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31/03/2008

Juré, il y a autre chose que Grégory Collomb et Gérard Coupé à Lyon

f9c259d45dd9458c240d08d18250e7da.jpeg J’ai passé le week-end à Lyon, invité au festival Quais du Polar. A quoi ressemblent trois jours de débats et de rencontres autour du noir ?

Ça ressemble au texan Joe R. Lansdale, qui avait perdu sa femme avant de partir, mais qui auparavant avait expliqué, avec son accent à couper à la tronçonneuse, que « le personnage du privé américain n’est rien d’autre que l’évolution logique du cow-boy solitaire du far-west ».

Ça ressemble à Didier Daeninckx qui, dans un débat sur 68 et le polar, rappelle son amour et sa dette à Fajardie et Manchette. Ce sont eux qui, au début des années 1970, lui ont montré, comme à d’autres, que le polar français pouvait sonner comme les hard-boiled américains. Et le romancier d’Aubervilliers de scotcher votre serviteur par sa lecture du Petit bleu de la côte ouest, le chef d’œuvre de Jean-Patrick. On s’en souvient, au début du roman, Gerfaud roule en boucle sur le périph parisien nouvellement construit. Idem à la fin du livre. Décryptage par Daeninckx : non seulement, c’est une manière politico-littéraire pour Manchette de faire la révolution autour de Paris, mais encore, sur le plan strictement formel, les deux boucles qui encadrent l’intrigue rappellent le dessin d’une cassette audio, ce même petit blues west-cost que Gerfaud écoute dans sa Mercedes. Magnifique.

Ça ressemble à Abdel Hafed Benotman, ancien voleur et ancien taulard, nouvel auteur et nouveau talent de l’équipe Rivages, qui, en conférence, raconte son « parcours de révolte » et sa « réinsertion par la fatigue » après presque quinze ans passés en plusieurs étapes derrière les barreaux. « La révolte, au lieu de donner de la soumission, a donné un peu de littérature », explique-t-il. Le soir, devant plusieurs excellentes bouteilles de Saint-Joseph, patron des familles et des artisans, le même vous convainc presque qu’en hommage à La Fontaine et Gustave Doré, il convient d’appeler les juges des « magist-rats ».   

Ça ressemble à Antoine Chainas, l’ovni 2008 du noir français, qui, timidement, confie qu’il n’est « intéressé que par les extrêmes et les marges, parce que ce sont elles qui définissent la norme d’une société, pas l’inverse ». Comme il travaille à La Poste et qu’il aime écrire avant le boulot, il se lève à 3h du matin. Avec Dany Boon et Chainas, La Poste est vraiment à l’honneur en ce moment.

Ça ressemble à Marcus Malte, qui a reçu le prix Quais du Polar pour son splendide Garden of love, qui reconnaît que ses livres ne sont pas toujours faciles d’accès mais qu’il « fait confiance aux lecteurs », et que si une corde doit être fournie avec ses romans, « ce serait une corde de guitare ».

 

Ça ressemble à Hannelore Cayre, avocate pénaliste, auteur de la formidable trilogie du baveux Leibowitz, qui affirme que les séries Avocats et associés ou Femmes de loi, sont « de la daube, d'une connerie incommensurable ».

 

Ça ressemble à Jake Lamar, l’Américain qui vit dans le 18e arrondissement parisien, et qui confie qu’il a, à plus de quarante ans, « toujours gardé une méfiance vis-à-vis de la police ». « J’ai grandi dans le Bronx des années 1970, et les flics n’étaient pas aimés, à juste titre. C’est quelque chose qui vous marque », explique-t-il avec son bel accent français et son sourire permanent.

Ça ressemble à l’islandais Arnaldur Indridason, star nationale du polar et ancien journaliste, qui raconte combien le journalisme est ennuyeux dans son pays. « La journée commence par un déplacement sur une inondation, puis par un déjeuner avec le ministre des affaires sociales qui vous parle des prestations sociales, et parfois, en fin de journée, un chien s’échappe d’un chenil. » De quoi créer des vocations.

Ça ressemble à Georges Pelecanos, l’invité-vedette du festival, qui raconte comment à 17 ans, il a failli tuer un ami, en lui tirant dessus accidentellement. « Je ne pense pas que cela ait eu une influence sur mon goût pour la fiction criminelle, mais ça a eu une influence sur ma vie tout court et mon rejet de la violence », explique le romancier de Washington. Un romancier plus qu’élégant, classieux à vrai dire, qui regardant les chaussures pointues de votre serviteur, livrera sa sentence en fin des festival : «  Good shoes, man ». Rien que pour ça, ça valait le coup d’aller à Lyon ce week-end.
 

14/06/2006

Frontignan dans la gueule

Le FIRN, c’est le Festival International du Roman noir de Frontignan. Un festival qui s’est tenu ce week-end pour sa 9e édition, pas loin de Montpellier, à deux pas de Sète. En plein cœur des vignes de muscat. D’emblée, un bon point. C’était mon premier Frontignan. Le festival avait une réputation de convivialité, de picole et de vrai goût du noir. Réputation fondée, je confirme.

Frontignan, c’était cette année Elmore Leonard, une légende du noir américain. L’auteur de Get shorty, de Punch Creole, de Hombre… Un type adapté à Hollywood par Tarantino, Soderbergh et Sonnenfeld. La cool attitude absolue à 81 ans. Pieds nus dans ses baskets blanches, le jean’s élimé, le pull lâche et le poil gris. Plus d’alcool mais des cigarettes fines, Virginia Slims. Pendant trois jours, il a signé ses livres, répondu aux interviews (bientôt en ligne celle de Polar blog), et livré ses secrets d’écriture. « Ne jamais commencer un roman par le temps qu’il fait ou par un prologue, c’est inutile, ne jamais utiliser le mot soudain ou des verbes qui indiquent un dialogue, oublier d’écrire ce que le lecteur va de toute façon sauter, et pas plus de trois points d’exclamations par livre. » Pas plus compliqué que ça, à le croire. La classe.

Mais Frontignan, c’est aussi un thème. Cette année, « la société du spectacle ». Du coup, en tables rondes, on a discuté justice, médias, sport, bizness, argent, corruption, réalité, mensonge, pas tellement Debord… On a vu le journaliste Edwy Plenel et le juge Eric Halphen se prendre le bec sur fond d’affaire Clearstream, et Jean-Bernard Pouy, le bougon merveilleux, tirer à vue sur le foot. « L’expression même de l’Humanité passe dans le rapport entre la tête et la main. Or, le foot interdit d’utiliser la main, il nie l’humanité. D’ailleurs, le seul joueur autorisé à mettre les mains, c’est le goal, mais comme par hasard, il est dans une cage, comme une bête. » Imparable.

Mais Frontignan, c’est surtout la fête. Son bar de la plage, le Muscat à volonté qui fait mal à la tête, la fanfare qui ne sait pas que boire ou jouer, il faut choisir. Les nuits de trois heures qui se terminent à quatre et sans tire-bouchon à l’hôtel, les rencontres improbables avec Philippe, officiellement chauffeur de Leonard sur le week-end, mais en réalité producteur et manager de musique, qui a bossé entre autres avec Manu Chao, les Wailers, Ali Farka-Touré et plein de groupes que mon inculture crasse de mélomane m'empêchait de connaître, et qui a pour quasi voisins, Robert Crumb et le dessinateur de Superman. Un mec bien, Philippe.

Frontignan, c’est le noir, avec la Série noire, Rivages, Le Masque, Métailié, Le Rocher, Viviane Hamy… C’est la bédé, c’est la revue avec l’excellent Shangaï Express (abonnez-vous ! ils en ont besoin). Et Frontignan, c’est Cesare Battisti, citoyen d’honneur de la ville, et qui, selon le maire Pierre Bouldoire, s’est « remis au sport, au 110 mètres haies, en espérant une amnistie présidentielle ».

Bastien Bonnefous

 
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