 

 

Son dernier best-seller, Le Serment des limbes, sorti ces jours-ci, n'échappe pas à la règle. Deux flics catholiques, une secte satanique, des victimes possédées, un tueur qui semble le Diable, et du sang, du sang, du sang. 700 pages à tombeaux ouverts, qui laissent un peu sonné une fois refermées. 

 

Jean-Christophe Grangé nous a reçu chez lui, à Paris, quelques jours avant la sortie du roman. Un homme simple, drôle et sympathique, qui boit beaucoup, beaucoup de thé. Interview feuilleton sur son dernier livre, ses précédents, ses débuts, ses goûts…

 

Aujourd'hui épisode 1.

 

 

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Comment vit-on pendant plusieurs mois avec ce type de roman ?

D’abord, sa taille est inhabituelle par rapport à mes autres livres, près de 700 pages. On vit un tel roman avec impatience, on sait qu’on a une somme de pages à écrire, on sait donc qu’il faut être raisonnable, écrire chaque partie sans penser aux autres ni à la fin. J’ai mis plus de deux ans et demi à l’écrire. Mais j’ai ressenti pendant l’écriture la même chose que pendant celle de mon premier livre Le vol des cigognes : malgré les difficultés, on se dit que l’histoire vaut le coup. Je sentais que j’avais une bonne histoire.
Il y a une autre différence sur ce roman. Dès le départ, j’avais mon histoire de A à Z, découpée, séquencée comme un synopsis de film. J’avais alors signé avec un producteur de cinéma, pour une adaptation. On est toujours en pourparler avec Hollywood, mais une adaptation a été écrite par un scénariste américain d’après mon synopsis pendant que moi, j’écrivais mon livre de mon côté. C’est une démarche assez inédite.

D’où vient cette histoire justement?

Comme souvent pour mes romans, je me suis inspiré de mes reportages quand j’étais grand reporter. J’avais été très frappé par un reportage pour Paris Match et Life, sur les survivants, avec entre autres une miraculée de Lourdes, et une fillette noyée pendant plus d’une heure aux Etats-Unis et revenue à la vie. J’ai déroulé cette ligne, m’intéressant à ce qui peut se passer pendant qu’on est mort. C’est comme cela que j’ai eu l’intuition des « expériences de mort imminente » négatives. Certains survivants disent avoir vu une lumière blanche qui symboliserait Dieu, pourquoi d’autres ne verraient-ils pas une lumière noire ou rouge, comme le Diable ? Une porte sur l’Enfer en quelque sorte. Au départ, c’était une intuition de ma part qui s’est confirmée au cours de mes recherches. Il y a eu des cas de expériences de mort imminentes qualifiées de « maléfiques », mais sans être sataniques comme dans mon livre. Pareil, au Vatican, il existe bien un Enfer dans la bibliothèque, avec des livres censurés, souvent à caractère pornographique, mais il existe aussi une autre pièce avec uniquement des ouvrages consacrés au diable. Mon ex femme, également reporter, avait réalisé un reportage sur la bibliothèque du Vatican, je m’en suis inspiré et j’y suis retourné pour les besoins du livre. Le Vatican a bien voulu me recevoir. En revanche, j’ai inventé la secte satanique des Asservis, pendants naturels diaboliques des croyants chrétiens parfois obsédés par les reliques divines. J’aime toujours ajouter des couches à la réalité.

Mais le livre reste un polar, pas un roman fantastique ou ésortérique…

J’ai voulu éviter l’écueil du polar religieux dont le héros serait un curé, dont la moitié se passerait au Vatican, avec des complots… C’est du déjà lu et du déjà vu. Je voulais au contraire une histoire de flics de terrain confrontés à un problème métaphysique. Une vraie enquête où l’assassin a l’air d’être le diable.

Ce roman fait donc partie de votre projet de « Trinité du Mal » ?

J’ai toujours cette idée très vague, sans titre, ni personnages récurrents pour l’instant, d’écrire trois livres sur les sources du Mal. Le premier, La Ligne noire, traitait des sources de la psychose meurtrière, où l’on pénétrait le cerveau d’un tueur en série. Le deuxième, ce Serment des limbes, est une remontée vers le Mal métaphysique, celui du diable. Et le troisième, qui ne sera pas mon prochain livre – entre temps, j’ai eu une autre idée que je veux écrire vite, en une année – sera une remontée vers le Mal préhistorique, originel. Une enquête criminelle plongée dans le monde contemporain, mais qui remontera à un traumatisme originel. Mon but, c’est d’expliquer pourquoi l’espèce humaine est la seule espèce cruelle envers elle-même, la seule qui prenne du plaisir au mal. Peut-être qu’au troisième roman, j’aurai trouvé un titre pour l’ensemble. Le réalisateur Dario Argento avait eu lui aussi un projet de trilogie sur les sorcières dans les années 70, avec les deux films Suspiria et Inferno. Mais à plus de 70 ans, il n’a toujours pas réalisé le troisième, mais il paraît qu’il y travaille. Je vais essayer moi de finir le boulot avant 70 ans.

Avez-vous une fascination pour le Mal ?


C’est le malentendu classique avec le public : les gens pensent que si vous écrivez sur la mort et la violence, c’est parce que finalement vous aimez ça. Mais c’est exactement le contraire. On écrit toujours sur ce qui vous choque et que vous ne comprenez pas. Moi, depuis mon enfance, c’est la violence, le mal, le sadisme humain, avec au final bien souvent la mort. Enfant, j’étais très trouillard, un gamin sujet aux cauchemars, bercé dans la peur, et petit à petit j’en ai fait un objet de fascination. D’abord par les histoires de monstres, puis par les films d’horreur à l’adolescence. J’avais envie d’aller au bout du tunnel noir et d’ouvrir la porte. Cette passion, finalement, ne m’a jamais lâché. Je suis toujours les tendances du cinéma d’horreur, et plus largement l’univers de la peur dans l’art. Et plus tard, quand j’ai découvert les polars, outre le talent et le sens du rythme propre au genre, j’ai retrouvé la même jouissance que plus jeune devant les films d’horreur. Surtout dans le polar américain très violent des années 1980, un polar souvent à base de tueurs en série, est très proche du cinéma d’horreur. James Ellroy ou Thomas Harris ont créé des tueurs maléfiques de films d’horreur. De mon côté, tous mes livres racontent des histoires de tueurs en série, avec quelques variantes à chaque fois, mais je garde ce goût du genre dans le genre. Un tueur tue plusieurs fois, d’une manière particulière. Quel est son mobile, quels sont sa psychologie, son savoir-faire ? Une série de meurtres avec une signification cachée.

 

Interview : Bastien Bonnefous

Portrait : Vincent Baillais 

 

A suivre, l'épisode 2.
 

 
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