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10/02/2009

Il maestro Camilleri

9782265086050.gif Salvo Montalbano a chaud. Ce mois d’août à Vigàta est d’une chaleur étouffante. Bains de mer, douches glacées, rien ne pourra faire baisser la température du commissaire fétiche d’Andrea Camilleri. Surtout pas la divine Adriana, qui pourrait être sa fille, mais qui, certains soirs, aimerait bien être sa femme. Mais on y reviendra…

Le bon Salvo a déniché, à la demande de sa fiancée Livia, une maison de vacances pour un couple d’amis. D’abord envahie par les cafards puis les souris, la villa s’avère vite un mauvais plan estival. Un jour, le petit garçon du couple disparaît. Il sera retrouvé sain et sauf dans un sous-sol caché de la demeure. C’est là que s’achève la première moitié d’Un été ardent, onzième enquête du commissaire Montalbano traduite en français. Une première partie comique, façon dix plaies de Sicile s’abattant sur une modeste maison.

La suite sera d’un autre acabit. Dans ce sous-sol ignoré de tous, Montalbano découvre le cadavre d’une jeune fille disparue dans la région plusieurs années auparavant. Au fil de son enquête, le commissaire va se trouver en butte avec des magouilles immobilières, des pressions politiques, et toujours en arrière-plan cette mafia qui appartient au paysage sicilien au même titre que les oliviers ou les Fiat. Du Montalbano pur jus, avec une invité surprise, Adriana donc, sœur jumelle de la défunte, qui tourmentera follement la chair du commissaire et fera basculer le récit dans la vengeance familiale. Mensonge, manipulation et dissimulation, Montalbano vieillit et perd parfois de ses réflexes.

Si Un été ardent n’est pas le meilleur Montalbano, il regorge comme tous les romans du maestro Camilleri, de ces trouvailles linguistiques qui font le délice de cet ancien homme de théâtre et de télévision devenu star de l’édition italienne à 70 ans. Un « italien sicilianisé » qui est sa marque de fabrique et son atout maître.

Camilleri, 83 ans, est un phénomène de l’autre côté des Alpes. Chacun de ses romans – au choix, les enquêtes de Montalbano (La forme de l’eau, Chien de faïence, Le tour de la bouée…  toutes des splendeurs) ou les récits historiques sur la Sicile du 19e siècle (le sublîme Opéra de Vigàta, ou La disparition de Judas) – sont à chaque fois des succès immenses d’édition. La série télévisée adaptée de Montalbano fait elle aussi un tabac dans les foyers. Et son visage est sur toutes les vitrines des librairies ou les kiosques à journaux. 

Fin janvier, Camilleri, ce Simenon sicilien, nous a reçu chez lui à Rome, dans son appartement calme et simple, pour deux heures d’entretien. L’œil vif, la répartie cinglante, les cigarettes fumées à la chaîne, Camilleri s’est montré fidèle à sa légende : un homme engagé et un auteur de premier plan.

Un été ardent, Andrea Camilleri, Fleuve Noir. Traduit de l’italien par Serge Quadruppani.

 

Dans cette interview, Andrea Camilleri revient longuement sur son œuvre, la Sicile, l'Italie de Berlusconi, son parcours, ses modèles…

 

L’été est ardent, et le commissaire Montalbano vieillit…

Il souffre davantage de la fatigue que de la vieillesse, car il est totalement anormal à mes yeux qu’une personne née en 1950 puisse se dire vieille. Montalbano n’est pas fatigué de son travail, car celui-ci n’a rien de routinier, mais il est fatigué d’avoir affaire à des imbéciles, car plus le temps passe, plus il comprend que le crime est toujours stupide. Du coup, il devient plus amer, et aussi plus sensible.

Quels sont vos rapports avec votre personnage fétiche ?

Je le supporte de moins en moins ! A l’origine, j’avais prévu, avec mon immense pouvoir d’auteur, de faire disparaître Montalbano dès la fin du premier roman. Au départ, il ne m’intéressait pas vraiment, je m’étais simplement lancé un pari littéraire avec moi-même, savoir si j’étais capable ou pas d’écrire un roman. Mais à la fin du premier roman, j’avais trouvé que Montalbano n’était pas bien dessiné, donc je m’étais lancé dans un second livre, et après terminé Montalbano ! Sauf qu’entre-temps, j’ai connu le succès. A cette époque, j’étais dans la norme de l’édition, mais avec Montalbano, j’ai commencé à vendre des centaines de milliers de livres. Très vite, je me suis retrouvé comme Conan Doyle avec Holmes, dépassé par mon personnage. « Montalbano ne t’appartient plus, il appartient à tout le monde », m’a dit un jour un lecteur. Et ma propre mère m’a menacé à l’époque de me poursuivre en justice, si j’arrêtais les Montalbano. Alors, j’ai continué, mais j’aurai le dernier mot. L’ultime roman de Montalbano est déjà écrit, il sera publié après ma mort, et Montalbano disparaît vraiment, mais je ne veux pas en dire plus sauf qu'il s'intitulera Ricardino.

La mafia est présente dans toutes les enquêtes de Montalbano, mais jamais au centre, toujours à la marge. Pourquoi ?

C’est volontaire de ma part. Ecrire des romans qui se déroulent en Sicile de nos jours en ignorant la mafia, serait une erreur. Mais la mettre au premier plan est dangereux, car même un auteur quelconque peut alors transformer n’importe quel mafieux en héros. Marlon Brando dans Le Parrain fait oublier que son personnage est quelqu’un qui commandite des meurtres, et le rend presque sympathique. L’aile militaire de la mafia a perdu la guerre face à l’Etat, donc elle continue à se battre mais sans montrer les armes. Il y a une phrase extraordinaire de Bernardo Provenzano (le chef de la Cosa Nostra qui a été arrêté en 2006. Surnommé « Le tracteur », il est soupçonné de près de quarante meurtres à lui seul) qui disait à ses hommes : « Enlevez les chaussures cloûtées et mettez des chaussons ». C’est ça aujourd’hui la mafia, des criminels en chaussons.

Quel est votre avis sur le livre Gomorra de Roberto Saviano ?

C’est devenu un phénomène éditorial et politique très important en Italie, et je suis particulièrement désolé pour Saviano qui risque d’être tué un jour. Quand les premiers journalistes ont été assassinés par la mafia il y a quelques années, j’ai compris que celle-ci avait appris à lire et à écrire. Aujourd’hui, avec Gomorra, en plus de lire les journaux, elle lit les livres. J’espère que le succès de ce livre ne sera pas qu’un succès de curiosité, mais qu’il agira sur les comportements et les esprits, mais je n’ai pas l’impression que ce soit le cas encore.

Montalbano est-il à l’aise dans l’Italie de Berlusconi ?

Ma sympathie pour Berlusconi, tout le monde la connaît ! Montalbano est né avant Berlusconi, et ce n’est pas quelqu’un qui aime particulièrement la justice ou qui la recherche. Lui, il cherche la vérité relative de chaque événement. Il ne met jamais les menottes, et utilise très peu son arme. Je vous le répète, au départ des Montalbano, mon intention était simplement de voir si j’étais capable d’écrire un roman du premier au dernier chapitre. Très vite, j’ai choisi le genre policier, car c’est un genre encadré, normé et assez pratique pour cela. Et j’ai choisi un policier traditionnel pour héros plutôt qu’un carabinier, parce qu’un carabinier est un militaire, il est donc soumis à davantage de règles, à la hiérarchie, aux ordres… Le commissaire Montalbano, lui, peut se permettre d’être plus franc-tireur.

Avez-vous le sentiment d’avoir ouvert une voie en Italie, par votre travail sur la langue dans vos romans ?

Si c’est le cas, j’en suis ravi. Contrairement à l’anglais ou au français qui ont su garder leur force, l’italien est une langue faible, beaucoup de mots nous viennent de l’anglais. J’ai toujours pensé que chaque langue se nourrit de ses périphéries. Les dialectes sont à l’italien ce que la sève est à l’arbre. Mon ambition, si j’en ai une, est de faire revivre des dialectes perdus. Par exemple, ma grand-mère m’appelait « pizzipituri », ce que l’on pourrait traduire par « un peu plus que garnement ». Ma mère ne m’a jamais appelé comme ça, parce que c’était un mot du 19e siècle. Un jour, j’ai lu une lettre de Pirandello à sa sœur qui m’a procuré une immense émotion, parce que Pirandello appelait sa sœur « pizzipituri ». Mettre ce genre de mots oubliés dans mes livres, voilà ce que je cherche.

A 83 ans, pensez-vous parfois à une quelconque postérité de votre œuvre ?

J’ai vécu assez longtemps pour me souvenir du nombre d’auteurs aussitôt oubliés après leur mort, alors la postérité… On dit « le phénomène Camilleri », mais moi je ne me suis jamais considéré comme un phénomène. Mon succès, je le dois à mes lecteurs, pas à moi-même.

Comment l’expliquez-vous ?

Mais je ne le comprends pas ! Et je dis cela sans prendre la pose. C’est vrai que cela atteint de telles proportions que parfois je comprends Staline ou Mussolini, et leurs folies des grandeurs ! Mais moi, mon plus grand plaisir, au-delà du succès ou même des histoires de mes romans, c’est d’écrire exactement la phrase que je voulais écrire.

Etes-vous fier de vos livres ?

Je ne préfère pas me poser la question. Une fois qu’ils sont écrits, je les oublie, je détruis toutes les traces, comme un assassin. Je ne conserve aucun brouillon, aucune note.

Vous alternez des romans historiques, généralement sur la Sicile du 19e siècle, et les enquêtes de Montalbano. Pourquoi ce va-et-vient ?

Montalbano me permet de toucher un large public, c’est un bon véhicule de contrebande politique pour faire passer quelques messages auxquels je tiens. Le roman historique, lui, me permet de travailler sur la langue et aussi de m’attarder sur les erreurs commises par l’Etat italien au moment de l’unité du pays, erreurs que l’on continue de payer encore aujourd’hui. Mon cœur bat davantage pour le roman historique, mais Montalbano est en réalité plus difficile à écrire, car il faut éviter de se répéter et ce n’est pas simple avec un personnage récurrent.

Pourquoi avoir abandonné la poésie, l’amour de vos débuts littéraires ?

Qui vous dit que ce n’est pas elle qui m’a abandonné ? Un journaliste a écrit un jour que j’occupe en Italie une place unique : « l’écriture moyenne supérieure ». En Italie, on ne peut jamais bâtir de jolies églises de campagne, il faut toujours se lancer dans de grandes cathédrales. Je suis content que mes romans soient lus, mais j’écris aussi des livres dont je sais qu’ils seront refusés par les lecteurs. Quand j’écris, je pense au roman, à la langue, pas au public ni à moi-même.

Vous avez travaillé de très nombreuses années au théâtre puis à la télévision italienne, où vous avez notamment adapté les Maigret de Simenon. Ces activités ont-elles eu une influence lorsque vous êtes passé à l’écriture de romans ?

Elles m’ont beaucoup servi, surtout pour l’écriture des Montalbano. La télévision m’a appris à découper une histoire en chapitres de manière non traditionnelle, alternant de longs plans panoramiques et des arrêts de la caméra sur un détail. Montalbano, c’est ma caméra en quelque sorte, qui voit le détail dans le plan large. Le théâtre, lui, m’a appris le sens du dialogue. Lorsque je crée un nouveau personnage, j’écris d’abord ses dialogues, et selon sa façon de parler, je compose son allure physique. Un type qui parle comme ça, il a forcément des moustaches, etc…

Comment écrivez-vous ? Avez-vous des habitudes particulières ?

Un ministre italien a dit récemment que les fonctionnaires dans ce pays ne travaillaient pas. S’il dit vrai, il faudrait alors me donner la médaille d’or du travail ! Je me lève tous les matins à 6 heures. Une fois que je suis propre et rasé, je m’installe à mon bureau et j’écris jusqu’à 10 heures. Tous les jours, comme un parfait fonctionnaire ! L’après-midi, je relis ce que j’ai écrit, mais je modifie peu. J’écris à l’ordinateur depuis une dizaine d’années seulement, après une longue période de méfiance à cause notamment du correcteur orthographique qui n’aimait pas beaucoup mes inventions sur la langue.


Quelles sont vos influences littéraires ?

Il y en a beaucoup. On peut commencer par Gogol, Stern, Pirandello, Simenon… Les grands romans de Simenon, ceux écrits parallèlement aux Maigret, ont eu une influence immense sur tous mes livres, pas seulement sur les Montalbano. Madame Bovary a aussi beaucoup compté, car je le considère comme le premier grand roman moderne dans sa construction.

Et le Catalan Manuel Vasquez Montalban ?

Il a été fondamental dans mon parcours d’écrivain. Lorsque j’écrivais L’opéra de Vigata, j’ai calé, je n’arrivais pas à finir. Je passais des journées à chercher un moyen de m’en sortir, mais rien ne venait. Au même moment, j’ai lu Le Pianiste de Montalban. La construction de ce roman n’est pas linéaire, Montalban fait des sauts dans le temps et des ellipses. Il m’a alors donné la solution pour mon roman ! En guise d’hommage, j’ai donc appelé mon commissaire Montalbano.

 

PS : un grand merci à Serge Quadruppani pour sa traduction précieuse durant l'interview.

30/12/2008

Frère Jack, priez pour nous, pauvres pêcheurs

Bruen_main_droite_diable_G.jpg Si les fêtes de fin d’année vous dépriment, passez votre chemin, ce livre n’est pas pour vous. Polar Blog a plusieurs fois écrit sur Ken Bruen, j’ai même eu le privilège de le rencontrer pour une interview (ici). Au fil des années et de chacun de ses nouveaux romans, Bruen devient un auteur familier, presque un proche, quelqu’un de la famille.

Bruen a un double littéraire : Jack Taylor, le privé de Galway, ancien petit village irlandais où chacun connaissait les secrets de l’autre, devenu avec le développement économique du Tigre celtique de ces dernières années, une grande ville où tout le monde s’ignore et se craint. C’est important Galway dans les romans de Jack Taylor. C’est la ville qui change, c’est le temps qui passe, les années perdues, la tombe qui chaque jour se rapproche un peu plus.

Bruen écrit pour mesurer « combien de douleur un homme peut endurer ». Dans ses premières mésaventures, Taylor était alcoolique et toxicomane. Pas vraiment drôle, et pourtant il posait sur la vie un regard désabusé certes, mais ironique et moqueur. Puis, au fil des titres, Taylor s’est obscurci. Il est devenu définitivement dépressif, un temps même suicidaire, la rage et le désespoir en permanence au bord des larmes.

La main droite du diable est la cinquième enquête de Jack Taylor. Cette fois-ci, le privé abandonné plus que solitaire, sort de l’asile où il a tenté – en vain - de se remettre de la mort par sa faute de l’enfant de ses meilleurs amis. Il ne boit plus, ne fume plus, ne se drogue plus. Taylor a décidé de tout s’interdire, à commencer et surtout par être heureux.

La décapitation du père Joyce dans un confessionnal de Dublin va paradoxalement le ramener à la vie. La mort d’un prêtre, quel plus beau symbole de cette nouvelle Irlande, cupide, ultralibérale et sans limite ? Mais comme dans une de ses précédentes enquêtes – Le martyre des Magdalènes – Bruen-Taylor en profite également pour régler ses comptes avec la violence et le mensonge de l’Eglise.

D’un côté, une société qui perd la tête ; de l’autre, un homme condamné au malheur, qui puise son énergie dans la poésie et la culpabilité. Interrogé sur l’issue possible de la saga Taylor, Bruen m’avait répondu : « ça finira très mal, forcément ». On n’a aucune peine à le croire.

La main droite du diable, Ken Bruen, Série Noire. Traduit de l’anglais par Pierre Bondil.

PS : à signaler la parution en février à la Série Noire, du prochain Ken Bruen, Cauchemar américain. Polar Blog vous en parlera. Sans aucun doute possible.

05/12/2008

En vrac dans les bacs #2

Il y a quelque chose de pourri au royaume d’Irlande

9782702433058.gif Comme tous les miracles économiques, celui de la nouvelle Irlande a son revers de la médaille de saint-Patrick. Un revers pourri par la corruption et l’impunité politico-financière qui va avec, et la flambée immobilière proportionnelle à celle de la criminalité. Dans un Dublin devenu en quelques pintes une grande capitale européenne qui n’a rien à envier à la sœur honnie londonienne, l’inspecteur Synnott tente tant bien que mal de faire son travail. Pas facile, voire carrément impossible quand la crapulerie prospère, et que les fils de bonne famille sont protégés de leurs viols par les relations et les billets de leur papa.

Gene Kerrigan est journaliste à l’Irish Independant. Il a enquêté sur les scandales financiers, la politique et les faits divers. Une expérience de premier ordre pour passer à la littérature noire, en donnant de la chair et de la crédibilité aux nouvelles fortunes comme aux oubliés de la croissance. Son premier roman, A la petite semaine, décrivait le braquage foireux d’une équipe de malfrats miteux qui veulent leur part de gâteau. Le chœur des paumés transforme l’essai, en montrant avec tension, amertume et humour noir, comment une société humaine perd ses repères traditionnels sous la charge du Veau d’or. 
Le chœur des paumés, Gene Kerrigan, Le Masque, 403 p., 21,50€.

 

Ne lisez pas ce livre, il vous hantera

9782355840135.gif C’est la révélation catégorie roman noir de cette rentrée : Seul le silence, premier roman traduit en français du Britannique R.J. Ellory. Anagramme involontaire du grand James Ellroy, l’auteur appelle inévitablement à sa table les chefs d’œuvre du maître du Mal et de la rédemption, à commencer par Le Dalhia noir.

Joseph Vaughan a 12 ans et vit dans le sud rural des Etats-Unis quand est assassinée une fillette voisine. Un meurtre non résolu qui va bouleverser le garçon. Devenu écrivain à succès, Joseph s’installe des années plus tard à New York, mais de nouveau les meurtres d’enfants se multiplient. Il n’a alors d’autre choix que de mener l’enquête, quel qu’en soit le prix.
Seul le silence est un roman exceptionnel, qui détourne le thriller classique de serial killer pour aborder la grande littérature américaine tout court. Dédié à Truman Capote, on y retrouve le sens maniaque du détail et la volonté d’épuisement total du sujet magnifié par l’auteur de De sang froid. D’une noirceur absolue, il prend en otage le lecteur avec un sens du suspense nourri par un style mélancolique, qui transforme la torpeur en soupçon. Un véritable tour de force, publié par l’excellente et jeune maison d’édition Sonatine.
Seul le silence, R.J. Ellory, Sonatine, 497 p, 22 €.

 

Au théâtre ce soir : meurtre

9782743618537.gif Jamais Français n’avait intégré le très fermé « club des centaines » de Rivages. Jusqu’à présent, la vénérable maison du polar et roman noir réservait ces numéros 100, 200 et suivants, à ses poids lourds anglo-saxons, type Ellroy, Cook, Thompson, Westlake … C’est peu dire que Stéphane Michaka, auteur de théâtre de 34 ans, entre par la grande porte avec son premier roman, La Fille de Carnegie, siglé n°700. Emballé par sa pièce du même nom en 2005, François Guérif, le phare de Rivages, avait poussé Michaka à l’adapter en roman.

Meurtre au Metropolitan Opera de New-York. La Flûte enchantée sur scène, trois balles dans le buffet en loge. Le lieutenant Tourneur, policier borderline, est chargé de l’enquête. Rapidement, les soupçons se portent sur Lagana, ex-flic passé à la finance de Manhattan, que Tourneur vomit. Les deux hommes vont donc s’expliquer, virils et pas toujours corrects, durant une longue nuit de garde à vue.

Un premier roman tenu, qui prend naturellement sa place à New-York, sans pour autant plagier le Lonely Planet comme trop souvent les polars français situés outre-Atlantique. Un ton à la fois dur à cuire et lyrique. Un petit bonbon Michaka (facile).
La fille de Carnegie, Stéphane Michaka, Rivages Noir, 562 p., 10,50€.

25/06/2008

A ball in the foot

1944623409.gif Pour ceux qui n’ont pas eu leur dose suffisante de foot ces dernières semaines, un seul remède : le nouveau roman noir de David Peace, le meilleur romancier anglais vivant. « 44 jours » narre l’histoire vraie mais ô combien romanesque de Brian Clough, dieu du foot anglais des années 1960-1970, avec George Best.

Fin 1962, Clough, ancien joueur, grande gueule mais homme de paroles et de coups, prend les rênes de la petite équipe de Derby County. Miracle, il la mène à la victoire en championnat. Porté par ce succès, Clough atterrit à Leeds United, le club star de l’époque, jumeau du Chelsea d’aujourd’hui. Du paradis, il tombe en enfer. Car Leeds ou pas, Brian le juste compte appliquer ses méthodes : on gagne par le jeu et la sueur, pas par les magouilles, les pots-de-vin ou le dopage. La guerre avec l’équipe, la direction du club, et les notables de la ville, va durer 44 jours.

Ce roman cause foot, mais à la manière de David Peace : hallucinée, titanesque, poétique et désespérée. Au-delà du ballon rond, l’auteur du "Quatuor du Yorkshire" raconte la tragédie d’un homme et d’une époque, celle où l’Angleterre bascule vers l’ultralibéralisme thatchérien. Ou comment le foot, sport des faubourgs et du peuple, devient celui de la bourse et du fric. Bienvenue dans notre monde.

Polar Blog avait rencontré David Peace il y a quelques mois, lors de la publication en France de son précédent livre, Tokyo Année Zéro, premier tome d'une trilogie sur le Tokyo d'après-guerre. Pour relire l'entretien, cliquez ici

44 jours – The Damned United, David Peace, Rivages Thriller. Traduit de l'anglais par Daniel Lemoine.

05/05/2008

Au Nord, il y a Per et Maj

2044989137.gif Adam et Eve n’ont pas fait que croquer la pomme, ils ont aussi écrit des polars nordiques. Rivages a décidé de rééditer les romans de Maj Sjöwall et Per Wahlöö, le couple fondateur du polar scandinave aujourd’hui tellement en vogue. Ceux que tout bon auteur suédois, norvégien, danois et même islandais – c’est le cas d’Arnaldur Indridason – se doit de citer comme modèles.

Entre 1965 et 1975, Sjöwall et Wahlöö, mari et femme, ont écrit une série de dix romans mettant en scène le policier de Stockholm Martin Beck et son équipe. Des romans doublement influencés à l’époque par Ed McBain et Simenon. McBain pour la description clinique et pointilleuse de l’enquête policière, Simenon pour l’atmosphère et la personnalité de l’inspecteur Beck, sorte de Maigret des neiges. « Tu es têtu, tu es logique et tu es d’un calme absolu. Tu ne te laisses pas aller à perdre ton sang froid et quand tu es sur une affaire, quelle qu’elle soit, ton comportement est strictement professionnel. Les mots répugnant, horrible, bestial relèvent du vocabulaire journalistique – ils ne te viennent pas à l’esprit. Un criminel est un être humain normal à ceci près qu’il est plus malheureux et moins adapté que les individus normaux. » C’est ainsi que Beck se décrit au début du roman Roseanna.

Premier livre de la série, Roseanna se présente comme « le roman d’un crime », celui d’une jeune touriste américaine assassinée durant ses vacances suédoises. Opiniâtre, Beck mène l’enquête entre la Suède et les Etats-Unis, et avec les moyens de l’époque. Pas de portable, pas de fax, pas de mail, pas d’ADN, ni de caméras de surveillance… Une époque où le temps était dicté par les délais postaux et où le dénouement de l’affaire dépendait fortement du flair du policier.

Avec ce roman, Sjöwall et Wahlöö posent les fondements de la plupart des bons polars scandinaves à venir les décennies suivantes : des livres réalistes où des policiers souvent dépassés sont confrontés à la violence d’une société dont le calme et la concorde ne sont qu’apparents. On note également l’importance de la météo qui rythme l’avancée de l’intrigue, un détail que l’on retrouvera notamment dans les romans de Mankell et Indridason.

Dans la préface au livre, Henning Mankell jutement, paie son tribut à Sjöwall et Wahlöö, louant un livre « clair, limpide » qui « n’a pas pris une ride ». Mais le romancier suédois ajoute que par rapport à 1965, « le monde a changé ». « Chacun fumait comme un pompier (…) Personne ne se baladait avec de minuscules magnétophones dans les poches, on ne connaissait pratiquement pas les ordinateurs. Les grandes vagues d’immigration n’avaient pas encore eu lieu », écrit le créateur du commissaire Wallander.

C’est à mon avis ce qui fait l’intérêt et la limite de Roseanna. Les amoureux du polar nordique goûteront ce retour aux sources littéraires. Pour les autres, le livre a quand même vieilli et surtout, il a été tellement copié depuis, qu’il en perd finalement son originalité de l’époque.

A signaler par ailleurs la parution du deuxième roman de la série, L’homme qui partit en fumée.

Roseanna, Maj Sjöwall et Per Wahlöö, Rivages Noir. Traduit de l’anglais par Michel Deutsch.

21/04/2008

Un petit nouveau nommé McBain

3ed59f1fd34657ba74ebaa7ec8202d18.jpg Depuis Chateaubriand, on savait que les chefs d'œuvre viennent parfois d'outre-tombe. La preuve avec la parution récente de nouvelles inédites du maître Ed McBain, rassemblées en un volume intitulé Le Goût de la mort.

 

Pour les amoureux du noir, Ed McBain est un monument que l'on se doit de visiter fréquemment, à l'instar d'un Westlake, d'un Hammett ou d'un Manchette (liste non exhaustive). Mort en 2005, il a laissé une œuvre immense, faite de dizaines et de dizaines de romans, nouvelles et scénarii - dont celui des Oiseaux d'Hitchcock. Mais quand on le cite, c'est surtout pour sa Comédie humaine version New York, le cycle du 87th District, série de romans sur une brigade de police d'une ville américaine imaginaire mais follement proche de la Grosse Pomme. L'un des actes fondateurs du genre "police procedural" dans le polar : des romans bruts, qui décrivent le quotidien policier, les enquêtes difficiles, les flics dépassés, la rue en perdition… Une cathédrale du noir qui a influencé une flopée d'auteurs - en vrac, Pelecanos, Lehane, Mankell, même Ellroy… - et sans laquelle pas mal de séries télé n'auraient jamais été envisagées (NYPB Blues, The Wire…).

 

De son vrai nom Salvatore Lambino - fils d'immigré italien grandi à East Harlem à New York - McBain a aimé se cacher derrière plusieurs noms de plume : le plus célèbre après McBain, Evan Hunter, mais aussi des plus discrets comme Hunt Collins ou Richard Marsten. Diplômé d'anglais, dégoûté de l'enseignement qu'il pratiquera une année et dont il tirera son premier succès, Graine de violence, adapté au cinéma par Richard Brooks, McBain entre au début des années 1950 à l'Agence littéraire Scott Meredith de New York. Sa principale motivation alors : les perspectives de gagner beaucoup en écrivant, après que son employeur qui le recrute pour prendre sa place lui dit qu'il part "parce que je gagne tellement d'argent avec ma propre production que cela ne vaut plus la peine de rester ici". 

 

A partir de 1952, il commence à vendre des "histoires policières" à plusieurs magazines de l'époque, principalement Manhunt. Des nouvelles qui racontent des gosses et des femmes dans la dèche, des détectives privés alcooliques comme son premier héros, Matt Cordell, des voyoux, des gangs, des flics… La vie des grandes villes de l'Amérique où poussent la violence et la mort. Des nouvelles écrites alors que McBain a dépassé à peine la trentaine. Des nouvelles qui sont des modèles du genre. Des nouvelles qui disent en quelques pages, une atmosphère, une vérité, avec un sens du dialogue éblouissant. Des nouvelles tellement abouties et parfaites que les apprentis romanciers en chambre risquent de ne pas s'en remettre. Qu'ils préparent déjà la corde.

 

Le Goût de la mort, Ed McBain, Bernard Pascuito éditeur. Traduites de l'anglais par Zach Adamanski.

09/04/2008

John Harvey, la belle coupe anglaise

1f3d6468998a3fd13509232a075f6808.jpg John Harvey est sans doute ce qui se fait de mieux en ce moment du côté de la littérature policière britannique. Pour preuve, son nouveau roman : D'ombre et de lumière, paru récemment. Troisième et dernier volet de la série Frank Elder, ancien policier de Nottingham retiré dans la solitude des Cornouailles. John Harvey est déjà à la tête d'un formidable cycle de polars, celui de l'autre flic Charlie Resnick, modèle du genre du roman de procédure policière.

 

Dans cette ultime aventure, Elder reprend du service en free-lance de l'enquête, pour se pencher sur les meurtres de deux femmes à huit ans d'intervalle et qui présentent des ressemblances troublantes. Parallèlement, le lecteur continue de suivre sa vie privée, ses relations ambigües avec son ex-femme, et sa timidité envers sa fille qui a failli être tuée par sa faute lors d'une de ses anciennes enquêtes.

 

Ce qui fait la force des romans de John Harvey est leur impression déconcertante de facilité. Avec lui, écrire un bon roman policier paraît extrêmement simple. Tout sonne juste, crédible et humain : les situations, les dialogues, l'avancée de l'intrigue… Pas d'esbroufe bang-bang, pas de violence gratuite, pas d'effets de manche stylistique, ni de coups de théâtre tirés par les lignes. Harvey écrit neutre mais beau, il soigne ses personnages et leur environnement, et même la figure éculée du tueur en série n'apparaît pas chez lui comme un artifice un peu facile. 

 

John Harvey traite avec élégance et un authentique respect du lecteur, le genre classique de l'enquête policière. A la croisée du roman procédural et du thriller psychologique, il sait combiner l'efficacité des pages-turners commerciaux et la grandeur des vrais écrivains. A part peut-être Thomas Harris, qui réussit une telle alchimie aujourd'hui dans le polar anglo-saxon? 

 

D'ombre et de lumière, John Harvey, Rivages Thriller. Traduit de l'anglais par Jean-Paul Gratias. 

27/03/2008

Pelecanos ou Zola à Washington

2e6d8892f4c65d0254b257ba0d6638b0.jpg Encore une légende du noir. Los Angeles a Ellroy et Connelly, Edimburg a Rankin, New York a Lieberman, Galway a Bruen… Et Washington a Pelecanos. Pas de débat possible. George Pelecanos est né à Washington il y a 51 ans, George Pelecanos a grandi à Washington, dans un quartier ouvrier au milieu d'une population noire où son père, immigré grec, avait monté un snack. Et George Pelecanos écrit sur Washington. Treize romans noirs traduits à ce jour en France. Tous se déroulent à "Drama City" - titre de l'un des derniers. Attention, pas le Washington du Capitole et de la Maison Blanche. Ce Washington là, Pelecanos s'en fout. Lui s'intéresse au Washington caché, celui des ghettos, des guerres des gangs, de la dope, de la misère, du racisme, de la police… Au Washington du peuple en somme, contre celui de l'élite.

 

Costard bleu marine rayé et petite barbe grisonnante bien taillée, George Pelecanos est comme beaucoup de romanciers américains en goguette en France : très cordial. Il aime expliquer son travail, ses méthodes, ses goûts, comme le prouve l'interview qui suit. Invité vedette du festival de polar Quais du polar à Lyon, il salive déjà, rapport aux "good foods and wines".

 

Pelecanos est un pro : ses romans sont toujours parfaitement documentés, écrits sans chantilly, sans un détail qui manque à l'appel. C'est propre, net et précis. En bientôt vingt ans de carrière, le romancier est passé d'une première série de livres - celle des Nick Stefanos, privé d'origine grec qui ressemblait violemment au jeune Pelecanos - au "Quartet de Washington" et à la série d'enquête du duo policier bicolore, l'ex-flic noir Derek Strange et le privé blanc Terry Quinn. Avec ses romans écrits à la troisième personne, Pelecanos a vu large, il retrace une sorte de saga de Washington des années 1940 à nos jours. Avec à la clé, les évolutions sociales, politiques, économiques et raciales de la capitale américaine et de l'Amérique tout court.

 

Son dernier opus traduit chez nous s'intitule Les jardins de la mort. S'inspirant d'une authentique affaire, il couvre les années 1985-2005. A vingt ans de distance, des enfants noirs sont assassinés dans les jardins de Washington. Trois policiers qui ont couvert l'enquête en 1985, vont reprendre du service vingt ans plus tard. Trois flics, trois visions de la police, trois destins. Pelecanos ne sait pas encore si ces personnages augurent d'une nouvelle série de romans. Au-delà, on retrouve dans ce livre la patte Pelecanos, avec au premier chef, la présence constante de la musique. Pelecanos est l'écrivain américain de la pop culture. Bloqué aux années 1970, chacun de ses romans est un véritable disquaire de poche des meilleurs sons funk et soul. Ecriture et musique sont tellement liés chez Pelecanos, qu'aux Etats-Unis son roman Hard Revolution avait été carrément publié avec un CD, bande-son du livre.

 

Enfin, on ne serait pas un minimum complet sur le gars si on ne signalait pas qu'il avait aussi à son actif, une bonne partie des scénarios de la série policière produite par HBO, "The Wire". Chef d'œuvre télévisuel, cette série retrace la vie d'un service de police de Baltimore, avec comme particularité que chaque saison suit l'intégralité d'une seule enquête sur plusieurs épisodes. Comme les romans de Pelecanos, pas de tape à l'œil, que du vrai, du concret, de l'ultra-réalisme. Une merveille.

 

Les jardins de la mort, George Pelecanos, Seuil Policiers. Traduit de l'américain par Etienne Menanteau. 

 

De passage à Paris, George Pelecanos a reçu Polar Blog

pour parler de ses livres, de sa ville, des jambes des femmes, et même de Sarkozy.

 

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Les Jardins de la Mort se déroulent à Washington de 1985 à 2005, des années Reagan aux années Bush. Au-delà de l’intrigue policière, quel sens avez-vous voulu donner à ce livre ?
J’ai voulu montrer les changements énormes intervenus en vingt ans à Washington. Comme toutes les villes de l’est américain, Washington a connu de grands changements urbains, avec des effets sur les modes de vie. Les classes moyennes et les classes supérieures, de toutes les couleurs, sont arrivées dans le centre-ville, et ont repoussé les classes défavorisées vers la périphérie. Résultat, le crime a baissé downtown, mais ce n’est qu’une impression, il n’a fait que se déplacer. J’ai voulu montrer ce changement de surface très superficiel.

Ce roman, c’est trois policiers et trois visions de la police : un bon flic, un mauvais flic, et un flic brisé par son métier…
C’est vrai, mais c’est plus compliqué. On se rend compte à la fin que le bon flic pour boucler son enquête, n’hésite pas à franchir la ligne, et que celui qui semblait mauvais a été viré de la police pour avoir aidé des prostituées. Est-ce si mal que ça ? Ce que j’ai voulu montrer, c’est que pour faire un bon flic, il en faut plusieurs différents. Seul, aucun des trois policiers du livre n’aurait réussi, c’est ensemble qu’ils s’en sortent. Le personnage du vieil inspecteur T.C. Cook m’a été inspiré par un inspecteur qui a couvert l’histoire qui a inspiré le roman. Cette vieille affaire jamais résolue l’a vraiment cassé, et j’ai voulu raconter comment une affaire peut briser un policier. En plus, la vraie histoire avait une dimension raciale, toutes les victimes étaient noires et la population avait le sentiment que la police ne faisait rien pour trouver le meurtrier. Or, l’inspecteur lui-même était noir et avait souffert du racisme dans la police. Il en était devenu très amer.

On retrouve dans ce roman deux éléments centraux du style Pelecanos : la musique et le basket-ball.
Je ne peux pas m’en empêcher. C’est fondamental chez moi de parler musique et sport. De toute façon, de quoi parlent les gars qui boivent dans les bars : de politique, des femmes ? Non, ils parlent de sport et de musique.

Votre style est aussi très journalistique, avec un grand sens du détail.
Je n’ai jamais fait de journalisme, mais je pense que j’aurais pu être un bon journaliste. Je me documente beaucoup, j’ai une bonne mémoire, donc je me souviens de plein de petits détails. Et ce sont ces détails qui font un personnage : sa manière de s’habiller, de marcher, ce qu’il boit, ce qu’il mange, la musique qu’il écoute, sa manière de parler… Et puis la marque de sa voiture. Les bagnoles, j’adore ça !

Vous enquêtez avant d’écrire ?
Oui souvent. Pour ce roman, j’ai pu suivre la police criminelle de Washington. C’est un milieu très fermé, mais ils ont accepté parce qu’ils avaient aimé mon travail de scénariste sur la série policière The Wire. Quand je les ai suivi, il y a eu un meurtre grave à Washington, et j’ai eu la chance d’être là du début à la fin de l’affaire, depuis le meurtre jusqu’à l’arrestation du meurtrier. A côté, j’ai aussi rencontré pas mal de gamins qui dealent et ils m’ont raconté plein de trucs, sans problème. Les gens me parlent facilement, je ne sais pas pourquoi, mais ça m’arrange.

Tous vos romans se déroulent à Washington, mais il n’y a jamais une ligne sur le Washington de la Maison Blanche ou du Congrès…
Les gens dont je parle dans mes livres, se foutent de la Maison Blanche. La capitale fédérale est invisible pour eux. C’est délibéré de ma part de ne jamais en parler, c’est en quelque sorte un geste politique, une manière de dire que la politique nationale américaine ne concerne pas la vie quotidienne des gens.

Au cours de votre œuvre,vous êtes passé du « je » dans vos premiers romans et la série des Nick Stefanos, au « il » de vos romans plus récents. Pourquoi ?

C’était plus facile de dire « je » dans mes premiers romans parce que j’apprenais à écrire. Quand je suis passé au « il », c’était un vrai défi, ça a ouvert mes livres sur le monde. Je trouve qu’ils sont mieux écrits, plus riches, plus vastes, parce que je peux suivre plusieurs personnages. Mais si demain, c’est mieux pour l’intrigue que je revienne au « je », je le ferai.

Vous avez commencé à écrire assez tard, après 30 ans. C’est mieux ?
Je n’en sais rien, en tout cas, pour moi, ça a marché. J’avais beaucoup vécu avant d’écrire, donc j’avais des choses à raconter. Souvent, je vois des jeunes gars se mettre à écrire, alors qu’ils n’ont pas grand-chose à dire. Pour écrire, il faut être sorti de l’école, avoir vu le monde, sa saleté, sa beauté, il faut avoir vécu tout simplement.

Votre roman de guerre, écrit à l’âge de 10 ans, « Les deux guerres du lieutenant Jeremy », n’était pas à la hauteur ?
Ah ça non, il ne tenait pas la route. Mais ça prouve qu’à 10 ans, j’avais assez de persévérance pour aller au bout d’un livre. Puis bizarrement, je n’ai plus écrit une ligne pendant vingt ans, même pas une nouvelle. J’ai travaillé, je me suis amusé, j’ai gagné ma vie.

Pourquoi êtes-vous devenu scénariste sur la série The Wire, sur HBO ? Pour l’argent ?
Ce n’était pas pour faire du fric. J’ai refusé beaucoup de films ou de séries qui m’auraient rapporté un bon paquet de fric, mais ça ne m’amusait pas. Si j’ai accepté de travailler sur The Wire, c’est parce que David Simon, le créateur de la série, faisait à la télé ce que je faisais dans mes romans : raconter les problèmes sociaux en arrière-plan de la réalité policière. Je suis aussi fier de cette série que de mes livres. Et entre nous, HBO ne paie pas très cher !

Dans vos romans, il n’y a ni héros ni salaud suprême, simplement des pauvres types qui tournent plus ou moins bien…

La vie est comme ça, on peut facilement passer d’un côté ou de l’autre. J’ai souvent été proche du mauvais côté, mais l’amour et le travail m’ont remis dans le bon chemin. Maintenant, quand je me lève le matin, je suis beaucoup plus concentré qu’avant. J’ai fait beaucoup de petits boulots, j’ai travaillé dans des bars, en cuisine… Mais c’est quand j’ai commencé à écrie que j’ai su que j’avais trouvé ma voie. La plupart des best-sellers américains parlent de héros purs et durs qui réussissent tout. Pas mes romans, j’ai toujours aimé les gens différents, les loosers.

Un de vos romans s’intitule Drama City. C’est une bonne définition de Washington ?

C’est en tout cas comme ça que ses habitants appellent Washington. Un autre surnom, c’est « la ville du chocolat », en référence à la communauté noire. J’aime beaucoup Drama City, parce que ça fait référence aux masques grecs avec deux visages : la tragédie et la comédie.

Vous avez travaillé dans une boutique de chaussures pour femmes. C’était bien ?
C’était la boutique la plus tendance de Washington, donc les clientes étaient les plus belles femmes de la ville, mais toutes classes sociales confondues, des femmes d’affaires aux prostituées. Quand on est jeune, c’est fantastique, on passe la journée à toucher leurs jambes et leurs pieds. C’est vraiment le boulot le plus chouette que j’ai pu faire.

2008 est une année électorale importante aux Etats-Unis. Vous la suivez particulièrement ?
Oh oui, c’est la campagne électorale la plus importante de toute ma vie, et ma mère qui a 85 ans le pense aussi. C’est quand même la première fois qu’un Noir ou qu’une femme ont une chance d’être président des Etats-Unis ! Je suis un supporter officiel de Barack Obama, et je suis certain que John McCain sera la victime des années Bush. Les Américains n’aiment plus Bush, et McCain va le payer.

Vous connaissez Nicolas Sarkozy ?
Oui, à Washington, on le connaît, mais on connaît surtout sa nouvelle femme. La presse américaine aime bien Sarkozy, parce que c’est un gars sexuel. Il excite plus que Bush ou Gordon Brown en Angleterre. Mais ça ne va pas plus loin que ça.

Vous n’avez pas de chance avec les adaptations au cinéma de vos romans. Où en-est on de celle de King Suckerman par Miramax, et de celle de Blanc comme neige par le réalisateur Curtis Hanson ?

Miramax, ça ne se fera pas, et Blanc comme neige, je n’en sais rien, ça fait quatre ans que c’est dans les tuyaux. C’est vrai, je n’ai pas de chance, certaines personnes m’expliquent que Hollywood est frileux avec mes livres, parce qu’il y a beaucoup de personnages noirs et qu’ils estiment que des films avec beaucoup de Noirs ne se vendent pas à l’étranger. En plus, mes histoires ne sont pas gaies, on y parle de la pauvreté, des ghettos, du racisme… Le genre de choses que les gens font semblant d’aimer, mais qu’ils n’ont pas envie d’aller voir au cinéma toutes les semaines. Je trouve cela très hypocrite, mais bon, je m’en moque, ça ne fera pas changer ce que j’écris.

Interview : Bastien Bonnefous

Portrait : Sébastien Ortola. 

 

 

 

10/03/2008

Moisson rouge : du polar sans OGM

C'était en janvier 2007. Place de l'Opéra, une brasserie quelconque. Le steak était trop cuit, la purée froide, le vin moyen. Autant dire que ça commençait pas vraiment bien. En face de moi, une jolie jeune femme (c'est mieux) qui avait le rêve un peu fou de créer sa propre maison d'édition polar. Son nom : Judith Vernant (à la fille, pas la maison). Elle venait de quitter Hachette Littératures, avait rencontré une pointure critique et éditrice du noir français, Hervé Delouche. Nom de code : Moisson rouge.

 

76d9c2bcfcbca0f9f437fce15a5e51ca.gif C'était en janvier 2007, et Judith me parlait avec évidemment beaucoup d'enthousiasme et d'impatience. Début mars 2008, Moisson rouge est née (fin janvier même pour être précis). Avec comme première cartouche, un roman belgo-espagnol. Les vies parallèles de José Ovejero. Espoir du noir ibère, soutenu par Paco Ignacio Taïbo II, Ovejero livre un roman gris sur le passe colonial forcément sale du royaume d'Albert II.

 

Bruxelles, de nos jours. Deux pauvres loosers de la cambriole mettent la main sur une vieille photo. Sur le cliché, l'horreur congolaise : des Blancs posent avec leurs esclaves noirs aux mains coupées. Derrière le cliché, le nom d'un homme, devenu depuis un milliardaire à la réputation sulfureuse. Evidemment, les deux loosers se mettent en tête de le faire chanter. Et évidemment, ça finira mal.

 

Les romans noirs qui se déroulent dans la capitale belge sont rares. Par ce choix, Ovejero, qui vit entre Madrid et Bruxelles, donne à son livre, un ton sombre et nuageux. Le côté bas et lourd du ciel du Nord, vous savez, cette histoire de ciel si bas qu'un canal finit par se perdre, etc… Un sorte de roman brellien en quelque sorte. Surtout, un roman construit en short cuts sur les hasards et les destinées de l'existence, quand des mondes aux antipodes, des vies parallèles en somme, finissent par se croiser, jusqu'au tragique.

 

2279c18d815d2957a49110aee065c8a3.jpeg Moisson rouge s'est donné pour mission de faire (re)découvrir les auteurs de l'Internationale du roman noir, notamment en rééditant des chefs d'œuvre engloutis. Fin mars, paraît Le Crépuscule des stars, perle de Robert Bloch, le scénariste de Psychose, sur la mare aux canards hollywoodienne au moment de la bascule du muet au parlant. Un roman d'angoisse sur le vide de la création, entièrement retraduit par Jean-Paul Gratias et préfacé par François Guérif. Un travail de réhabilitation littéraire de premier ordre.

 

Sinon, pour les petits fouineurs du net, sachez que Judith Vernant, affublé de son acolyte et néanmoins directeur littéraire Jérôme Leroy, bel Hussard de gauche, ont un blog très personnel où ils défouraillent à tout-va contre les cons, à coups de femapoils, de pécéeffe et de scopitones en chambres. Feu!

 

Les vies parallèles, José Ovejero, Moisson rouge. Traduit de l'espagnol par Marianne Millon.

 

   

05/03/2008

Reykjavik et reviens tard

b493b59c19de7cc6502af57af4573cb5.gif Imaginez un auteur français lu par la moitié des habitants de notre belle contrée. Pas vraiment crédible. C'est le cas, toutes proportions gardées, d'Arlandur Indridason, la tête de proue du polar islandais. Un véritable phénomène dans cette île peuplée de quelque 300 000 âmes, l'équivalent de la ville de Nantes à titre de comparaison.

 

Fils de romancier, ancien journaliste, Indridason a créé à lui tout seul le polar islandais. De quoi en imposer. Avant lui, l'autochtone lisait les voisins nordiques - un peu - ou les best-sellers anglosaxons - beaucoup. Il y a quelques années, Arnaldur (un prénom de conquérant romantique) a osé islandiser le genre, avec son personnage de flic mélancolique et inadapté social, le commissaire Erlendur. Sauf qu'en Islande, il y a au pire deux crimes par an, zéro fusillade, pas plus de course poursuite… Pas de complot à déjouer, pas de bombe à désamorcer, pas de maffia à infiltrer. Au pire, le crime est familial, causé par l'alcool et/ou la jalousie, et le meurtrier part rarement en cavale.

 

Résultat, les polars d'Indridason sont à l'image d'Epinal de l'Islande : lents, rugueux et minéraux. Faute de spectacle, il y a l'ambiance, et faute de violence, il y a les non-dits. Le commissaire Erlendur est de cette race-là : celle des taiseux butés et contemplatifs. Lui se passionne, jusqu'à l'obsession, par les disparitions, sport national en Islande, souvent nourri par les conditions météo hostiles.  Dès sa parution en France, aux éditions Métailié, la critique a dégainé son simenonien Maigret pour étiqueter l'Erlendur d'Arnaldur. Sauf que l'Islandais avoue avoir peu lu le Belge (lire l'interview ci-après).

 

Quatrième roman traduit en gaulois, L'homme du lac, sorti récemment, est du pur Arnaldur. Un squelette coulé au fond d'un lac, attaché à un appareil de l'ère soviétique, plus un disparu depuis les années 1960 laissant pour seul indice une Ford avec une jante en moins. C'est suffisant pour exciter la curiosité du commissaire Erlendur, qui va devoir remonter les heures sombres de la Guerre froide en Islande. Pour rester entre Nordiques, c'est moins spectaculaire qu'un Mankell ou un Nesbo, et beaucoup moins technoïde qu'un Larsson. Mais comme eux, Indridason autopsie la société nordique et livre au lecteur le contre-point du miracle socio-économique scandinave.

L'homme du lac, Arnaldur Indridason, Métailié. Traduit de l'Islandais par Eric Boury.


Arnarldur Indridason était il y a quelques semaines en promotion à Paris. Polar Blog l'a rencontré.

 

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Dans L’homme du lac, comme dans tous vos romans, il est question de disparitions. Pourquoi une telle constante ?
En tant que romancier, je trouve intéressant d’examiner ceux qui restent et la manière dont ils continuent à vivre. Par définition, on ne connaît pas le destin des disparus, en revanche, on connaît celui des proches qui restent et qui sont souvent plongés dans le malheur à cause de cette perte.

Les histoires de disparitions ont aussi une grande importance culturelle en Islande ?
C’est exact. Autrefois, il était très dangereux de voyager dans le pays à cause des conditions météo. Quand le temps se déchaînait, il n’était pas rare que les voyageurs se perdent et meurent de froid. Ce genre d’événements a donné lieu à de grandes histoires populaires de fantômes dans la littérature islandaise. Souvent, on ne retrouvait pas les corps, dont on brodait ces histoires de fantômes, une manière pour l’esprit humain de trouver une explication à ces disparitions. Dans mes romans, l’histoire du commissaire Erlendur et de son frère disparu en montagne quand ils étaient enfants, peut aussi se résumer à une histoire de fantômes. Dans sa vie professionnelle comme dans sa vie privée, il est constamment en train de se débattre avec dans fantômes du passé.

Autre constante de vos romans : révéler un passé caché de l’Islande. Dans L’homme du lac, il s’agit des liens entre les communistes islandais et l’Allemagne de l’Est durant la Guerre froide. Pourquoi avoir voulu traiter de ce thème ?
Je suis né en 1961. J’ai grandi pendant la Guerre froide, dans la peur permanente du conflit atomique. J’ai aussi été élevé dans les histoires d’espionnage entre les deux blocs ennemis, l’Ouest contre l’Est. J’avis envie de parler de cette période et d’écrire un roman islandais qui mettrait en scène de prétendus espions communistes dans ce pays. Je ne sais pas si de tels espions ont réellement existé, en revanche, un lieu a bien existé : ce lac de Kleifarvatn, près de la rive nord de Reykjavik, au fond duquel on a bien retrouvé en 1973 des appareils d’écoute et de transmission soviétiques. A partir de cette anecdote, j’ai imaginé la présence d’espions communistes en Islande. Pourquoi étaient-ils là ? Que faisaient-ils ? C’est comme ça qu’est née cette histoire.

Troisième constante : la famille qui joue un rôle central dans vos romans. C’est même le sujet principal de vos livres à mon avis.

La famille est l’institution la plus  importante de nos sociétés. Ce n’est pas une conception conservatrice, mais nous sommes tous le fruit d’une famille qui nous influence qu’on le veuille ou non. Ce qui m’intéresse, c’est d’explorer les liens à l’intérieur d’une même famille : les liens parents-enfants, maris-femmes, frères-sœurs… Surtout les liens de destruction. Dans les familles, les innocents sont toujours les enfants, ce sont eux qui font les frais d’une famille qui se disloque, et généralement ils n’y sont pour rien. Enfin, c’est aussi parce que l’Islande est un pays très peu peuplé, et la famille est peut-être plus qu’ailleurs le noyau social le plus important.

Parlons d’Erlendur, votre commissaire. Qui est-il ? Comment est-il né dans votre esprit ?
Son obsession est de résoudre des enquêtes. C’est un vrai spécialiste des disparitions, à cause de celle de son frère. Cette douleur  jamais éteinte contamine mes livres, et c’est peut-être encore plus fort dans L’homme du lac, car ce livre est avant tout un roman d’amour sur des gens qui n’ont pas réussi à vivre leurs histoires d’amour. Mais Erlendur est un personnage encore en formation, je n’ai pas mis un point final à son histoire. Un jour, j’ai compris que je tenais avec lui le premier personnage de policier islandais. A l’époque, il n’y avait pas de tradition d’un polar typiquement islandais dans la littérature nationale. Erlendur est né vierge, et je lui donne des éléments de la société dans laquelle je vis. Il est dépressif peut-être à cause du climat, et mélancolique à cause d’une nature impitoyable, et de mauvaise humeur à cause des changements dans la société islandaise. C’est un homme qui refuse de prendre des responsabilités dans l’existence, surtout dans la sienne. Erlendur en islandais veut dire étranger. Il est étranger, car non intégré dans son environnement, et c’est aussi un étranger dans la littérature islandaise.

Pourquoi vous êtes-vous tourné vers le polar ?

A mes débuts, je ne réfléchissais au genre de mes romans. Je voulais simplement écrire des romans captivants avec des personnages attachants, et un fil narratif qui raconte quelque chose du présent. Il est apparu que j’étais dans une tradition anglo-saxonne du roman noir. Ça me convient parfaitement, j’aime les mystères, la structure des romans noirs, la construction d’une tension, leur manière de parler de la société sans tomber dans le donneur de leçon.

Est-ce aussi un moyen de montrer l’envers du décor du miracle social et économique nordique ?
Je n’y réfléchis pas trop en fait. Quand j’écris, je n’ai pas envie de sauver le monde, tout simplement parce que je ne sais pas comment faire. Je veux simplement pointer du doigt les travers de notre société pour essayer de rendre nos vies meilleures. Le roman noir est un excellent outil pour cela, car on y est confronté avec toute une varité de sentiments humains.

Comment expliquez-vous le succès impressionnant du polar nordique ?
Je pense que ce succès tient surtout à ce que j’appelle le réalisme social. Pour les Européens, la Scandinavie a un petit côté exotique, mais en même temps, ce polar raconte des histoires de gens comme vous et moi, des gens de chair et de sang, auxquels les lecteurs peuvent s’identifier. On ne parle pas de complots mondiaux auxquels personne ne croit, comme Da Vinci Code et compagnie.

Ce sont aussi des romans à la violence peu spectaculaire.

Oui, c’est une violence plus psychologique, mais aussi plus réaliste. Dans mes romans comme dans la plupart des romans nordiques, il n’y pas d’explosions spectaculaires, comme dans les romans américains, tout simplement parce que personne n’y croirait. Par exemple, la police de Reykjavik n’est pas armée, donc Erlendur ne peut pas porter une arme et tirer à tout bout de champ, ce ne serait pas crédible.

Quelles sont vos influences ? En France, on compare souvent vos romans à ceux de Simenon, et Erlendur à Maigret…
Je ne connais pas bien Simenon, j’ai peu lu ses livres, j’ai vu davantage de films et de téléfilms sur Maigret, mais je suis très content d’être comparé à lui. Mes auteurs préférés sont les Suédois Maj Sjöwall et Per Wahlöö. Ils ont créé dans les années 1960 le personnage de l’inspecteur Beck*. Ils sont en quelque sorte les fondateurs de la Ligue des auteurs nordiques.

Vous êtes un auteur incontournable en Islande, et vos romans connaissent un grand succès en Europe. Comment le vivez-vous ?
Je suis très étonné du succès de mes livres en dehors de mon pays. Au départ, j’écris pour mes compatriotes, pour une population de 300 000 personnes. Pour un auteur d’un si petit pays, c’est très satisfaisant de pouvoir passer les frontières et être lu à l’étranger. L’accueil de mes romans en France est exceptionnel. Mais j’essaie que ce succès ne change pas mon écriture et l’auteur que je suis. Voyager et être lu à l’étranger, c’est très bien, mais ce qui me plait le plus, c’est de rester chez moi, tranquille à écrire.

* A ce sujet, Rivages s'apprête à rééditer les romans de l'inspecteur Beck (ndr).

Propos recueillis par Bastien Bonnefous

Portrait : Serge Pouzet 
  

 
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