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26/03/2009

Chainas et DOA, la possibilité d’un genre

Il y a du neuf dans le polar made in France. Coup sur coup, au début de ce mois pour l’un et la semaine prochaine pour l’autre, la mythique Série Noire publie deux romans de poids signés par des quadra bien décidés à renouveler le genre. Le Serpent aux mille coupures de DOA (pseudo pour Dead On Arrival) et Anaisthêsia d’Antoine Chainas (tous les deux sont invités du festival Quais du polar, qui se tient du 27 au 29 mars à Lyon), déboulent en pack serré dans un paysage français coincé ces dernières années entre le polar de critique sociale souvent égaré dans le discours idéologique, et le thriller spectaculaire et violent mais déconnecté du réel.

chainas1.jpg Enfants de la crise et de la culture de masse, aussi bien influencés par la littérature que par la musique, le cinéma, la bande dessinée ou les jeux vidéo, Chainas et DOA ont choisi d’autopsier avec minutie notre 21e siècle balbutiant. Après le bouillant Versus, son précédent roman paru en 2008 qui suivait les traces sanglantes d’un flic haineux chasseur de pédophiles, Antoine Chainas, postier dans le civil, livre une nouvelle bombe glaçante cette fois, Anaisthêsia. L’histoire d’un flic noir défiguré et rendu insensible à la douleur après un accident de voiture, qui va enquêter dans les milieux de la drogue et de la torture sexuelle.

Son éditeur présente Chainas comme « le Chuck Palahniuk français ». L’intéressé, fin connaisseur du genre gore et de la série Z, avoue simplement une « attirance instinctive pour les déviants, les marginaux, tous ceux qui à la périphérie de la société, définissent bien mieux que n’importe quel discours pontifiant, la normalité ». Romancier du corps, « dernier bastion du libre arbitre » – Chainas souhaite adapter la littérature aux « enjeux sociaux contemporains » : « l’homme et la société sans Dieu, sans croyance, sans mythologie, un monde uniquement individualisé et instantané ».

9782070124725.gif Une entreprise partagée par DOA qui a choisi, lui aussi, de fouiller les poubelles de nos temps modernes. En 2007, dans son impressionnant pavé Citoyens clandestins, il sondait les coups tordus des services secrets français sur fond de menace islamiste. Plus sec et nerveux, plus sprint que course de fond, Le Serpent aux mille coupures inspecte, lui, la mondialisation, sous toutes ses coutures tranchantes. Un règlement de compte entre narcotrafiquants colombiens et napolitains à Moissac, terre viticole traversée par les haines entre petits producteurs, et c’est notre monde qui est mis sous cloche. D’un côté, le trafic de drogue, « symbole de la mondialisation débridée, sans partage ni pitié » ; de l’autre, Clochemerle à la vigne, signe du « repli sur le local et du retour à la terre », dixit DOA.

Deux romans qui racontent leur époque et ses enfers, deux romans épurés et sans clin d’œil démago en direction d’un lectorat rassasié de faciles « chattamisations ». Deux romans surtout, qui après l’excellent Zulu de Caryl Ferey, paru lui aussi l’an dernier à la Série Noire, prouvent que le noir a encore de l’avenir devant lui, Obama ou pas.

Le Serpent aux mille coupures, DOA, Série Noire, 217 p., 15,90 €.
Anaisthêsia, Antoine Chainas, Série Noire, 309 p., 15,50 €.

 

Antoine Chainas a accepté de répondre par mail à quelques questions pour Polar Blog.

L'entretien par mail, pratique souvent décevante car désincarnée, prend au contraire toute sa dimension avec Chainas, aussi à l'aise devant un clavier d'ordinateur que devant une table d'autopsie.

Bonne lecture.

 

Anaisthêsia, comme Versus, comme Aime-moi Casanova, présentent tous un goût évident pour la marginalité ?

Toujours, oui, cette attirance instinctive, cette empathie - dans mes livres et dans la vraie vie - pour les laissés-pour-compte, les déviants, les marginaux... Tous ceux qui, à la périphérie de la société, définissent bien mieux que n'importe quel discours pontifiant, la normalité. Tous ceux qui savent, par les codes qu'ils recréent, les lois qu'ils se fixent, rester intègres... Purs, en quelque sorte. Purs parce que rejetés. Purs parce que non corrompus - ou corrompus d'une manière inhabituelle - par le système.

Toujours aussi la même obsession du corps ?

Le corps, quelle immense terre de liberté ! Merde à l'histoire, merde à la politique, merde au système, car à la fin et au commencement, il n'y a que le corps, encore et toujours. Un corps sans Dieu. Un corps désespérément seul. Et pourtant probablement le dernier bastion d'un libre arbitre illusoire et définitif. Corps faillible, corps perfectible, corps éphémère : toutes ces constantes se rejoignent pour former, en creux, l'aboutissement d'un prosaïsme ultime, à mon sens : l'humain.

Toujours enfin une envie consciente (ou pas) de choquer les lecteurs ?

Je n'ai jamais eu envie (en tout cas pas consciemment) de choquer quiconque. La démarche, en elle-même, si elle constituait un but en soi, serait éminemment stérile. Je crois que la question ne se pose pas en ces termes. Sans doute ne devrais-je pas dire ça, peut-être est-ce politiquement incorrect, mais je me contente d'écrire ce qui me tient à coeur, ce qui me semble pertinent d'un point de vue strictement interne, sans tenir compte d'aucune contrainte externe (lectorat potentiel, canons esthétiques ou moraux, processus éditorial). Le reste, dès le dernier mot tapé, ne m'appartient plus. A la limite, ce n'est plus mon affaire. Si les gens sont outrés, peut-être leur incombe-t-il de regarder au fond d'eux-mêmes et de se demander, profondément, intimement, pourquoi. Personnellement, à chaque fois que je termine un livre, j'ai l'impression d'avoir été relativement sage, d'être resté correct et cohérent. J'ai l'impression d'avoir parlé de choses banales, normales. Ce n'est que lorsque les retours arrivent, que je me rends compte du caractère potentiellement dérangeant de l'ouvrage, suscitant parfois même des réactions absurdement extrêmes ou vindicatives. Mais une fois encore, à ce stade-là, je ne me sens plus vraiment concerné.

Versus donnait le sentiment d’un roman chaud, Anaisthêsia celui d’un roman froid, voire glacial ?

C'était effectivement un des effets recherchés et si j'y suis parvenu, c'est vraiment un motif de satisfaction. A la fois par une volonté de rupture avec l'incandescence de Versus, mais aussi parce que, justement, le propos s'y prêtait, cette histoire, le style qui la portait, devaient être froids. A l'extrême pour toucher le centre. Le jeu avec les limites du lecteur éventuel habitué à certains codes, certains repères aisément identifiables et rassurants, sans pour autant découler d'une volonté provocatrice, y est probablement tout aussi poussé, mais d'une manière différente. On se brûle aussi bien avec le feu qu'avec la glace.

Autre point commun entre tous vos romans : ils parlent tous d’amour et des folies auxquelles peut mener la passion?

L'amour est un ressort dramatique universel. Mais ce qui m'intéresse plus précisément, ce sont les dérèglements qu'il met à jour ou exacerbe parfois. L'amour est souvent (toujours ?) l'histoire d'un malentendu. Là où ça devient intéressant, c'est quand le malentendu se dissipe. Pour le meilleur (dans la vraie vie, ça arrive) ou pour le pire (la plupart du temps, dans le genre qui nous occupe). Ce poème d'Aragon me revient en mémoire : "Rien n'est jamais acquis à l'homme. Ni sa force ni sa faiblesse ni son coeur. Et quand il croit ouvrir ses bras son ombre est celle d'une croix. Et quand il croit serrer son bonheur il le broie. Sa vie est un étrange et douloureux divorce..." Il a résonné comme une mystérieuse antienne tout au long de la rédaction d'Anaisthêsia. Le lien n'est pas encore tout à fait établi dans mon esprit, mais le fait est là.

Quel message se cache derrière cette insensibilité à toute forme de douleur du personnage central Désiré Saint-Pierre ? Est-ce une variation sur le thème d’un monde de plus en plus déshumanisé et de plus en plus insensible?

Oui, et j'emploierais même un mot absolument anti-commercial : philosophiquement, il s'agit de confirmer l'homme - grégaire ou atomisé - comme indissociable de la douleur. Ôtez-la-lui, et il perd son statut d'être humain. Essayez d'éradiquer de la société tous les facteurs de risque, toutes les déviances, toutes les douleurs, et vous obtenez un monde très proche de celui qu'on tend à nous vendre. En oubliant que la douleur, le dérèglement, la déviance sont incompressibles et que, par un phénomène de compensation - ou translation - ils trouvent toujours un moyen de ressurgir où on ne les attend pas. C'est sans doute mon côté optimiste qui parle. Mais on revient aussi plus généralement - et je pense que c'est relativement prégnant dans Anaisthêsia - à cette notion duale agnostique/mystique... L'homme, la société sans Dieu, sans croyance, sans mythologie autre que contemporaine, sans altérité. Un monde uniquement, totalement individualisé et instantané.

Aurélien Masson, votre éditeur à la Série Noire, parle de vous comme du Chuck Palahniuk français. Comblé? Agacé? Etonné? Outré?

Agacé ou outré, sûrement pas. Palahniuk est un grand narrateur et il a compris avec une rare lucidité les enjeux sociaux contemporains et surtout ceux de la littérature qui doit, qui ne peut que s'adapter. Mais, au risque de me répéter, d'une manière générale, les comparaisons - inévitables et nécessaires, certes - appartiennent uniquement à ceux qui les font. Je ne me sens donc pas vraiment concerné.

DOA, Caryl Ferey, Thierry Marignac, vous… assiste-t-on à quelque chose de particulier à la Série Noire version XXIe siècle ?

Oh oui, j'en suis persuadé. Et c'est là l'intime conviction de quelqu'un qui n'a strictement aucun flair en matière de tendances ou de potentiel commercial. Nous parlions de Palahniuk tout à l'heure... Eh bien je pense que ces auteurs, justement, sous la direction essentielle d'Aurélien Masson, sont en train, eux aussi, chez nous, de participer, chacun à leur manière mais tous avec une sincérité sans faille, à l'adaptation nécessaire de la littérature et plus spécifiquement du polar au monde de demain.

31/03/2008

Juré, il y a autre chose que Grégory Collomb et Gérard Coupé à Lyon

f9c259d45dd9458c240d08d18250e7da.jpeg J’ai passé le week-end à Lyon, invité au festival Quais du Polar. A quoi ressemblent trois jours de débats et de rencontres autour du noir ?

Ça ressemble au texan Joe R. Lansdale, qui avait perdu sa femme avant de partir, mais qui auparavant avait expliqué, avec son accent à couper à la tronçonneuse, que « le personnage du privé américain n’est rien d’autre que l’évolution logique du cow-boy solitaire du far-west ».

Ça ressemble à Didier Daeninckx qui, dans un débat sur 68 et le polar, rappelle son amour et sa dette à Fajardie et Manchette. Ce sont eux qui, au début des années 1970, lui ont montré, comme à d’autres, que le polar français pouvait sonner comme les hard-boiled américains. Et le romancier d’Aubervilliers de scotcher votre serviteur par sa lecture du Petit bleu de la côte ouest, le chef d’œuvre de Jean-Patrick. On s’en souvient, au début du roman, Gerfaud roule en boucle sur le périph parisien nouvellement construit. Idem à la fin du livre. Décryptage par Daeninckx : non seulement, c’est une manière politico-littéraire pour Manchette de faire la révolution autour de Paris, mais encore, sur le plan strictement formel, les deux boucles qui encadrent l’intrigue rappellent le dessin d’une cassette audio, ce même petit blues west-cost que Gerfaud écoute dans sa Mercedes. Magnifique.

Ça ressemble à Abdel Hafed Benotman, ancien voleur et ancien taulard, nouvel auteur et nouveau talent de l’équipe Rivages, qui, en conférence, raconte son « parcours de révolte » et sa « réinsertion par la fatigue » après presque quinze ans passés en plusieurs étapes derrière les barreaux. « La révolte, au lieu de donner de la soumission, a donné un peu de littérature », explique-t-il. Le soir, devant plusieurs excellentes bouteilles de Saint-Joseph, patron des familles et des artisans, le même vous convainc presque qu’en hommage à La Fontaine et Gustave Doré, il convient d’appeler les juges des « magist-rats ».   

Ça ressemble à Antoine Chainas, l’ovni 2008 du noir français, qui, timidement, confie qu’il n’est « intéressé que par les extrêmes et les marges, parce que ce sont elles qui définissent la norme d’une société, pas l’inverse ». Comme il travaille à La Poste et qu’il aime écrire avant le boulot, il se lève à 3h du matin. Avec Dany Boon et Chainas, La Poste est vraiment à l’honneur en ce moment.

Ça ressemble à Marcus Malte, qui a reçu le prix Quais du Polar pour son splendide Garden of love, qui reconnaît que ses livres ne sont pas toujours faciles d’accès mais qu’il « fait confiance aux lecteurs », et que si une corde doit être fournie avec ses romans, « ce serait une corde de guitare ».

 

Ça ressemble à Hannelore Cayre, avocate pénaliste, auteur de la formidable trilogie du baveux Leibowitz, qui affirme que les séries Avocats et associés ou Femmes de loi, sont « de la daube, d'une connerie incommensurable ».

 

Ça ressemble à Jake Lamar, l’Américain qui vit dans le 18e arrondissement parisien, et qui confie qu’il a, à plus de quarante ans, « toujours gardé une méfiance vis-à-vis de la police ». « J’ai grandi dans le Bronx des années 1970, et les flics n’étaient pas aimés, à juste titre. C’est quelque chose qui vous marque », explique-t-il avec son bel accent français et son sourire permanent.

Ça ressemble à l’islandais Arnaldur Indridason, star nationale du polar et ancien journaliste, qui raconte combien le journalisme est ennuyeux dans son pays. « La journée commence par un déplacement sur une inondation, puis par un déjeuner avec le ministre des affaires sociales qui vous parle des prestations sociales, et parfois, en fin de journée, un chien s’échappe d’un chenil. » De quoi créer des vocations.

Ça ressemble à Georges Pelecanos, l’invité-vedette du festival, qui raconte comment à 17 ans, il a failli tuer un ami, en lui tirant dessus accidentellement. « Je ne pense pas que cela ait eu une influence sur mon goût pour la fiction criminelle, mais ça a eu une influence sur ma vie tout court et mon rejet de la violence », explique le romancier de Washington. Un romancier plus qu’élégant, classieux à vrai dire, qui regardant les chaussures pointues de votre serviteur, livrera sa sentence en fin des festival : «  Good shoes, man ». Rien que pour ça, ça valait le coup d’aller à Lyon ce week-end.
 

18/03/2008

Et la Série Noire se déChainas

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C'est le phénomène polar français du moment. Un pavé de 500 pages de violence et de rage. Certains adorent, d'autres détestent, la plupart ont un méchant goût dans la bouche longtemps après l'avoir lu. C'est toujours bon signe. Titre : Versus. Auteur : Antoine Chainas. Editeur : Série Noire. Comme souvent, devant une nouveauté qui déboussole, on sort la machine à comparaisons. Alors, c'est Dantec pour les uns, Céline - carrément - pour d'autres. Du brutal, du définitif, du qui laisse pas vraiment place au débat.

 

219f33a8e4f5cfa93abe30761d761850.gif Commençons par le commencement. Pour les amateurs du genre, Antoine Chainas n'est pas un inconnu total. Début 2007, il signait son premier roman chez la vieille dame du polar. Aime-moi, Casanova. L'histoire déjantée d'un flic obsédé sexuel, complètement addict au cul, qui passait son temps à se faire exploser la tronche par plus fort que lui. Au hasard malheureux de ses rencontres, il croisait une stagiaire experte en enfilage de perles dans le fion, une dresseuse aveugle de chiens sodomites, un boucher déchaîné, Elvis en patron de boîte SM… Ça commençait chez San-Antonio, ça finissait dans la tragédie grecque. Un roman forcément plus qu'original même si un peu répétitif, qui avait allumé en rouge brillant dans un coin de notre tête : "auteur à surveiller, attendons le prochain livre".

 

Et quel livre! Versus donc. On reste dans la maison Poulaga. Mais fini le flic obsédé sexuel. Place au major Nazutti. Une boule de haine, un des personnages les plus forts du noir français de ces dernières années. Nazutti est une ordure, une vraie : il hait les hommes, les femmes, les enfants, les vieux, les Noirs, les Arabes, les Juifs, les homos, les hétéros, les flics, les politiques, les touristes, les médecins, les avocats, les juges, les profs, les fonctionnaires… Bref, il hait l'humanité. Mais surtout, les pervers, les satyres, les pédophiles. Nazutti ne dort pas, ne rêve pas, ne mange pas, ne boit pas, ne pleure pas, ne rit pas : il chasse. Il chasse la lie de la Terre. Nuit et jour. Obsédé par la souffrance, la vengeance, la mort, la haine. Il ne parle pas, il frappe, il torture, il magouille, il transgresse. Comme Philippe Nahon dans le film de Gaspard Noé, Nazutti est "seul contre tous". Il va pourtant devoir faire équipe avec Andreotti, jeune inspecteur idéaliste brisé par une ancienne enquête qui a mal tourné pour lui.

 

Si le tandem méchant flic-meilleur flic n'est pas nouveau, le rythme, l'énergie et l'effet de souffle du roman, laissent pantois. Certains passages choquent, dégouttent, écœurent. A quoi bon diront certains? Peut-être, mais aucune scène ne semble gratuite, ce qui fait la force du livre, et le rend au final supportable pour ceux qui iront à son terme. 

 

Alors, Chainas nouveau Céline? N'exagérons pas. Si comme le reclus de Meudon, il semble pour écrire mettre sa peau sur la table, il n'a pas la même inventivité verbale et linguistique que l'auteur du Voyage. En revanche, on retrouve en effet le Dantec de la Sirène rouge. Même écriture au cordeau, même goût de la balistique, du monde scientifique et médical, de la neurologie… parfois trop, mais pas (encore?) le délire mystico-réac du néo-Canadien. Pour ceux que ça intéresse, on apprend beaucoup dans Versus sur les différentes techniques de tortures et de suicides, ainsi que sur les multiples déviances sexuelles et physiques. Une attirance pour cette humanité des freaks anonymes qui rappelle surtout Seven de Fincher, ou les romans de Chuck Palahniuk.

 

D'Antoine Chainas, on ne sait grand chose. Sur la 4e de couverture d'Aime-moi, Casanova, il indiquait avec beaucoup d'humour que "décédé en 1999, il travaille depuis dans une grande administration française". D'après nos informations, il s'agit de celle avec laquelle on peut bouger si on en a envie. Et toujours d'après nos informations, Antoine Chainas semble à l'opposé des personnages de ces livres : un homme normal qui vit dans le sud - ces deux romans ne sont précisément localisés, mais la ville rappelle diablement Nice ou Cannes - avec sa petite famille. Il sera à la fin du mois de mars à Lyon pour le festival Quais du polar. M'est avis que les curieux risquent d'être nombreux devant son stand. 

 

Versus démarre comme un coup de poing dans le plexus, finit comme une explosion à la grenade. Chainas est-il la nouvelle star du noir hexagonal ? Réponse dans quelques romans. Ce qui est sûr, c'est que dans le paysage global de la production française, il est d'ores et déjà à part. Et ça, c'est bien.

 

Versus, Antoine Chainas, Série Noire.  

 

NB : comme signalé en commentaire (merci Jean-Marc Laherrère), vous pouvez retrouver une interview d'Antoine Chainas sur bibliosurf. Le romancier y livre quelques clés sur son travail. Et en plus, il y a une photo. Comme David Peace, Chainas a une tête normale, je ne sais pas si c'est rassurant ou plus inquiétant encore.

15/02/2008

Sénécal en campagne

Il y a du Vargas chez Didier Sénécal. Son commissaire Lediacre a un côté pelleteux de nuages très adamsbergien, en plus froid et plus impitoyable. Sénécal, ancien prof d'histoire et ancien journaliste, livre ses histoires sans bruit ni esbrouffe. A chaque fois, je découvre un ton simple et insolent, un fond subtil, et une manière de mise à distance de la figure de l'auteur-de-polar-à-la-française. Sous prétexte de distraire, Sénécal, j'en suis sûr, règle des comptes avec quelques-unes de ses colères sociales.

Dans Les deux amis, son deuxième roman, il s'attaquait à la corruption politique, de droite et de gauche. Un livre que je suspecte d'être à clés, notamment sur les mœurs de quelques-uns de nos élus.

705a7307bab7c25ec4fa71685f6db2cb.gif Dans Les voitures vides, son dernier en date, il se mesure à la campagne. A l'ennui de la campagne, et pas n'importe laquelle : la Beauce. Du plat, du plat, et du plat, de la boue, des tracteurs, et ici ou là, des tas de betteraves. Si vous ne connaissez pas, ça vaut le coup un après-midi de novembre. C'est dans ce décor que des jeunes femmes disparaissent, laissant leur voiture vide (d'où le titre). Enlevées. Une ou deux, ça va encore, tout le monde s'en fout, mais passé les doigts d'une main, ça commence à faire désordre dans les journaux et les cabinets ministériels. Résultat, le flic Lediacre, qui est aux enquêtes difficiles ce que Rita est aux causes perdues, hérite de l'affaire. Contrairement aux gendarmes qui, eux, font dans le radar, Lediacre fait dans le cerveau. Bien sûr, il triomphera, je ne vous dis pas comment, c'est pas policièrement crédible pour deux sous, mais délicieux à lire. Il y a du Vargas chez Sénécal, je vous le répète, mais ça finira bien par se savoir.

PS : à venir sur Polar blog, l'interview d'Arnaldur Indridason, monsieur polar en Islande. Le nouveau Pelecanos. Le premier titre de la nouvelle maison d'édition, Moisson rouge, Des vies parallèles de José Ovejero…

Et puis je vous parlerai sans doute du nouvel ovni du polar français, Antoine Chainas. Retenez ce nom, vous allez vite le retrouver sur votre table de nuit. L'an dernier, il avait donné un premier roman très prometteur (Aime-moi Casanova, à la Série noire). Vient de sortir son deuxième : Versus, que beaucoup comparent, en terme d'impact et d'énergie à la Sirène rouge de Dantec. Je viens de passer les cent premières pages, et dois reconnaître que c'est très, très impressionnant. Retenez : Chainas, Versus, c'est à la Série noire, qui renoue enfin avec sa grande tradition de découvreur de talents.

 
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