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12/11/2008

En vrac dans les bacs

Polar Blog a décidé de reprendre du service après de longues semaines de silence. Visiblement, ça fera plaisir à une ou deux personnes sur cette planète. A suivre quelques mots sur quelques livres lus et appréciés récemment.

 

Viens poupoule, viens poupoule…

miller.gif Elle n’a pas de nom et roule au volant de sa Mustang, quittant la Nouvelle-Orléans pour rallier Seattle. Dans le coffre de la bagnole, le cadavre de son ex, Jack, sale con très bien membré. A la place du mort, une poule surnommée « Petite Poule » et sauvée des batteries du KFC local. Elle a tué Jack pour retrouver George à Seattle. Mais elle n’arrive pas à quitter Jack, même refroidi et l’œil boulotté par sa complice gallinacée. Et elle sait encore moins où vit exactement George. Alors, pour décompresser, cette Bovary trash se touche le soir dans les motels en pensant au joli flic homo croisé sur sa route. Ça s’intitule Décomposition, c’est totalement déjanté, pas très moral mais souvent drôle. Pas étonnant donc que Claro, entre deux Pynchon, se soit collé à la traduction. Un conte de fées obsessionnel et déviant. Un roman d’amour vache… euh d’amour poule.

Décomposition, Jason Eric Miller, Le Masque.

 

Si proche, si loin

cook.gif « Connaît-on jamais vraiment quelqu’un ? ». Commerçant prospère, mari heureux, bon voisin et citoyen intégré, Eric mène une vie paisible avec sa famille dans une petite ville de la côte Est américaine. Jusqu’au jour où son fils Keith, ado mal dégrossi et atone, est soupçonné par la police dans la disparition d’une fillette. En quelques semaines, le quotidien si banal d’Eric, comme sa famille si parfaite, vont voler en éclats. Un effet de souffle qui réveillera de vieux démons et bouleversera jusqu’à ses propres souvenirs d’enfance. Roman d’amour mais aussi du doute et du soupçon, Les feuilles mortes de l’Américain Thomas Cook est une variation poignante sur les rapports familiaux, la filiation père-fils, et le poids des préjugés. Un livre remuant et tendu qui rappelle les grands « romans durs » de Simenon comme La mort de Belle ou Le petit homme d’Arkhangelsk. Oppressant et émouvant.

Les feuilles mortes, de Thomas H. Cook, Série Noire.

 

La cambriole, ça eut payé

recup.gif Jean-Bernard Pouy, inoxydable du polar français, a le don de la fiction, comme Lolita avait le don d’agacer. En bon stakhano du noir, il a déjà publié quatre livres pour 2008, et ce n’est peut-être pas fini. A chaque fois, que du bon, excellent millésime. La Récup, sa dernière perle d’humour qui part en échappée belle pendant près de 300 pages, n’échappe pas à la règle. Antoine, dit Loulou, ancien petit malfrat de Vitry, s’est rangé des coffres-forts pour faire dans la serrure légale, rayon clefs et mécanismes anciens. Pour se payer un tour digne du 21e siècle, il replonge sur un fric-frac, mais se fait doubler par ses complices. Les 10 000 € promis à l’ouverture du coffre, makache !
Ulcéré par tant de bassesse et de perte de valeur, il décide de se battre. Seul contre tous. Si l’Irlandais Ken Bruen est fan de Gene Hackman, Loulou-Pouy, lui, se prend ici pour un Lee Marvin énervé. Sauf que les dits-complices sont des voyous russes bien velus, et que derrière le petit cambriolage se cache une magouille politico-financière tendance guerre froide, doublée d’une arnaque aux tableaux de maître spoliés. C’est drôle, c’est actuel, c’est fin, c’est nerveux et distingué. C’est Pouy.

La récup’, Jean-Bernard Pouy, Fayard Noir.

 

Les rêves forment la jeunesse

malte.gif Les stylistes se font rare dans le polar français, et Marcus Malte en est un. Taiseux et discret, l’homme fait son miel littéraire des vies quotidiennes qui dérapent sous la force du destin. Garden of love, La part des chiens, Intérieur nord… son univers romanesque qui mêle violence des rapports et tendresse pour les personnages, rappelle ceux des illustres Goodis ou Simenon. Même goût de l’échec, même fatalité de l’existence, même chute finale désespérée.
Son dernier ouvrage, Toute la nuit devant nous, est un court recueil de trois nouvelles sur la jeunesse et la puissance des rêves. Trois tranches de vies ordinaires qui basculent dans le tragique. Une colonie de vacances, deux ados solitaires, des rêves de vengeance, et le château qui accueille le groupe se transforme en scène de crime. Quatre militants écolos, gamins au nom de fleurs, qui refusent une Terre violée par l’homme, et vont au bout extrême de leurs convictions. Un gosse des cités marseillaises, prodige du ballon, qui mesure le temps gâché derrière les barreaux de sa cellule. A chaque fois, Marcus Malte sait trouver les mots justes et les silences entre ces mots, pour dire ces vies aliénées par le sort et l'absurdité du fatum.

Toute la nuit devant nous, Marcus Malte, Zulma.

 

La musique est un cri qui vient de l’intérieur

grangé.gifJe persiste et je signe : Polar Blog aime Grangé. L’auteur des Rivières pourpres réussit pratiquement à chaque roman, le tour de force de concilier production grand public et intrigue de qualité. Son nouvel opus, Miserere, en est une fois de plus l'exemple. 500 pages absolument époustouflantes de rythme, de maîtrise et de violence. Fasciné par le mal humain, Grangé se plonge cette fois, à travers le Miserere d’Allegri, dans les mystères de la voix et les liens inconscients entre la souffrance et le sens du beau. En mêlant - prenez votre inspiration - la communauté arménienne de Paris, la sale guerre française au Cameroun oubliée de l’Histoire, les expériences nazies dans les camps, les sectes monstrueuses sous la dictature de Pinochet au Chili… Ouf !

On encaisse les coups page après page, bluffé par une telle maîtrise dans la construction narrative. Bien sûr, les deux personnages principaux – le vieux policier arménien, bourru et solitaire, et le jeune flic chien fou, junkie et beau comme un ange – sont très typés, trop pour certains, mais comme l’étaient les héros symboliques des grands feuilletonistes. Avec Miserere, Grangé voulait au départ écrire une petite variation sur le thème du film Marathon Man (lire son interview par Polar Blog en février 2007). Il a fait bien mieux, il a créé une œuvre personnelle. La variation Grangé. (Pour celles et ceux que le sujet intéresse, je vous signale deux ouvrages d'enquête journalistique que Grangé n'a pas dû manquer de lire pour son livre : Escadrons de la mort, l'école française, de Marie-Monique Robin (La Découverte), et La colonie du docteur Schaefer, une secte nazie au pyas de Pinochet, de Frédéric Ploquin (Fayard)).

Miserere, Jean-Christophe Grangé, Albin Michel.

 

La fin du monde arrive et on n'a plus rien à boire

leroy minute.gif Hosanna, l’Apocalypse est pour ce soir ! Les bombes sales déferlent sur le monde, les virus fous prolifèrent, la barbarie du virtuel envahit les écrans et métastase les cerveaux, et dans notre vieille France, les polices spéciales privatisées règnent sur le quotidien. Kléber, honnête homme de l’ancien temps, et professeur de lettres dans le nord avant l'invasion Dany Boon, dérive dans ces ruines modernes au volant de sa Mercedes CLK, préférant sourire en attendant la mort. Seule issue valable pour ce guerrier mélancolique : la femme aimée, kolkhozienne aux seins nus, et le bon vin, sang de notre Terre en perdition. La Minute prescrite pour l’assaut de Jérôme Leroy, est un roman d’amour par temps de guerre totale. Un Mad Max littéraire à la rage élégante et stylée. Fajardie et Ballard sont conviés autour du berceau. Le divin enfant se porte bien. Un de mes romans préférés en cette rentrée. A signaler également ce site qui et que connaît bien Jérôme Leroy.

La minute prescrite pour l’assaut, Jérôme Leroy, Mille et Une Nuits.

22:43 Publié dans Romans | Lien permanent | Commentaires (23) | Tags : grangé, pouy, leroy, malte, cook, miller

Commentaires

Je dois faire partie des deux personnes, puisque je passe de temps en temps sur votre blog dans l'espoir d'y trouver un nouvel article.
Content que vous ayez repris du service.

J'ai Miserere et Les feuilles mortes en attente du lecture : les critiques très positives pleuvent littéralement quant à ce dernier.

Bonne continuation


Hannibal le lecteur

Écrit par : Hannibal le lecteur | 13/11/2008

Et de deux ! Content, très content de te relire.

Écrit par : Jean-Marc Laherrère | 13/11/2008

Arrêtez, arrêtez, je vais rougir…

Écrit par : Bastien | 13/11/2008

Et de trois ! Content aussi de voir que tu as "repris du service".

Écrit par : jeanjean | 13/11/2008

Tu peux toujours rougir, camarade, n'empêche qu'on est bien content de te voir reprendre du service, comme dit jeanjean. A mardi?

Écrit par : Judith | 14/11/2008

On retrouve toujours les mêmes :-)
Je me joins au choeur, enchantée de retrouver des chroniques de ces bouquins que nous aimons. Plus on est de fous...

Écrit par : jenotule | 14/11/2008

Le revoilà sur les flux rss ! Vive Pouy, certes, le salaud publie plus vite que je ne lis...

Écrit par : Matthias | 16/11/2008

Ah quand même !!! ca commencait à sentir le renfermé ici, c'est bien d'aerer de temps en temps...

Écrit par : fab | 16/11/2008

simpa ce blog, vos articles et reportages sont trés interressant
encore merci
Patrick

Écrit par : paris | 16/11/2008

et bien voici un petit mot d'un autre supporter! je passe ici régulièrement et t'attendais votre retour avec impatience... je me réjouis donc! Merci encore pour vos conseils de lecture, ils sont toujours intéressants!

Écrit par : pipeau | 18/11/2008

Merci pour tout ces livres ! très bon article
bonne continuation
Emilie

Écrit par : chippendales | 24/11/2008

Bonne riniciative je rameute sur my scripts
a plus

Écrit par : gumbau | 25/11/2008

ça faisait longtemps !!! pendant plusieurs mois je me demandais si le titre du post sur le dernier vargas n'était pas à double sens "finir ou ne pas commencer" ...
je vais pouvoir retrourner à mon Jo Nesbo sereinement (L'étoile du diable - superbe).

Écrit par : jiminy | 05/12/2008

Il évoque deux âmes en peine et c'est un fan club qui se manifeste ! En tout cas, heureux de constater que ta carrière de chroniqueur radio ne t'empêche pas de reprendre du polar de la bête. Allez, maintenant, on garde le rythme. et hop hop hop...

Écrit par : anderton | 07/12/2008

simpa ce blog, vos articles et reportages sont trés interressant
encore merci
Patrick

Écrit par : paris | 28/02/2009

Bon article, très interressant, je vous félicite vivement pour votre blog.
je vous souhaite une bonne continuation et longue vie à votre site
à bientôt

ludo

Écrit par : jeux de couple | 10/03/2009

Bon article, très interressant, je vous félicite vivement pour votre blog.
je vous souhaite une bonne continuation et longue vie à votre site
à bientôt

anna

Écrit par : école | 14/04/2009

Cet article a été nike air max, nike shox, nike air rift nike free, très bonne, le soutien.

Écrit par : NIKE NINJA | 13/07/2010

En panne de livres, je cherchais de l'inspi pour faire le plein...
Merci pour la selection :)

Bise de Tahiti

Écrit par : Perles noires | 08/10/2010

This looks really very special.

Écrit par : cheap ugg boots | 18/10/2010

superbe livre à consommer sans retenue

Écrit par : spectacle | 10/11/2010

Perles noires a tout dit, je dis +1.

Écrit par : graphiste | 07/04/2011

Comment ne pas être d'accord. A moins de ne pas avoir vu le film.

Écrit par : netlinking | 08/04/2011

Les commentaires sont fermés.

 
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