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30/05/2008

Poubelle la vie

2058852551.gif Pas facile de relancer ce blog après la mort de Fajardie. Alors, autant y aller franco mon général, dans la grosse déconnade polardeuse. "Le tri sélectif des ordures" de Sébastien Gendron. Déjà un bon titre, l'auteur y semble abonné, puisque parallèlement à ce roman, paraît un recueil de nouvelles - aux éditions Les petits matins - intitulé "Echantillons gratuits (ne pouvant être vendus séparément)".

 

C'est simple, Gendron c'est le futur Westlake français. Mais le Donald façon Dortmunder. Même humour noir, même sens de l'improbable, et même mauvais esprit enfantin. Dick Lapelouse vit dans le Bordelais - comme Gendron d'ailleurs, installé près de la cité juppéenne. Ancien porte-flingues d'une mafia niçoise, il décide de raccrocher le holster et de se lancer dans le petit commerce. Avec une idée du tonnerre - qui devrait d'ailleurs inspirer les Edouard Leclerc en herbe : monter un discount du tueur à gage. Il n'y a pas de raison que ce soient toujours les friqués qui s'offrent les services d'un nettoyeur. La France d'en bas, elle aussi, a droit à son exécution sommaire, remplie au pied de la lettre et le doigt sur la gâchette.

 

Preuve qu'il y a un marché du déssoudé, l'affaire de Dick démarre en trombe, et le garçon fait très vite les trois-huit du contrat. En bon commerçant, il propose une large pallette de mises à mort, et au roi client de faire son choix. Particulièrement savoureux, page 149, vous apprendrez comment vous débarrasser d'un corps, muni simplement d'un couteau à pain, d'un mixer pour bébé et d'un sanibroyeur. La scène, certes parfois écœurante, est des plus instructives sur le plan du bricolage. 

 

On l'aura compris, Sébastien Gendron fait dans la farce loufoque, pas forcément d'une crédibilité à toute épreuve, mais mine de rien, il tire quelques balles bien pointues sur notre époque où tout se vend, même la mort.  Avant « Le tri sélectif des ordures », ce jeune homme de 38 ans avait écrit de nombreuses nouvelles dans les revues L’Ours Polar et Shangaï Express. De blog à blog, il en tient un foutraque et déglingué, Blog Job (ah ah), sur « l’Internationale du travail pérave ». Il faut surveiller cet auteur, il pourrait nous faire rire de nouveau. Et ça, ça n'a pas de prix.

 

Le tri sélectif des ordures, Sébastien Gendron, éditions Bernard Pascuito. 

 

 

06/05/2008

Frédéric H. Fajardie (28 août 1947 - 1er mai 2008)

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« Je préparais mon rapport lorsque le téléphone sonna. Et tout alla très vite. »

Ainsi commence Tueurs de flics, le premier roman de Frédéric H. Fajardie, écrit en 1975 et publié en 1979. Un premier roman comme une bombe, qui allait réveiller, avec ceux de Manchette et ADG, les vieux polars français à la papa. Fini Pigalle et les Apaches, place à l’injustice sociale, à la violence d’Etat, à la France de la crise économique, politique, mais surtout morale. Place à l’écriture rythmée, jeune et couillue d’un garçon romantique du 13e arrondissement, aux yeux doux et aux muscles secs.

301084478.gif Fajardie est mort le 1er mai 2008. 60 ans. Cancer. Autoproclamé « dernier mao de France », il était en réalité le dernier aristo du roman noir français. Un romancier à l’image de l’homme. « Tel que je vis, tel que j’écris », aimait-il dire avec son sourire de gamin frondeur, rappelant sa devise : « Tenir et savoir se tenir ». Un homme, comme tous ses héros, élégant, réservé, chaleureux, solitaire, révolté, amoureux, désenchanté, enfantin, brillant. Un homme qui plaçait l’amitié, la loyauté et la fidélité plus haut que tout. Son plus grand double littéraire, le commissaire Padovani, flic humaniste d’extrême gauche, rappelait d’ailleurs au début de Patte de velours que « dans (son) code personnel, l’amitié ne saurait transgresser la morale puisqu’elle n’en est qu’une manifestation supérieure ».

Fajardie est resté fidèle à son enfance, passée dans les romans chevaleresques de la librairie paternelle du 13e arrondissement, celui d’avant le massacre bétonné des années 1970. Il est resté fidèle à sa jeunesse, passée sur les barricades de mai 68, aux avant-gardes de la Gauche Prolétarienne. Ceinture noire de karaté, Fajardie jouait les services d’ordre, ne cachant pas son plaisir – intact jusqu’à la fin - à tataner du CRS. Il est resté fidèle à ses rêves de gosse, écrivant toujours pour le faible, l’homme seul, inadapté au monde vulgaire des « ressources humaines », des « sans-domicile-fixe » ou de « la France d’en haut ». Surtout, Fajardie sera pour toujours resté fidèle à Francine, sa femme, sa « sweet heart », à qui il a dédié tous ses livres depuis trente ans.

Fajardie était mon idole. Découvert par hasard à mes 18 ans dans une librairie toulousaine, l’œil attiré par les couvertures sublimes de Jean-Claude Claeys de la collection Neo. En apnée, j’avais englouti dans les semaines qui suivaient tous ses romans noirs existants : Tueurs de flics, La Nuit des chats bottés, La Théorie du 1%, Brouillard d’automne, Polichinelle mouillé, Gentil, Faty !, Querelleur, Sniper… Tous des chefs d’œuvre. Des livres violents, mais qui donnent goût à la vie, des livres qui vous font croire en l’homme, des livres qui vous font dire que vous n’êtes pas tout seul.

2058197934.jpg Devenu journaliste quelques années plus tard, j’ai rencontré pour la première fois Fajardie le 19 janvier 2004, à l’occasion de la parution de Full Speed, qui signait son retour au polar et celui de Padovani aux affaires. Pendant plus de quatre heures, nous avions parlé, timidement d’abord puis avec chaleur, attablé au café « Les Arts », dans le quartier Mouffetard. Quatre heures, au moins dix cafés chacun, et deux paquets de Malboro rouge. Quatre heures durant lesquelles Fajardie m’avait raconté un peu de lui. Hier, alors que j’apprenais sa disparition, j’ai retrouvé et relu les notes que j’avais prises à l’époque.

Il m’y disait son vrai nom : Moreau. Fajardie, c’était celui de sa grand-mère. Puis ses prénoms, splendides : Rufus, Ronald, Frédéric, Henri. « Rufus, le dernier lieutenant de César, celui qui lui est resté fidèle jusqu’au bout », ajoutait-il aussitôt. Ses premières nouvelles écrites en 1965, quelques poésies. Son dernier vers ? « La mouette était muette »…

 

Il me racontait son « besoin de valeurs ». « J’ai toujours été fasciné par les mecs qui disent : allez-y je protège votre fuite ! La vieille garde impériale à Waterloo, la beauté du petit cheval blanc… ».  Il me rappelait ses « rêves de petit garçon : les duels sous la lune, les portes qui grincent, le paradis perdu ». « Gamin, j’étais persuadé de mourir jeune dans une nouvelle révolution en Espagne sous Franco : entrer dans Madrid et tomber sous les balles fascistes ». Il me racontait les petits boulots de sa jeunesse, puis le bac en candidat libre, puis les multiples diplômes universitaires obtenus pour « voir si j’en étais capable ». Le concours de commissaire tenté en 1975, mais sans suite, hors celles littéraires.

304699537.jpg Surtout, il confiait qu’il était heureux d’être un homme debout, un homme en harmonie en quelque sorte. « J’ai pas honte de moi, j’ai pas trahi l’enfant que j’ai été », me lançait-il. Dans les années 1980, il avait approché le cinéma, écrivant entre autres des scénarios de films pour Delon. « Lui, le mec d’ultra-droite, je lui faisais lécher la joue d’un Noir, en lui expliquant, c’est fantastique Alain, ce sera une première mondiale ! », se souvenait-il dans un éclat de rire. Mais ce monde-là, celui des paillettes, du fric et des projecteurs, n’était pas le sien. A Apostrophes, Fajardie a toujours préféré son petit bureau et ses stylos plumes à encre turquoise. Les plateaux télé, il les a remplacés par les ateliers d’écriture pour les taulards, les chômeurs, les jeunes de banlieues, qu’il animait sans relâche.

Une fidélité au peuple qui l’a fait écrire pour les ouvriers de Metaleurop, et contre les reniements de la gauche caviar et R25 des années 1980. « Mitterrand, j’ai refusé d’en croquer, je l’ai payé, mais je m’en fous, expliquait-il. En 68, on tenait le monde, pourquoi les mecs ont-ils capitulé devant le fric ? Ils ont rallié les crapules mitterrandiennes pour se donner l’impression d’être toujours fidèle à la gauche. Mitterrand a enlevé la morale à la gauche. L’oppression était de droite, aujourd’hui, le politiquement correct est de gauche ».

Comme les héros de ses premiers romans noirs ou de ses dernières sagas historiques, Fajardie préférait se sacrifier à se renier. « Mon obsession ? Me battre et aimer. Tous mes espoirs, je les ai perdus, mais je continue. Perdre, c’est beau ».

Il aimait conclure ses courriers par « We will meet again », le chant des Alliés pendant la Seconde guerre mondiale. Alors, Frédéric H. Fajardie, we will meet again.

Bastien Bonnefous

(Portrait de Fajardie par Gérard Rondeau en 1985)   

12:46 Publié dans Polars français | Lien permanent | Commentaires (23) | Tags : fajardie

05/05/2008

Fajardie n'est plus

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On a appris ce matin la mort de Frédéric H. Fajardie le 1er mai, des suites d'une longue maladie comme on dit.

 

Fajardie était un ami et occupait une part immense dans ma vie de lecteur. Je parlerai sûrement de ce romancier et cet homme magnifique sur Polar Blog mais pour l'instant, les mots me manquent.

 

BB 

11:47 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (6) | Tags : fajardie

Au Nord, il y a Per et Maj

2044989137.gif Adam et Eve n’ont pas fait que croquer la pomme, ils ont aussi écrit des polars nordiques. Rivages a décidé de rééditer les romans de Maj Sjöwall et Per Wahlöö, le couple fondateur du polar scandinave aujourd’hui tellement en vogue. Ceux que tout bon auteur suédois, norvégien, danois et même islandais – c’est le cas d’Arnaldur Indridason – se doit de citer comme modèles.

Entre 1965 et 1975, Sjöwall et Wahlöö, mari et femme, ont écrit une série de dix romans mettant en scène le policier de Stockholm Martin Beck et son équipe. Des romans doublement influencés à l’époque par Ed McBain et Simenon. McBain pour la description clinique et pointilleuse de l’enquête policière, Simenon pour l’atmosphère et la personnalité de l’inspecteur Beck, sorte de Maigret des neiges. « Tu es têtu, tu es logique et tu es d’un calme absolu. Tu ne te laisses pas aller à perdre ton sang froid et quand tu es sur une affaire, quelle qu’elle soit, ton comportement est strictement professionnel. Les mots répugnant, horrible, bestial relèvent du vocabulaire journalistique – ils ne te viennent pas à l’esprit. Un criminel est un être humain normal à ceci près qu’il est plus malheureux et moins adapté que les individus normaux. » C’est ainsi que Beck se décrit au début du roman Roseanna.

Premier livre de la série, Roseanna se présente comme « le roman d’un crime », celui d’une jeune touriste américaine assassinée durant ses vacances suédoises. Opiniâtre, Beck mène l’enquête entre la Suède et les Etats-Unis, et avec les moyens de l’époque. Pas de portable, pas de fax, pas de mail, pas d’ADN, ni de caméras de surveillance… Une époque où le temps était dicté par les délais postaux et où le dénouement de l’affaire dépendait fortement du flair du policier.

Avec ce roman, Sjöwall et Wahlöö posent les fondements de la plupart des bons polars scandinaves à venir les décennies suivantes : des livres réalistes où des policiers souvent dépassés sont confrontés à la violence d’une société dont le calme et la concorde ne sont qu’apparents. On note également l’importance de la météo qui rythme l’avancée de l’intrigue, un détail que l’on retrouvera notamment dans les romans de Mankell et Indridason.

Dans la préface au livre, Henning Mankell jutement, paie son tribut à Sjöwall et Wahlöö, louant un livre « clair, limpide » qui « n’a pas pris une ride ». Mais le romancier suédois ajoute que par rapport à 1965, « le monde a changé ». « Chacun fumait comme un pompier (…) Personne ne se baladait avec de minuscules magnétophones dans les poches, on ne connaissait pratiquement pas les ordinateurs. Les grandes vagues d’immigration n’avaient pas encore eu lieu », écrit le créateur du commissaire Wallander.

C’est à mon avis ce qui fait l’intérêt et la limite de Roseanna. Les amoureux du polar nordique goûteront ce retour aux sources littéraires. Pour les autres, le livre a quand même vieilli et surtout, il a été tellement copié depuis, qu’il en perd finalement son originalité de l’époque.

A signaler par ailleurs la parution du deuxième roman de la série, L’homme qui partit en fumée.

Roseanna, Maj Sjöwall et Per Wahlöö, Rivages Noir. Traduit de l’anglais par Michel Deutsch.

02/05/2008

68 c’était hier… pom pom pom

1933584605.gif Vous l’avez peut-être remarqué, on fête actuellement les quarante ans de Mai 68. Il est possible que vous soyez passé à côté, vu le peu de livres, hors-séries, albums, suppléments, compils, inédits, rééditions diverses de perruques rousses certifiées juives allemandes, pavés et grenades lacrymo d’époque… sortis pour l’occasion.

Fidèle à sa mission de service public, Polar Blog va vous éviter de perdre votre argent – de toute façon déjà dépensé dans une baguette de pain et une bouteille de lait - dans les souvenirs de Dany le Marron (rouge plus vert) en vous conseillant le seul livre digne d’intérêt de cette super-production gay-lussacienne. Celui de Jean-Bernard Pouy, chef de gare du polar français et meilleur titreur vivant du genre. Jugez plutôt : Mes soixante huîtres. C’est pas beau, ça ? Le titre seul mérite les 4 petits euros du livre.

Mais le reste est à l’avenant. Dans cette mini-nouvelle d’une quinzaine de pages, Pouy fait sa révolution interne et décide en plein repas de famille et en bon père « exsoixantuitard », de claquer le bégnet de ses enfants trentenaires, qui comme tous les trentenaires parisiens d’aujourd’hui, mangent bio et pensent bas (je sais de quoi je parle, j’ai 30 ans et vis à Paris 20e). Une génération si sérieuse et responsable qu’elle finira bien un jour pas élire un type de droite qui voudra « liquider l’esprit de 68 ». Comment, c’est déjà fait ?

Toujours camarade et chevelu, Pouy, lui, a décidé de boire jusqu’à la lie l’esprit de 68, le vin comme le drapeau, rouge de préférence. Jeunes UMP, achetez son livre (pour aider les Editions Folies d’Encre) mais ne le lisez pas, ça vous ferait du mal. Les autres jeunes (si si, il en reste), venez prendre un cours trois en un - lettres, histoire et rigolade - le tout en une demie-heure montre en main.

Mes soixante huîtres, Jean-Bernard Pouy, Folies d’Encre.

PS : le même soir que le Pouy, j’ai jeté un œil au nouveau bouquin de Manuel Valls, qui lui aussi est un as du titre : "Pour en finir avec le vieux socialisme et être une gauche moderne" (vous pouvez reprendre votre souffle). Une couverture jaune pisse, bleu turquoise et violette écrasée. L’intérieur est du même goût. C’est bizarre, mais je l’ai reposé aussi sec. C’est grave docteur ?   

 
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