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26/06/2008

Finir ou ne pas commencer

998006653.gif Il est comment le nouveau Vargas ? Comme d’habitude depuis maintenant onze romans : bon. Peut-être un peu moins que Pars vite et reviens tard, ou Sous les vents de Neptune. La faute aux dialogues très nombreux (même s’ils sonnent juste et que c’est pas simple de dialoguer juste) ?

Un lieu incertain est une œuvre vargassienne, c’est-à-dire un conte pour adultes. Après le loup-garou dans L’homme à l’envers, l’ombre et le fantôme dans Dans les bois éternels, l’archéo-zoologue spécialiste des ossements moyen-âgeux, continue de fouiller les mythes de la frayeur humaine. Cette fois, c’est celui du vampire et l’inspiration gothique façon Bram Stocker est totalement assumée. Son commissaire fétiche, Adamsberg, patron de la criminelle, pellète toujours les nuages ; Danglard, son adjoint, tête toujours du goulot et de l’encyclopédie ; Retancourt veille toujours sur la brigade. Le lecteur ne sera pas perdu, même si comme dans Sous les vents de Neptune, l’arbre généalogique d’Adamsberg s’étoffe.

Fred Vargas aime raconter des histoires, avec des détails incongrus qui massent l’imaginaire. Dans Un lieu incertain, on trouve des pieds coupés mais encore chaussés. Des corps explosés, éparpillées, pillonnés. Des familles de vampires qui règlent leurs comptes à travers les siècles. Des voyages de Paris à Londres (classique), mais aussi de Paris à Kisilova, inquiétant bourg serbe (plus étonnant). Des histoires d’amour qui débutent près d’un pont et finissent dans un tombeau. Des poils de chiens sur fauteuils en velours, des mines de crayons sous frigos, des poches de manteaux bourrées de victuailles.

250871624.gif Reste qu’Un lieu incertain est un Vargas plus sombre et surtout plus politisé que ces précédents romans. Impossible par moments de ne pas faire le lien entre le livre et le combat que mène la romancière depuis quatre ans en faveur de Cesare Battisti. Plusieurs fois par an, Fred Vargas rend visite au romancier italien incarcéré au Brésil et en butte contre une éventuelle extradition au pays de Berlusconi. Auparavant, elle avait farouchement bataillé en France contre la promesse mitterrandienne donnée aux activistes italiens des années de plomb rompue par Chirac puis Sarkozy.

Impossible de ne pas lire dans sa description d’une justice gangrenée par la corruption et l’arrivisme, une critique en creux de la magistrature française. Impossible de ne pas voir dans la figure du vampire désigné comme le bouc émissaire de l’humanité moutonneuse, celle de Battisti. Impossible enfin de ne pas interpréter la formule leitmotiv d’Adamsberg « finir ou ne pas commencer », comme un écho de l’abnégation de la romancière dans sa lutte.

Côté interviews, Fred Vargas a parlé de son onzième roman dans Libération, et a tchaté sur Rue89. Autopromo, elle avait accordé il y a deux ans un entretien à Polar Blog pour son précédent livre. A lire ici.

Un lieu incertain, Fred Vargas, Viviane Hamy.   

25/06/2008

A ball in the foot

1944623409.gif Pour ceux qui n’ont pas eu leur dose suffisante de foot ces dernières semaines, un seul remède : le nouveau roman noir de David Peace, le meilleur romancier anglais vivant. « 44 jours » narre l’histoire vraie mais ô combien romanesque de Brian Clough, dieu du foot anglais des années 1960-1970, avec George Best.

Fin 1962, Clough, ancien joueur, grande gueule mais homme de paroles et de coups, prend les rênes de la petite équipe de Derby County. Miracle, il la mène à la victoire en championnat. Porté par ce succès, Clough atterrit à Leeds United, le club star de l’époque, jumeau du Chelsea d’aujourd’hui. Du paradis, il tombe en enfer. Car Leeds ou pas, Brian le juste compte appliquer ses méthodes : on gagne par le jeu et la sueur, pas par les magouilles, les pots-de-vin ou le dopage. La guerre avec l’équipe, la direction du club, et les notables de la ville, va durer 44 jours.

Ce roman cause foot, mais à la manière de David Peace : hallucinée, titanesque, poétique et désespérée. Au-delà du ballon rond, l’auteur du "Quatuor du Yorkshire" raconte la tragédie d’un homme et d’une époque, celle où l’Angleterre bascule vers l’ultralibéralisme thatchérien. Ou comment le foot, sport des faubourgs et du peuple, devient celui de la bourse et du fric. Bienvenue dans notre monde.

Polar Blog avait rencontré David Peace il y a quelques mois, lors de la publication en France de son précédent livre, Tokyo Année Zéro, premier tome d'une trilogie sur le Tokyo d'après-guerre. Pour relire l'entretien, cliquez ici

44 jours – The Damned United, David Peace, Rivages Thriller. Traduit de l'anglais par Daniel Lemoine.

17/06/2008

C'est beau, le métissage

947626518.gif C'est le mariage de l'année. Et il a de la gueule. D'un côté, Rivages, beau ténébreux du polar; de l'autre, Casterman, ravissante dame de la bande dessinée. Dans la corbeille, certains des premiers chefs d'œuvre du noir édités par Rivages à sa naissance, il y a désormais vingt ans. Quatre titres sont déjà sortis en rafale.

 

L'occasion de redécouvrir Pierre qui roule, bijou de Westalke et premier roman de la série des Dortmunder. Le cambrioleur le plus drôle et le plus malchanceux de toute la côte est, y apparaît sous les traits d'un brun classieux au sex-appeal de compétition. Pourquoi pas? Faut pas oublier que le John Archibald a quand même été interprété par Redford au cinéma (aussi par Christophe Lambert, si je ne dis pas de bêtises, mais oublions). Il paraît que Westlake lui-même considère que le seul et unique Dortmunder de grand écran, a été et restera Lee Marvin.

 

1001335487.gif Autre perle rare : Pauvres zhéros, du prolifique et gargantuesque Pierre Pelot, un cri de rage contre la connerie villageoise et contre la petite France red-neck et gros rouge. 

 

A signaler également l'adaptation de Nuit de fureur du maître Jim Thompson, et de Sur les quais de Budd Schulberg, où Terry Maloy a - forcément - les traits éternels de Marlon Brando.

 

Pierre qui roule, Donald Westlake. Adaptation de Lax.

Pauvres zhéros, Pierre Pelot. Adaptation de Baru.

Sur les quais, Budd Schulberg. Adaptation Georges Van Linthout et Rodolphe.

Nuit de fureur, Jim Thompson. Adaptation Miles Hyman et Matz. 

 

Erratum et précision : l'omniscient Claude Mesplède, encyclopédiste toutes catégories du polar mondial et auteur du fantastique Dictionnaire des littératures policières, me fait gentiment remarquer que cette note contient une boulette. Lee Marvin n'a jamais interprété Dortmunder (contrairement à Christophe Lambert, hélas), mais Parker, l'autre héros de Westlake, la face noire du grand Donald, tueur solitaire et impitoyable. Merci Claude et pardon à Donald et à John Archibald. 

 
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