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14/02/2007

Revue de polars

medium_sénécal.gif C'est ma meilleure surprise polar de ce début d'année : Les deux amis de Didier Sénécal. L'auteur est discret, ancien prof, puis ancien journaliste, aujourd'hui traducteur et lecteur dans plusieurs maisons d'éditions. Il vient de signer son deuxième roman policier, avec un héros récurrent, le commissaire Lediacre. Sénécal est le futur Vargas, j'en prends les paris. Même originalité, même simplicité, même rythme, même plaisir de conteur. Son commissaire Lediacre est aussi peu crédible, du point de vue flic, que le commissaire Adamsberg de Vargas, mais là n'est pas l'essentiel. Ce qui compte, est le plaisir de lecture d'une histoire érudite et truffée, je le sens, de petites vérités bien cachées.

Dans Les deux amis, Lediacre s'est mis en tête de faire plonger un sénateur de gauche qui aime un peu trop les petits enfants, en cheville depuis sa jeunesse avec un député de droite. Les deux types s'aident depuis leurs débuts communs en politique, tenus par un bien sale secret. Lediacre va mener l'enquête, avec les RG et les politiques dans ses jambes. Sans tomber dans le poujadisme facile, le livre met le doigt sur le cynisme ambitieux de certains politiques persuadés d'avoir le don d'intouchabilité. Assez rare dans le paysage littéraire français pour être signalé.

Les deux amis, Didier Sénécal, Fleuve noir, 16 €. 

 

 

medium_lecter.gif Autre parution à côté de laquelle vous n'avez pas pu passer : Hannibal Lecter, les origines du mal par l'Américain Thomas Harris. Le film est déjà sur les écrans, avec le beau Gaspard Ulliel dans la jeune peau du tueur. Le roman est certes réussi, mais pas autant que Le silence des agneaux, premier volet des aventures du cannibale (même s'il apparaît discrétement dans Dragon rouge) et chef d'œuvre mythique. Surtout, Les origines du mal déroute. On y lit comment Lecter est devenu Hannibal le cannibale, et comme pour beaucoup, tout remonte à l'enfance. Jeunesse dorée et érudite dans la Lituanie d'avant-guerre. Des miliciens nazis débarquent et massacrent la famille. Restent Hannibal et sa petite sœur Mischa. La gosse finira mal, autant vous le dire, et sous les yeux du frangin. L'origine du mal d'Hannibal réside dans les derniers instants de souffrance de sa sœur. 

Le roman commence comme un conte gothique et se poursuite comme un vrai polar dans la France d'après-guerre. Recueilli par de la famille dans le Paris intellectuel, Hannibal, jeune homme surdoué et choyé par une belle-mère japonaise qui l'initie aux rites samouraïs, se laisse peu à peu envahir par une obsession : retrouver les assassins de Mischa, et les tuer. Quitte à en bouffer quelques uns au passage, histoire de les punir par là où ils ont pêché.

Le livre donne les clefs de l'intelligence supérieure du Lecter que l'on connaitra par la suite, de son raffinement culturel couplé à une sauvagerie meurtrière. Mais, en éclairant les origines de son mal, Thomas Harris lui enlève aussi une part de son mystère. Au final, Lecter apparaît comme un homme dépassé par le monstre qui est en lui, un monstre nourri au sein maternel.

Hannibal Lecter, les origines du mal, par Thomas Harris, Albin Michel, 21,50 €.

 

A signaler enfin l'excellent essai sur Jean-Patrick Manchette, dernier patron du polar français, mort en 1995. Manchette, le nouveau roman noir, de Benoît Mouchart (aux éditions Seguier Archimbaud), est une parfaite initiation à l'œuvre de l'auteur du Petit bleu de la côte ouest et de L'Affaire N'Gustro. Une œuvre stylistique, politique et littéraire unique, détournant les règles classiques du roman noir pour s'attaquer au tragique du monde.

Un dernier mot pour dire que nous ne parlerons pas du dernier Dan Brown ici.

 

 

 
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