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30/04/2008

Planches à flics

1131252625.jpg France, terre d’écueils. Pierre Dragon est flic aux Renseignements généraux, les RG. En charge du démantèlement des filières d’immigration clandestine à Paris. Pierre Dragon est un flic de BD. Héros de la série RG, dont le tome 2 - Bangkok-Belleville - vient de sortir aux éditions Bayou (excellente collection dirigée par Joann Sfar). Un héros de fiction invité par… le vrai flic des RG Pierre Dragon, co-auteur de la série avec le dessinateur suisse Frederik Peeters.

J’évoquais récemment la série « 87e District » d’Ed McBain, monument du genre noir de « police procedural » dont l’ambition était de montrer le quotidien tourmenté et nuancé d’une brigade isolaise (donc new-yorkaise). RG de Dragon et Peeters est fait du même bois, celui du réalisme policier où Paris a remplacé Isola, et Pierre Dragon l’inspecteur Carella.

Dans « Bangkok-Belleville », Dragon piste un passeur thaïlandais, qui vit du trafic des clandestins qui atterrissent dans les ateliers borgnes ou les salons de massage très spécial des quartiers asiatiques de la capitale. Une nouvelle forme d’esclavage où les clandestins travaillent à l’œil et dans la peur pendant des années pour rembourser le passeur qui conserve durant tout ce temps leurs passeports.

Au fil des planches, on suit le travail lent et souvent ennuyeux des policiers, les planques à toute heure et sous tous les climats, les filatures, les recherches d’indics à qui l’on promet des papiers contre quelques tuyaux. On visualise les descentes au petit matin, le pied dans la porte et les menottes à la main. On mesure également la guerre des polices, entre services anti-clandestins et services anti-proxénétisme qui travaillent souvent sur les mêmes filières. On apprend enfin les rapports parfois très étroits entre policiers et juge d’instruction, mais ce n’est sans doute que pure fiction…

L’an dernier, le duo Dragon-Peeters a obtenu un prix à Angoulême pour le premier tome de RG « Ryad-sur-Seine » consacré à la lutte anti-islamiste. Un tome 3 est déjà annoncé, selon les renseignements généraux.

RG Bangkok-Belleville, Pierre Dragon et Frederik Peeters, Gallimard collection Bayou.
 

21/04/2008

Un petit nouveau nommé McBain

3ed59f1fd34657ba74ebaa7ec8202d18.jpg Depuis Chateaubriand, on savait que les chefs d'œuvre viennent parfois d'outre-tombe. La preuve avec la parution récente de nouvelles inédites du maître Ed McBain, rassemblées en un volume intitulé Le Goût de la mort.

 

Pour les amoureux du noir, Ed McBain est un monument que l'on se doit de visiter fréquemment, à l'instar d'un Westlake, d'un Hammett ou d'un Manchette (liste non exhaustive). Mort en 2005, il a laissé une œuvre immense, faite de dizaines et de dizaines de romans, nouvelles et scénarii - dont celui des Oiseaux d'Hitchcock. Mais quand on le cite, c'est surtout pour sa Comédie humaine version New York, le cycle du 87th District, série de romans sur une brigade de police d'une ville américaine imaginaire mais follement proche de la Grosse Pomme. L'un des actes fondateurs du genre "police procedural" dans le polar : des romans bruts, qui décrivent le quotidien policier, les enquêtes difficiles, les flics dépassés, la rue en perdition… Une cathédrale du noir qui a influencé une flopée d'auteurs - en vrac, Pelecanos, Lehane, Mankell, même Ellroy… - et sans laquelle pas mal de séries télé n'auraient jamais été envisagées (NYPB Blues, The Wire…).

 

De son vrai nom Salvatore Lambino - fils d'immigré italien grandi à East Harlem à New York - McBain a aimé se cacher derrière plusieurs noms de plume : le plus célèbre après McBain, Evan Hunter, mais aussi des plus discrets comme Hunt Collins ou Richard Marsten. Diplômé d'anglais, dégoûté de l'enseignement qu'il pratiquera une année et dont il tirera son premier succès, Graine de violence, adapté au cinéma par Richard Brooks, McBain entre au début des années 1950 à l'Agence littéraire Scott Meredith de New York. Sa principale motivation alors : les perspectives de gagner beaucoup en écrivant, après que son employeur qui le recrute pour prendre sa place lui dit qu'il part "parce que je gagne tellement d'argent avec ma propre production que cela ne vaut plus la peine de rester ici". 

 

A partir de 1952, il commence à vendre des "histoires policières" à plusieurs magazines de l'époque, principalement Manhunt. Des nouvelles qui racontent des gosses et des femmes dans la dèche, des détectives privés alcooliques comme son premier héros, Matt Cordell, des voyoux, des gangs, des flics… La vie des grandes villes de l'Amérique où poussent la violence et la mort. Des nouvelles écrites alors que McBain a dépassé à peine la trentaine. Des nouvelles qui sont des modèles du genre. Des nouvelles qui disent en quelques pages, une atmosphère, une vérité, avec un sens du dialogue éblouissant. Des nouvelles tellement abouties et parfaites que les apprentis romanciers en chambre risquent de ne pas s'en remettre. Qu'ils préparent déjà la corde.

 

Le Goût de la mort, Ed McBain, Bernard Pascuito éditeur. Traduites de l'anglais par Zach Adamanski.

14/04/2008

Qui es-tu Tutu?

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Même le polar a désormais sa face people. Ça s'appelle Polar People ou, plus rigolo, Tutu Reporter. Une sorte de Gérard Languedepute très bien informé sur le milieu du polar français, qui depuis quelques semaines, balance anonymement sur son blog "ragots, potins et infos", parfois en-dessous de la ceinture.

 

Il paraît que son entreprise commence à faire son petit effet dans le marigot, j'en sais rien, c'est Tutu qui le dit. La première fois qu'on m'en a parlé, c'était au festival de Lyon. Je l'avais aussitôt oublié, mais il est revenu par la fenêtre il y a quelques jours lorsque j'ai constaté que près de 5% des visiteurs de Polar Blog venaient directement de son site (parfois, il m'arrive en effet de faire les comptes, la vie est aussi une épicerie). Et 5%, c'est pas si mal que ça, ça rembourse les frais de campagne, demandez à un candidat à la présidentielle.

 

Tutu Reporter, c'est drôle souvent, méchant toujours, injuste parfois, mais attention, c'est assez pointu, je n'y ai pas retrouvé tous mes petits. Si j'ai bien tout compris, ce Tintin anonyme du noir se donne pour mission de réveiller le polar français, trop planplan et surtout trop fainéant à son goût.

 

Qui est Tutu? Un homme, une femme, les deux? Est-il seul ou en horde? Ecrivain, éditeur, traducteur, critique, journaliste? Est-il vivant ou mort? Cherchez si ça vous amuse, moi je n'ai pas la réponse. De vagues idées peut-être…

 

Si j'en parle, c'est aussi parce que Tutu s'est gentiment foutu de moi, même s'il rend hommage à la "beauté" de Polar Blog. Mazette. C'est ici.

 

BB 

09/04/2008

John Harvey, la belle coupe anglaise

1f3d6468998a3fd13509232a075f6808.jpg John Harvey est sans doute ce qui se fait de mieux en ce moment du côté de la littérature policière britannique. Pour preuve, son nouveau roman : D'ombre et de lumière, paru récemment. Troisième et dernier volet de la série Frank Elder, ancien policier de Nottingham retiré dans la solitude des Cornouailles. John Harvey est déjà à la tête d'un formidable cycle de polars, celui de l'autre flic Charlie Resnick, modèle du genre du roman de procédure policière.

 

Dans cette ultime aventure, Elder reprend du service en free-lance de l'enquête, pour se pencher sur les meurtres de deux femmes à huit ans d'intervalle et qui présentent des ressemblances troublantes. Parallèlement, le lecteur continue de suivre sa vie privée, ses relations ambigües avec son ex-femme, et sa timidité envers sa fille qui a failli être tuée par sa faute lors d'une de ses anciennes enquêtes.

 

Ce qui fait la force des romans de John Harvey est leur impression déconcertante de facilité. Avec lui, écrire un bon roman policier paraît extrêmement simple. Tout sonne juste, crédible et humain : les situations, les dialogues, l'avancée de l'intrigue… Pas d'esbroufe bang-bang, pas de violence gratuite, pas d'effets de manche stylistique, ni de coups de théâtre tirés par les lignes. Harvey écrit neutre mais beau, il soigne ses personnages et leur environnement, et même la figure éculée du tueur en série n'apparaît pas chez lui comme un artifice un peu facile. 

 

John Harvey traite avec élégance et un authentique respect du lecteur, le genre classique de l'enquête policière. A la croisée du roman procédural et du thriller psychologique, il sait combiner l'efficacité des pages-turners commerciaux et la grandeur des vrais écrivains. A part peut-être Thomas Harris, qui réussit une telle alchimie aujourd'hui dans le polar anglo-saxon? 

 

D'ombre et de lumière, John Harvey, Rivages Thriller. Traduit de l'anglais par Jean-Paul Gratias. 

 
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