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26/03/2009

Chainas et DOA, la possibilité d’un genre

Il y a du neuf dans le polar made in France. Coup sur coup, au début de ce mois pour l’un et la semaine prochaine pour l’autre, la mythique Série Noire publie deux romans de poids signés par des quadra bien décidés à renouveler le genre. Le Serpent aux mille coupures de DOA (pseudo pour Dead On Arrival) et Anaisthêsia d’Antoine Chainas (tous les deux sont invités du festival Quais du polar, qui se tient du 27 au 29 mars à Lyon), déboulent en pack serré dans un paysage français coincé ces dernières années entre le polar de critique sociale souvent égaré dans le discours idéologique, et le thriller spectaculaire et violent mais déconnecté du réel.

chainas1.jpg Enfants de la crise et de la culture de masse, aussi bien influencés par la littérature que par la musique, le cinéma, la bande dessinée ou les jeux vidéo, Chainas et DOA ont choisi d’autopsier avec minutie notre 21e siècle balbutiant. Après le bouillant Versus, son précédent roman paru en 2008 qui suivait les traces sanglantes d’un flic haineux chasseur de pédophiles, Antoine Chainas, postier dans le civil, livre une nouvelle bombe glaçante cette fois, Anaisthêsia. L’histoire d’un flic noir défiguré et rendu insensible à la douleur après un accident de voiture, qui va enquêter dans les milieux de la drogue et de la torture sexuelle.

Son éditeur présente Chainas comme « le Chuck Palahniuk français ». L’intéressé, fin connaisseur du genre gore et de la série Z, avoue simplement une « attirance instinctive pour les déviants, les marginaux, tous ceux qui à la périphérie de la société, définissent bien mieux que n’importe quel discours pontifiant, la normalité ». Romancier du corps, « dernier bastion du libre arbitre » – Chainas souhaite adapter la littérature aux « enjeux sociaux contemporains » : « l’homme et la société sans Dieu, sans croyance, sans mythologie, un monde uniquement individualisé et instantané ».

9782070124725.gif Une entreprise partagée par DOA qui a choisi, lui aussi, de fouiller les poubelles de nos temps modernes. En 2007, dans son impressionnant pavé Citoyens clandestins, il sondait les coups tordus des services secrets français sur fond de menace islamiste. Plus sec et nerveux, plus sprint que course de fond, Le Serpent aux mille coupures inspecte, lui, la mondialisation, sous toutes ses coutures tranchantes. Un règlement de compte entre narcotrafiquants colombiens et napolitains à Moissac, terre viticole traversée par les haines entre petits producteurs, et c’est notre monde qui est mis sous cloche. D’un côté, le trafic de drogue, « symbole de la mondialisation débridée, sans partage ni pitié » ; de l’autre, Clochemerle à la vigne, signe du « repli sur le local et du retour à la terre », dixit DOA.

Deux romans qui racontent leur époque et ses enfers, deux romans épurés et sans clin d’œil démago en direction d’un lectorat rassasié de faciles « chattamisations ». Deux romans surtout, qui après l’excellent Zulu de Caryl Ferey, paru lui aussi l’an dernier à la Série Noire, prouvent que le noir a encore de l’avenir devant lui, Obama ou pas.

Le Serpent aux mille coupures, DOA, Série Noire, 217 p., 15,90 €.
Anaisthêsia, Antoine Chainas, Série Noire, 309 p., 15,50 €.

 

Antoine Chainas a accepté de répondre par mail à quelques questions pour Polar Blog.

L'entretien par mail, pratique souvent décevante car désincarnée, prend au contraire toute sa dimension avec Chainas, aussi à l'aise devant un clavier d'ordinateur que devant une table d'autopsie.

Bonne lecture.

 

Anaisthêsia, comme Versus, comme Aime-moi Casanova, présentent tous un goût évident pour la marginalité ?

Toujours, oui, cette attirance instinctive, cette empathie - dans mes livres et dans la vraie vie - pour les laissés-pour-compte, les déviants, les marginaux... Tous ceux qui, à la périphérie de la société, définissent bien mieux que n'importe quel discours pontifiant, la normalité. Tous ceux qui savent, par les codes qu'ils recréent, les lois qu'ils se fixent, rester intègres... Purs, en quelque sorte. Purs parce que rejetés. Purs parce que non corrompus - ou corrompus d'une manière inhabituelle - par le système.

Toujours aussi la même obsession du corps ?

Le corps, quelle immense terre de liberté ! Merde à l'histoire, merde à la politique, merde au système, car à la fin et au commencement, il n'y a que le corps, encore et toujours. Un corps sans Dieu. Un corps désespérément seul. Et pourtant probablement le dernier bastion d'un libre arbitre illusoire et définitif. Corps faillible, corps perfectible, corps éphémère : toutes ces constantes se rejoignent pour former, en creux, l'aboutissement d'un prosaïsme ultime, à mon sens : l'humain.

Toujours enfin une envie consciente (ou pas) de choquer les lecteurs ?

Je n'ai jamais eu envie (en tout cas pas consciemment) de choquer quiconque. La démarche, en elle-même, si elle constituait un but en soi, serait éminemment stérile. Je crois que la question ne se pose pas en ces termes. Sans doute ne devrais-je pas dire ça, peut-être est-ce politiquement incorrect, mais je me contente d'écrire ce qui me tient à coeur, ce qui me semble pertinent d'un point de vue strictement interne, sans tenir compte d'aucune contrainte externe (lectorat potentiel, canons esthétiques ou moraux, processus éditorial). Le reste, dès le dernier mot tapé, ne m'appartient plus. A la limite, ce n'est plus mon affaire. Si les gens sont outrés, peut-être leur incombe-t-il de regarder au fond d'eux-mêmes et de se demander, profondément, intimement, pourquoi. Personnellement, à chaque fois que je termine un livre, j'ai l'impression d'avoir été relativement sage, d'être resté correct et cohérent. J'ai l'impression d'avoir parlé de choses banales, normales. Ce n'est que lorsque les retours arrivent, que je me rends compte du caractère potentiellement dérangeant de l'ouvrage, suscitant parfois même des réactions absurdement extrêmes ou vindicatives. Mais une fois encore, à ce stade-là, je ne me sens plus vraiment concerné.

Versus donnait le sentiment d’un roman chaud, Anaisthêsia celui d’un roman froid, voire glacial ?

C'était effectivement un des effets recherchés et si j'y suis parvenu, c'est vraiment un motif de satisfaction. A la fois par une volonté de rupture avec l'incandescence de Versus, mais aussi parce que, justement, le propos s'y prêtait, cette histoire, le style qui la portait, devaient être froids. A l'extrême pour toucher le centre. Le jeu avec les limites du lecteur éventuel habitué à certains codes, certains repères aisément identifiables et rassurants, sans pour autant découler d'une volonté provocatrice, y est probablement tout aussi poussé, mais d'une manière différente. On se brûle aussi bien avec le feu qu'avec la glace.

Autre point commun entre tous vos romans : ils parlent tous d’amour et des folies auxquelles peut mener la passion?

L'amour est un ressort dramatique universel. Mais ce qui m'intéresse plus précisément, ce sont les dérèglements qu'il met à jour ou exacerbe parfois. L'amour est souvent (toujours ?) l'histoire d'un malentendu. Là où ça devient intéressant, c'est quand le malentendu se dissipe. Pour le meilleur (dans la vraie vie, ça arrive) ou pour le pire (la plupart du temps, dans le genre qui nous occupe). Ce poème d'Aragon me revient en mémoire : "Rien n'est jamais acquis à l'homme. Ni sa force ni sa faiblesse ni son coeur. Et quand il croit ouvrir ses bras son ombre est celle d'une croix. Et quand il croit serrer son bonheur il le broie. Sa vie est un étrange et douloureux divorce..." Il a résonné comme une mystérieuse antienne tout au long de la rédaction d'Anaisthêsia. Le lien n'est pas encore tout à fait établi dans mon esprit, mais le fait est là.

Quel message se cache derrière cette insensibilité à toute forme de douleur du personnage central Désiré Saint-Pierre ? Est-ce une variation sur le thème d’un monde de plus en plus déshumanisé et de plus en plus insensible?

Oui, et j'emploierais même un mot absolument anti-commercial : philosophiquement, il s'agit de confirmer l'homme - grégaire ou atomisé - comme indissociable de la douleur. Ôtez-la-lui, et il perd son statut d'être humain. Essayez d'éradiquer de la société tous les facteurs de risque, toutes les déviances, toutes les douleurs, et vous obtenez un monde très proche de celui qu'on tend à nous vendre. En oubliant que la douleur, le dérèglement, la déviance sont incompressibles et que, par un phénomène de compensation - ou translation - ils trouvent toujours un moyen de ressurgir où on ne les attend pas. C'est sans doute mon côté optimiste qui parle. Mais on revient aussi plus généralement - et je pense que c'est relativement prégnant dans Anaisthêsia - à cette notion duale agnostique/mystique... L'homme, la société sans Dieu, sans croyance, sans mythologie autre que contemporaine, sans altérité. Un monde uniquement, totalement individualisé et instantané.

Aurélien Masson, votre éditeur à la Série Noire, parle de vous comme du Chuck Palahniuk français. Comblé? Agacé? Etonné? Outré?

Agacé ou outré, sûrement pas. Palahniuk est un grand narrateur et il a compris avec une rare lucidité les enjeux sociaux contemporains et surtout ceux de la littérature qui doit, qui ne peut que s'adapter. Mais, au risque de me répéter, d'une manière générale, les comparaisons - inévitables et nécessaires, certes - appartiennent uniquement à ceux qui les font. Je ne me sens donc pas vraiment concerné.

DOA, Caryl Ferey, Thierry Marignac, vous… assiste-t-on à quelque chose de particulier à la Série Noire version XXIe siècle ?

Oh oui, j'en suis persuadé. Et c'est là l'intime conviction de quelqu'un qui n'a strictement aucun flair en matière de tendances ou de potentiel commercial. Nous parlions de Palahniuk tout à l'heure... Eh bien je pense que ces auteurs, justement, sous la direction essentielle d'Aurélien Masson, sont en train, eux aussi, chez nous, de participer, chacun à leur manière mais tous avec une sincérité sans faille, à l'adaptation nécessaire de la littérature et plus spécifiquement du polar au monde de demain.

02/01/2009

Sur ma Remington portative…

9782213635156.gif Matteo Greco a décidé de s’en sortir par ses mains. Soit en frappant sur un ring de boxe, soit en écrivant le grand livre de sa minable vie. Sauf que chômeur à temps partiel et vigile par la force des choses, il n’a pas les moyens de créer sur traitement de texte. Il aurait pu choisir le minitel, ce sera plutôt une vieille Remington portative, inventée il faut le rappeler, par un fabricant de carabines. Un détail qui aura son importance.

Nouvelle après nouvelle, il s’entraîne assidûment, jusqu’à ce que la machine et le cœur s’emballent un soir de rencontre à l’atelier d’écriture, avec Elsa, qui va rapidement devenir sa muse fatale. Deux apprentis auteurs dans le même lit ne peuvent que rapidement verser dans le cannibalisme littéraire.

Remington est le troisième roman de Joseph Incardona, écrivain suisse qui anime lui aussi des ateliers d’écriture. Un roman violent sur le miracle et la folie mêlés à tout acte de création, combiné à un polar nerveux et ironique sur la soif de réussir. Ou quand très vite, l’encre se mêle de sang.

Remington, Joseph Incardona, Fayard Noir, 316 p., 19 €.

31/12/2008

Bientôt dans les bacs

Attention, les deux romans suivants sont à paraître au cours du mois de janvier. Pourquoi en parler maintenant, me direz-vous ? Parce que je suis ici chez moi et que je fais ce que je veux.

 

La vieillesse, pas facile d’en sortir vivant

9782843044656.gif Le Général avait raison, la vieillesse est un naufrage. Ça s’appelle Les Conviviales : un « Club-House », des « maisons dédiées au confort », « du soleil toute l’année ». Et surtout « une résidence clôturée et sécurisée » avec gardien, pour les « seniors » qui veulent « vivre une retraite active ». Idéal pour Martial et Odette, Maxime et Marlène, et Léa. Tous retraités, tous plutôt équilibrés dans leur ancienne vie, mais tous roulés par ce paradis de toc, piège à rêves cerné de caméras de surveillance.

Car bien sûr, la formidable résidence pour troisième âge va vite se transformer en huis clos étouffant. Une prison même pas dorée, où les angoisses de chacun, les phantasmes des uns, les obsessions des autres, vont pouvoir s’épanouir jusqu’au drame.

Pascal Garnier est le fils caché qu’auraient pu avoir Simenon et Westlake (avec un peu d’imagination, je le concède). Toujours drôles, toujours fins, mais toujours noirs et acerbes, ses romans disent plus sur notre monde que beaucoup de thèses sociologiques. Lune captive dans un œil mort, ou comment la fin de vie est elle aussi devenue une marchandise. Le Général avait tort, la vieillesse, c’est du bronzage.

Lune captive dans un œil mort, Pascal Garnier, Zulma.



Adoption, piège à cons

9782265088351.gif Autre auteur français, trop peu connu, et choyé par Polar Blog (notamment ici) : Didier Sénécal. Roman après roman, Sénécal bâtit une œuvre grinçante, astucieuse et divertissante. Avec pour maître d’ouvrage, le commissaire Lediacre, patron de la brigade des Intouchables, chargée de faire tomber les puissants de tout poil (c’est de la littérature, bien sûr).

Après le show-biz, les politiques et les juges, Lediacre et Sénécal s’attaquent dans sa quatrième enquête, Les petites filles et les petits garçons, à un des piliers du modernisme capitaliste : le charity business. Pierre-Guillaume Heuzé – alias PGH – est le président charismatique, admiré, et à chemise rouge, d'une ONG censée venir en aide aux orphelins du monde entier. Lediacre va mettre son instinct dans ce drôle de sac, et prouver une fois encore que, bien souvent, derrière l’ange se cache le démon. Abus de biens sociaux, adoptions illégales, trafics de gosses… de quoi crisper pour longtemps le stylo du donneur au-dessus du chéquier.

Les petites filles et les petits garçons est un roman nerveux et cruellement drôle, qui s’attache à déboulonner les statues, ambition ô combien louable et nécessaire. Bien sûr, on sent que Crozemarie, l’Arche de Zoé ou le tsunami de 2006 sont passés par là. Comme toujours chez Sénécal, rien n’est vrai, mais tout est crédible.

Les petites filles et les petits garçons, Didier Sénécal, Fleuve Noir.

26/06/2008

Finir ou ne pas commencer

998006653.gif Il est comment le nouveau Vargas ? Comme d’habitude depuis maintenant onze romans : bon. Peut-être un peu moins que Pars vite et reviens tard, ou Sous les vents de Neptune. La faute aux dialogues très nombreux (même s’ils sonnent juste et que c’est pas simple de dialoguer juste) ?

Un lieu incertain est une œuvre vargassienne, c’est-à-dire un conte pour adultes. Après le loup-garou dans L’homme à l’envers, l’ombre et le fantôme dans Dans les bois éternels, l’archéo-zoologue spécialiste des ossements moyen-âgeux, continue de fouiller les mythes de la frayeur humaine. Cette fois, c’est celui du vampire et l’inspiration gothique façon Bram Stocker est totalement assumée. Son commissaire fétiche, Adamsberg, patron de la criminelle, pellète toujours les nuages ; Danglard, son adjoint, tête toujours du goulot et de l’encyclopédie ; Retancourt veille toujours sur la brigade. Le lecteur ne sera pas perdu, même si comme dans Sous les vents de Neptune, l’arbre généalogique d’Adamsberg s’étoffe.

Fred Vargas aime raconter des histoires, avec des détails incongrus qui massent l’imaginaire. Dans Un lieu incertain, on trouve des pieds coupés mais encore chaussés. Des corps explosés, éparpillées, pillonnés. Des familles de vampires qui règlent leurs comptes à travers les siècles. Des voyages de Paris à Londres (classique), mais aussi de Paris à Kisilova, inquiétant bourg serbe (plus étonnant). Des histoires d’amour qui débutent près d’un pont et finissent dans un tombeau. Des poils de chiens sur fauteuils en velours, des mines de crayons sous frigos, des poches de manteaux bourrées de victuailles.

250871624.gif Reste qu’Un lieu incertain est un Vargas plus sombre et surtout plus politisé que ces précédents romans. Impossible par moments de ne pas faire le lien entre le livre et le combat que mène la romancière depuis quatre ans en faveur de Cesare Battisti. Plusieurs fois par an, Fred Vargas rend visite au romancier italien incarcéré au Brésil et en butte contre une éventuelle extradition au pays de Berlusconi. Auparavant, elle avait farouchement bataillé en France contre la promesse mitterrandienne donnée aux activistes italiens des années de plomb rompue par Chirac puis Sarkozy.

Impossible de ne pas lire dans sa description d’une justice gangrenée par la corruption et l’arrivisme, une critique en creux de la magistrature française. Impossible de ne pas voir dans la figure du vampire désigné comme le bouc émissaire de l’humanité moutonneuse, celle de Battisti. Impossible enfin de ne pas interpréter la formule leitmotiv d’Adamsberg « finir ou ne pas commencer », comme un écho de l’abnégation de la romancière dans sa lutte.

Côté interviews, Fred Vargas a parlé de son onzième roman dans Libération, et a tchaté sur Rue89. Autopromo, elle avait accordé il y a deux ans un entretien à Polar Blog pour son précédent livre. A lire ici.

Un lieu incertain, Fred Vargas, Viviane Hamy.   

30/05/2008

Poubelle la vie

2058852551.gif Pas facile de relancer ce blog après la mort de Fajardie. Alors, autant y aller franco mon général, dans la grosse déconnade polardeuse. "Le tri sélectif des ordures" de Sébastien Gendron. Déjà un bon titre, l'auteur y semble abonné, puisque parallèlement à ce roman, paraît un recueil de nouvelles - aux éditions Les petits matins - intitulé "Echantillons gratuits (ne pouvant être vendus séparément)".

 

C'est simple, Gendron c'est le futur Westlake français. Mais le Donald façon Dortmunder. Même humour noir, même sens de l'improbable, et même mauvais esprit enfantin. Dick Lapelouse vit dans le Bordelais - comme Gendron d'ailleurs, installé près de la cité juppéenne. Ancien porte-flingues d'une mafia niçoise, il décide de raccrocher le holster et de se lancer dans le petit commerce. Avec une idée du tonnerre - qui devrait d'ailleurs inspirer les Edouard Leclerc en herbe : monter un discount du tueur à gage. Il n'y a pas de raison que ce soient toujours les friqués qui s'offrent les services d'un nettoyeur. La France d'en bas, elle aussi, a droit à son exécution sommaire, remplie au pied de la lettre et le doigt sur la gâchette.

 

Preuve qu'il y a un marché du déssoudé, l'affaire de Dick démarre en trombe, et le garçon fait très vite les trois-huit du contrat. En bon commerçant, il propose une large pallette de mises à mort, et au roi client de faire son choix. Particulièrement savoureux, page 149, vous apprendrez comment vous débarrasser d'un corps, muni simplement d'un couteau à pain, d'un mixer pour bébé et d'un sanibroyeur. La scène, certes parfois écœurante, est des plus instructives sur le plan du bricolage. 

 

On l'aura compris, Sébastien Gendron fait dans la farce loufoque, pas forcément d'une crédibilité à toute épreuve, mais mine de rien, il tire quelques balles bien pointues sur notre époque où tout se vend, même la mort.  Avant « Le tri sélectif des ordures », ce jeune homme de 38 ans avait écrit de nombreuses nouvelles dans les revues L’Ours Polar et Shangaï Express. De blog à blog, il en tient un foutraque et déglingué, Blog Job (ah ah), sur « l’Internationale du travail pérave ». Il faut surveiller cet auteur, il pourrait nous faire rire de nouveau. Et ça, ça n'a pas de prix.

 

Le tri sélectif des ordures, Sébastien Gendron, éditions Bernard Pascuito. 

 

 

06/05/2008

Frédéric H. Fajardie (28 août 1947 - 1er mai 2008)

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« Je préparais mon rapport lorsque le téléphone sonna. Et tout alla très vite. »

Ainsi commence Tueurs de flics, le premier roman de Frédéric H. Fajardie, écrit en 1975 et publié en 1979. Un premier roman comme une bombe, qui allait réveiller, avec ceux de Manchette et ADG, les vieux polars français à la papa. Fini Pigalle et les Apaches, place à l’injustice sociale, à la violence d’Etat, à la France de la crise économique, politique, mais surtout morale. Place à l’écriture rythmée, jeune et couillue d’un garçon romantique du 13e arrondissement, aux yeux doux et aux muscles secs.

301084478.gif Fajardie est mort le 1er mai 2008. 60 ans. Cancer. Autoproclamé « dernier mao de France », il était en réalité le dernier aristo du roman noir français. Un romancier à l’image de l’homme. « Tel que je vis, tel que j’écris », aimait-il dire avec son sourire de gamin frondeur, rappelant sa devise : « Tenir et savoir se tenir ». Un homme, comme tous ses héros, élégant, réservé, chaleureux, solitaire, révolté, amoureux, désenchanté, enfantin, brillant. Un homme qui plaçait l’amitié, la loyauté et la fidélité plus haut que tout. Son plus grand double littéraire, le commissaire Padovani, flic humaniste d’extrême gauche, rappelait d’ailleurs au début de Patte de velours que « dans (son) code personnel, l’amitié ne saurait transgresser la morale puisqu’elle n’en est qu’une manifestation supérieure ».

Fajardie est resté fidèle à son enfance, passée dans les romans chevaleresques de la librairie paternelle du 13e arrondissement, celui d’avant le massacre bétonné des années 1970. Il est resté fidèle à sa jeunesse, passée sur les barricades de mai 68, aux avant-gardes de la Gauche Prolétarienne. Ceinture noire de karaté, Fajardie jouait les services d’ordre, ne cachant pas son plaisir – intact jusqu’à la fin - à tataner du CRS. Il est resté fidèle à ses rêves de gosse, écrivant toujours pour le faible, l’homme seul, inadapté au monde vulgaire des « ressources humaines », des « sans-domicile-fixe » ou de « la France d’en haut ». Surtout, Fajardie sera pour toujours resté fidèle à Francine, sa femme, sa « sweet heart », à qui il a dédié tous ses livres depuis trente ans.

Fajardie était mon idole. Découvert par hasard à mes 18 ans dans une librairie toulousaine, l’œil attiré par les couvertures sublimes de Jean-Claude Claeys de la collection Neo. En apnée, j’avais englouti dans les semaines qui suivaient tous ses romans noirs existants : Tueurs de flics, La Nuit des chats bottés, La Théorie du 1%, Brouillard d’automne, Polichinelle mouillé, Gentil, Faty !, Querelleur, Sniper… Tous des chefs d’œuvre. Des livres violents, mais qui donnent goût à la vie, des livres qui vous font croire en l’homme, des livres qui vous font dire que vous n’êtes pas tout seul.

2058197934.jpg Devenu journaliste quelques années plus tard, j’ai rencontré pour la première fois Fajardie le 19 janvier 2004, à l’occasion de la parution de Full Speed, qui signait son retour au polar et celui de Padovani aux affaires. Pendant plus de quatre heures, nous avions parlé, timidement d’abord puis avec chaleur, attablé au café « Les Arts », dans le quartier Mouffetard. Quatre heures, au moins dix cafés chacun, et deux paquets de Malboro rouge. Quatre heures durant lesquelles Fajardie m’avait raconté un peu de lui. Hier, alors que j’apprenais sa disparition, j’ai retrouvé et relu les notes que j’avais prises à l’époque.

Il m’y disait son vrai nom : Moreau. Fajardie, c’était celui de sa grand-mère. Puis ses prénoms, splendides : Rufus, Ronald, Frédéric, Henri. « Rufus, le dernier lieutenant de César, celui qui lui est resté fidèle jusqu’au bout », ajoutait-il aussitôt. Ses premières nouvelles écrites en 1965, quelques poésies. Son dernier vers ? « La mouette était muette »…

 

Il me racontait son « besoin de valeurs ». « J’ai toujours été fasciné par les mecs qui disent : allez-y je protège votre fuite ! La vieille garde impériale à Waterloo, la beauté du petit cheval blanc… ».  Il me rappelait ses « rêves de petit garçon : les duels sous la lune, les portes qui grincent, le paradis perdu ». « Gamin, j’étais persuadé de mourir jeune dans une nouvelle révolution en Espagne sous Franco : entrer dans Madrid et tomber sous les balles fascistes ». Il me racontait les petits boulots de sa jeunesse, puis le bac en candidat libre, puis les multiples diplômes universitaires obtenus pour « voir si j’en étais capable ». Le concours de commissaire tenté en 1975, mais sans suite, hors celles littéraires.

304699537.jpg Surtout, il confiait qu’il était heureux d’être un homme debout, un homme en harmonie en quelque sorte. « J’ai pas honte de moi, j’ai pas trahi l’enfant que j’ai été », me lançait-il. Dans les années 1980, il avait approché le cinéma, écrivant entre autres des scénarios de films pour Delon. « Lui, le mec d’ultra-droite, je lui faisais lécher la joue d’un Noir, en lui expliquant, c’est fantastique Alain, ce sera une première mondiale ! », se souvenait-il dans un éclat de rire. Mais ce monde-là, celui des paillettes, du fric et des projecteurs, n’était pas le sien. A Apostrophes, Fajardie a toujours préféré son petit bureau et ses stylos plumes à encre turquoise. Les plateaux télé, il les a remplacés par les ateliers d’écriture pour les taulards, les chômeurs, les jeunes de banlieues, qu’il animait sans relâche.

Une fidélité au peuple qui l’a fait écrire pour les ouvriers de Metaleurop, et contre les reniements de la gauche caviar et R25 des années 1980. « Mitterrand, j’ai refusé d’en croquer, je l’ai payé, mais je m’en fous, expliquait-il. En 68, on tenait le monde, pourquoi les mecs ont-ils capitulé devant le fric ? Ils ont rallié les crapules mitterrandiennes pour se donner l’impression d’être toujours fidèle à la gauche. Mitterrand a enlevé la morale à la gauche. L’oppression était de droite, aujourd’hui, le politiquement correct est de gauche ».

Comme les héros de ses premiers romans noirs ou de ses dernières sagas historiques, Fajardie préférait se sacrifier à se renier. « Mon obsession ? Me battre et aimer. Tous mes espoirs, je les ai perdus, mais je continue. Perdre, c’est beau ».

Il aimait conclure ses courriers par « We will meet again », le chant des Alliés pendant la Seconde guerre mondiale. Alors, Frédéric H. Fajardie, we will meet again.

Bastien Bonnefous

(Portrait de Fajardie par Gérard Rondeau en 1985)   

12:46 Publié dans Polars français | Lien permanent | Commentaires (23) | Tags : fajardie

02/05/2008

68 c’était hier… pom pom pom

1933584605.gif Vous l’avez peut-être remarqué, on fête actuellement les quarante ans de Mai 68. Il est possible que vous soyez passé à côté, vu le peu de livres, hors-séries, albums, suppléments, compils, inédits, rééditions diverses de perruques rousses certifiées juives allemandes, pavés et grenades lacrymo d’époque… sortis pour l’occasion.

Fidèle à sa mission de service public, Polar Blog va vous éviter de perdre votre argent – de toute façon déjà dépensé dans une baguette de pain et une bouteille de lait - dans les souvenirs de Dany le Marron (rouge plus vert) en vous conseillant le seul livre digne d’intérêt de cette super-production gay-lussacienne. Celui de Jean-Bernard Pouy, chef de gare du polar français et meilleur titreur vivant du genre. Jugez plutôt : Mes soixante huîtres. C’est pas beau, ça ? Le titre seul mérite les 4 petits euros du livre.

Mais le reste est à l’avenant. Dans cette mini-nouvelle d’une quinzaine de pages, Pouy fait sa révolution interne et décide en plein repas de famille et en bon père « exsoixantuitard », de claquer le bégnet de ses enfants trentenaires, qui comme tous les trentenaires parisiens d’aujourd’hui, mangent bio et pensent bas (je sais de quoi je parle, j’ai 30 ans et vis à Paris 20e). Une génération si sérieuse et responsable qu’elle finira bien un jour pas élire un type de droite qui voudra « liquider l’esprit de 68 ». Comment, c’est déjà fait ?

Toujours camarade et chevelu, Pouy, lui, a décidé de boire jusqu’à la lie l’esprit de 68, le vin comme le drapeau, rouge de préférence. Jeunes UMP, achetez son livre (pour aider les Editions Folies d’Encre) mais ne le lisez pas, ça vous ferait du mal. Les autres jeunes (si si, il en reste), venez prendre un cours trois en un - lettres, histoire et rigolade - le tout en une demie-heure montre en main.

Mes soixante huîtres, Jean-Bernard Pouy, Folies d’Encre.

PS : le même soir que le Pouy, j’ai jeté un œil au nouveau bouquin de Manuel Valls, qui lui aussi est un as du titre : "Pour en finir avec le vieux socialisme et être une gauche moderne" (vous pouvez reprendre votre souffle). Une couverture jaune pisse, bleu turquoise et violette écrasée. L’intérieur est du même goût. C’est bizarre, mais je l’ai reposé aussi sec. C’est grave docteur ?   

18/03/2008

Et la Série Noire se déChainas

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C'est le phénomène polar français du moment. Un pavé de 500 pages de violence et de rage. Certains adorent, d'autres détestent, la plupart ont un méchant goût dans la bouche longtemps après l'avoir lu. C'est toujours bon signe. Titre : Versus. Auteur : Antoine Chainas. Editeur : Série Noire. Comme souvent, devant une nouveauté qui déboussole, on sort la machine à comparaisons. Alors, c'est Dantec pour les uns, Céline - carrément - pour d'autres. Du brutal, du définitif, du qui laisse pas vraiment place au débat.

 

219f33a8e4f5cfa93abe30761d761850.gif Commençons par le commencement. Pour les amateurs du genre, Antoine Chainas n'est pas un inconnu total. Début 2007, il signait son premier roman chez la vieille dame du polar. Aime-moi, Casanova. L'histoire déjantée d'un flic obsédé sexuel, complètement addict au cul, qui passait son temps à se faire exploser la tronche par plus fort que lui. Au hasard malheureux de ses rencontres, il croisait une stagiaire experte en enfilage de perles dans le fion, une dresseuse aveugle de chiens sodomites, un boucher déchaîné, Elvis en patron de boîte SM… Ça commençait chez San-Antonio, ça finissait dans la tragédie grecque. Un roman forcément plus qu'original même si un peu répétitif, qui avait allumé en rouge brillant dans un coin de notre tête : "auteur à surveiller, attendons le prochain livre".

 

Et quel livre! Versus donc. On reste dans la maison Poulaga. Mais fini le flic obsédé sexuel. Place au major Nazutti. Une boule de haine, un des personnages les plus forts du noir français de ces dernières années. Nazutti est une ordure, une vraie : il hait les hommes, les femmes, les enfants, les vieux, les Noirs, les Arabes, les Juifs, les homos, les hétéros, les flics, les politiques, les touristes, les médecins, les avocats, les juges, les profs, les fonctionnaires… Bref, il hait l'humanité. Mais surtout, les pervers, les satyres, les pédophiles. Nazutti ne dort pas, ne rêve pas, ne mange pas, ne boit pas, ne pleure pas, ne rit pas : il chasse. Il chasse la lie de la Terre. Nuit et jour. Obsédé par la souffrance, la vengeance, la mort, la haine. Il ne parle pas, il frappe, il torture, il magouille, il transgresse. Comme Philippe Nahon dans le film de Gaspard Noé, Nazutti est "seul contre tous". Il va pourtant devoir faire équipe avec Andreotti, jeune inspecteur idéaliste brisé par une ancienne enquête qui a mal tourné pour lui.

 

Si le tandem méchant flic-meilleur flic n'est pas nouveau, le rythme, l'énergie et l'effet de souffle du roman, laissent pantois. Certains passages choquent, dégouttent, écœurent. A quoi bon diront certains? Peut-être, mais aucune scène ne semble gratuite, ce qui fait la force du livre, et le rend au final supportable pour ceux qui iront à son terme. 

 

Alors, Chainas nouveau Céline? N'exagérons pas. Si comme le reclus de Meudon, il semble pour écrire mettre sa peau sur la table, il n'a pas la même inventivité verbale et linguistique que l'auteur du Voyage. En revanche, on retrouve en effet le Dantec de la Sirène rouge. Même écriture au cordeau, même goût de la balistique, du monde scientifique et médical, de la neurologie… parfois trop, mais pas (encore?) le délire mystico-réac du néo-Canadien. Pour ceux que ça intéresse, on apprend beaucoup dans Versus sur les différentes techniques de tortures et de suicides, ainsi que sur les multiples déviances sexuelles et physiques. Une attirance pour cette humanité des freaks anonymes qui rappelle surtout Seven de Fincher, ou les romans de Chuck Palahniuk.

 

D'Antoine Chainas, on ne sait grand chose. Sur la 4e de couverture d'Aime-moi, Casanova, il indiquait avec beaucoup d'humour que "décédé en 1999, il travaille depuis dans une grande administration française". D'après nos informations, il s'agit de celle avec laquelle on peut bouger si on en a envie. Et toujours d'après nos informations, Antoine Chainas semble à l'opposé des personnages de ces livres : un homme normal qui vit dans le sud - ces deux romans ne sont précisément localisés, mais la ville rappelle diablement Nice ou Cannes - avec sa petite famille. Il sera à la fin du mois de mars à Lyon pour le festival Quais du polar. M'est avis que les curieux risquent d'être nombreux devant son stand. 

 

Versus démarre comme un coup de poing dans le plexus, finit comme une explosion à la grenade. Chainas est-il la nouvelle star du noir hexagonal ? Réponse dans quelques romans. Ce qui est sûr, c'est que dans le paysage global de la production française, il est d'ores et déjà à part. Et ça, c'est bien.

 

Versus, Antoine Chainas, Série Noire.  

 

NB : comme signalé en commentaire (merci Jean-Marc Laherrère), vous pouvez retrouver une interview d'Antoine Chainas sur bibliosurf. Le romancier y livre quelques clés sur son travail. Et en plus, il y a une photo. Comme David Peace, Chainas a une tête normale, je ne sais pas si c'est rassurant ou plus inquiétant encore.

16/03/2008

Quand Boujut mène la danse

81ebb0aa34aa97af5026e5b11bd79003.gif Rien que pour son titre, ce roman méritait une chronique. Jugez plutôt : La vie de Marie-Thérèse qui bifurqua quand sa passion pour le jazz prit une forme excessive. C’est pas beau, ça ? Si on ajoute que l’auteur du livre est Michel Boujut, célèbre critique de cinéma, et que l’histoire commence par la découverte quarante-cinq ans plus tard, coincée entre deux pages de La nuit tombe de Goodis, d’une photo parue dans Sud-Ouest en 1959, alors fermez le ban et achetez, je répète, La vie de Marie-Thérèse qui bifurqua quand sa passion pour le jazz prit une forme excessive.

Marie-Thérèse, c’est une jeune fille un peu naïve et totalement dingue de Billie Holiday, qui se trouva embringuée à la fin des années 1950, dans une série de meurtres. Le premier dans une boîte de jazz toulousaine, le second dans une bergerie pyrénéenne. Ses torts : s’être laissée séduire puis dominée par un truand corse et, ter repetita, sa passion excessive pour le jazz qui fit qu’elle se trouvât là où il ne fallait pas quand il ne le fallait pas. Ce fait-divers authentique avait fait, à l’époque, les feuilles grasses de La Dépêche de Toulouse et de Détective.

Au-delà de ce véritable « romanquête », c’est surtout pour Michel Boujut, 19 ans à l’époque des faits, l’occasion de revenir sur sa jeunesse, et de nous raconter la concurrence des clubs amateurs de jazz dans les années 1950, les vedettes du cinéma et les « people » de l’époque aujourd’hui oubliés, le tout sur fond tragique de guerre d’Algérie.

Ça swingue, ça jazze, ça jupe plissée queue de cheval, ça fine cravate noire et semelles en crêpe. Au départ, on se demande pourquoi donc Michel Boujut est allé ressortir cette vieille histoire, mais très vite, on se laisse prendre en main et embarquer sur la piste de la cave enfumée. Parce que, qu’on se le dise, au final, c’est Boujut qui mène la danse.

La vie de Marie-Thérèse qui bifurqua quand sa passion pour le jazz prit une forme excessive, Michel Boujut, Rivages Noir.

15/02/2008

Sénécal en campagne

Il y a du Vargas chez Didier Sénécal. Son commissaire Lediacre a un côté pelleteux de nuages très adamsbergien, en plus froid et plus impitoyable. Sénécal, ancien prof d'histoire et ancien journaliste, livre ses histoires sans bruit ni esbrouffe. A chaque fois, je découvre un ton simple et insolent, un fond subtil, et une manière de mise à distance de la figure de l'auteur-de-polar-à-la-française. Sous prétexte de distraire, Sénécal, j'en suis sûr, règle des comptes avec quelques-unes de ses colères sociales.

Dans Les deux amis, son deuxième roman, il s'attaquait à la corruption politique, de droite et de gauche. Un livre que je suspecte d'être à clés, notamment sur les mœurs de quelques-uns de nos élus.

705a7307bab7c25ec4fa71685f6db2cb.gif Dans Les voitures vides, son dernier en date, il se mesure à la campagne. A l'ennui de la campagne, et pas n'importe laquelle : la Beauce. Du plat, du plat, et du plat, de la boue, des tracteurs, et ici ou là, des tas de betteraves. Si vous ne connaissez pas, ça vaut le coup un après-midi de novembre. C'est dans ce décor que des jeunes femmes disparaissent, laissant leur voiture vide (d'où le titre). Enlevées. Une ou deux, ça va encore, tout le monde s'en fout, mais passé les doigts d'une main, ça commence à faire désordre dans les journaux et les cabinets ministériels. Résultat, le flic Lediacre, qui est aux enquêtes difficiles ce que Rita est aux causes perdues, hérite de l'affaire. Contrairement aux gendarmes qui, eux, font dans le radar, Lediacre fait dans le cerveau. Bien sûr, il triomphera, je ne vous dis pas comment, c'est pas policièrement crédible pour deux sous, mais délicieux à lire. Il y a du Vargas chez Sénécal, je vous le répète, mais ça finira bien par se savoir.

PS : à venir sur Polar blog, l'interview d'Arnaldur Indridason, monsieur polar en Islande. Le nouveau Pelecanos. Le premier titre de la nouvelle maison d'édition, Moisson rouge, Des vies parallèles de José Ovejero…

Et puis je vous parlerai sans doute du nouvel ovni du polar français, Antoine Chainas. Retenez ce nom, vous allez vite le retrouver sur votre table de nuit. L'an dernier, il avait donné un premier roman très prometteur (Aime-moi Casanova, à la Série noire). Vient de sortir son deuxième : Versus, que beaucoup comparent, en terme d'impact et d'énergie à la Sirène rouge de Dantec. Je viens de passer les cent premières pages, et dois reconnaître que c'est très, très impressionnant. Retenez : Chainas, Versus, c'est à la Série noire, qui renoue enfin avec sa grande tradition de découvreur de talents.

 
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