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02/01/2009

Comme prévu, 2009 commence mal : Westlake est mort

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Donald Westlake est mort le soir du réveillon du 31 décembre au Mexique. Pas de champagne svp.

 

Après Fajardie, Hillerman ou Chesbro, c'est un nouveau maître du noir qui s'en va. Sale année 2008.

 

Westlake, 75 ans, était le créateur du fantastique et drôlissime looser de la cambriole Dortmunder, du glacial tueur Parker (sous le pseudo de Richard Stark), ainsi que de plusieurs romans indépendants, tous des chefs d'œuvre dans leur genre. De mémoire non exhaustive, Le Couperet (à lire obligatoirement par temps de crise économique, pour savoir ce qui nous attend), Adios Schéérazade, ou Ordo (un des plus beaux romans d'amour jamais écrit).

 

Polar Blog avait pu rencontrer ce monument du polar en avril 2006, lors de sa venue au festival Quais du polar, à Lyon, à l'occasion de la sortie des Sentiers du désastre, splendeur de non-action dortmunderrienne. Pendant une heure, il avait répondu à nos questions avec gentillesse, humour et une immense humilité. Vous pouvez retrouver l'interview que Donald Westlake avait bien voulu nous accorder ici.

 

Bonne année, mon cul.

 

14:33 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (12) | Tags : westlake, génie

Sur ma Remington portative…

9782213635156.gif Matteo Greco a décidé de s’en sortir par ses mains. Soit en frappant sur un ring de boxe, soit en écrivant le grand livre de sa minable vie. Sauf que chômeur à temps partiel et vigile par la force des choses, il n’a pas les moyens de créer sur traitement de texte. Il aurait pu choisir le minitel, ce sera plutôt une vieille Remington portative, inventée il faut le rappeler, par un fabricant de carabines. Un détail qui aura son importance.

Nouvelle après nouvelle, il s’entraîne assidûment, jusqu’à ce que la machine et le cœur s’emballent un soir de rencontre à l’atelier d’écriture, avec Elsa, qui va rapidement devenir sa muse fatale. Deux apprentis auteurs dans le même lit ne peuvent que rapidement verser dans le cannibalisme littéraire.

Remington est le troisième roman de Joseph Incardona, écrivain suisse qui anime lui aussi des ateliers d’écriture. Un roman violent sur le miracle et la folie mêlés à tout acte de création, combiné à un polar nerveux et ironique sur la soif de réussir. Ou quand très vite, l’encre se mêle de sang.

Remington, Joseph Incardona, Fayard Noir, 316 p., 19 €.

31/12/2008

Bientôt dans les bacs

Attention, les deux romans suivants sont à paraître au cours du mois de janvier. Pourquoi en parler maintenant, me direz-vous ? Parce que je suis ici chez moi et que je fais ce que je veux.

 

La vieillesse, pas facile d’en sortir vivant

9782843044656.gif Le Général avait raison, la vieillesse est un naufrage. Ça s’appelle Les Conviviales : un « Club-House », des « maisons dédiées au confort », « du soleil toute l’année ». Et surtout « une résidence clôturée et sécurisée » avec gardien, pour les « seniors » qui veulent « vivre une retraite active ». Idéal pour Martial et Odette, Maxime et Marlène, et Léa. Tous retraités, tous plutôt équilibrés dans leur ancienne vie, mais tous roulés par ce paradis de toc, piège à rêves cerné de caméras de surveillance.

Car bien sûr, la formidable résidence pour troisième âge va vite se transformer en huis clos étouffant. Une prison même pas dorée, où les angoisses de chacun, les phantasmes des uns, les obsessions des autres, vont pouvoir s’épanouir jusqu’au drame.

Pascal Garnier est le fils caché qu’auraient pu avoir Simenon et Westlake (avec un peu d’imagination, je le concède). Toujours drôles, toujours fins, mais toujours noirs et acerbes, ses romans disent plus sur notre monde que beaucoup de thèses sociologiques. Lune captive dans un œil mort, ou comment la fin de vie est elle aussi devenue une marchandise. Le Général avait tort, la vieillesse, c’est du bronzage.

Lune captive dans un œil mort, Pascal Garnier, Zulma.



Adoption, piège à cons

9782265088351.gif Autre auteur français, trop peu connu, et choyé par Polar Blog (notamment ici) : Didier Sénécal. Roman après roman, Sénécal bâtit une œuvre grinçante, astucieuse et divertissante. Avec pour maître d’ouvrage, le commissaire Lediacre, patron de la brigade des Intouchables, chargée de faire tomber les puissants de tout poil (c’est de la littérature, bien sûr).

Après le show-biz, les politiques et les juges, Lediacre et Sénécal s’attaquent dans sa quatrième enquête, Les petites filles et les petits garçons, à un des piliers du modernisme capitaliste : le charity business. Pierre-Guillaume Heuzé – alias PGH – est le président charismatique, admiré, et à chemise rouge, d'une ONG censée venir en aide aux orphelins du monde entier. Lediacre va mettre son instinct dans ce drôle de sac, et prouver une fois encore que, bien souvent, derrière l’ange se cache le démon. Abus de biens sociaux, adoptions illégales, trafics de gosses… de quoi crisper pour longtemps le stylo du donneur au-dessus du chéquier.

Les petites filles et les petits garçons est un roman nerveux et cruellement drôle, qui s’attache à déboulonner les statues, ambition ô combien louable et nécessaire. Bien sûr, on sent que Crozemarie, l’Arche de Zoé ou le tsunami de 2006 sont passés par là. Comme toujours chez Sénécal, rien n’est vrai, mais tout est crédible.

Les petites filles et les petits garçons, Didier Sénécal, Fleuve Noir.

30/12/2008

Frère Jack, priez pour nous, pauvres pêcheurs

Bruen_main_droite_diable_G.jpg Si les fêtes de fin d’année vous dépriment, passez votre chemin, ce livre n’est pas pour vous. Polar Blog a plusieurs fois écrit sur Ken Bruen, j’ai même eu le privilège de le rencontrer pour une interview (ici). Au fil des années et de chacun de ses nouveaux romans, Bruen devient un auteur familier, presque un proche, quelqu’un de la famille.

Bruen a un double littéraire : Jack Taylor, le privé de Galway, ancien petit village irlandais où chacun connaissait les secrets de l’autre, devenu avec le développement économique du Tigre celtique de ces dernières années, une grande ville où tout le monde s’ignore et se craint. C’est important Galway dans les romans de Jack Taylor. C’est la ville qui change, c’est le temps qui passe, les années perdues, la tombe qui chaque jour se rapproche un peu plus.

Bruen écrit pour mesurer « combien de douleur un homme peut endurer ». Dans ses premières mésaventures, Taylor était alcoolique et toxicomane. Pas vraiment drôle, et pourtant il posait sur la vie un regard désabusé certes, mais ironique et moqueur. Puis, au fil des titres, Taylor s’est obscurci. Il est devenu définitivement dépressif, un temps même suicidaire, la rage et le désespoir en permanence au bord des larmes.

La main droite du diable est la cinquième enquête de Jack Taylor. Cette fois-ci, le privé abandonné plus que solitaire, sort de l’asile où il a tenté – en vain - de se remettre de la mort par sa faute de l’enfant de ses meilleurs amis. Il ne boit plus, ne fume plus, ne se drogue plus. Taylor a décidé de tout s’interdire, à commencer et surtout par être heureux.

La décapitation du père Joyce dans un confessionnal de Dublin va paradoxalement le ramener à la vie. La mort d’un prêtre, quel plus beau symbole de cette nouvelle Irlande, cupide, ultralibérale et sans limite ? Mais comme dans une de ses précédentes enquêtes – Le martyre des Magdalènes – Bruen-Taylor en profite également pour régler ses comptes avec la violence et le mensonge de l’Eglise.

D’un côté, une société qui perd la tête ; de l’autre, un homme condamné au malheur, qui puise son énergie dans la poésie et la culpabilité. Interrogé sur l’issue possible de la saga Taylor, Bruen m’avait répondu : « ça finira très mal, forcément ». On n’a aucune peine à le croire.

La main droite du diable, Ken Bruen, Série Noire. Traduit de l’anglais par Pierre Bondil.

PS : à signaler la parution en février à la Série Noire, du prochain Ken Bruen, Cauchemar américain. Polar Blog vous en parlera. Sans aucun doute possible.

 
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