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21/04/2008

Un petit nouveau nommé McBain

3ed59f1fd34657ba74ebaa7ec8202d18.jpg Depuis Chateaubriand, on savait que les chefs d'œuvre viennent parfois d'outre-tombe. La preuve avec la parution récente de nouvelles inédites du maître Ed McBain, rassemblées en un volume intitulé Le Goût de la mort.

 

Pour les amoureux du noir, Ed McBain est un monument que l'on se doit de visiter fréquemment, à l'instar d'un Westlake, d'un Hammett ou d'un Manchette (liste non exhaustive). Mort en 2005, il a laissé une œuvre immense, faite de dizaines et de dizaines de romans, nouvelles et scénarii - dont celui des Oiseaux d'Hitchcock. Mais quand on le cite, c'est surtout pour sa Comédie humaine version New York, le cycle du 87th District, série de romans sur une brigade de police d'une ville américaine imaginaire mais follement proche de la Grosse Pomme. L'un des actes fondateurs du genre "police procedural" dans le polar : des romans bruts, qui décrivent le quotidien policier, les enquêtes difficiles, les flics dépassés, la rue en perdition… Une cathédrale du noir qui a influencé une flopée d'auteurs - en vrac, Pelecanos, Lehane, Mankell, même Ellroy… - et sans laquelle pas mal de séries télé n'auraient jamais été envisagées (NYPB Blues, The Wire…).

 

De son vrai nom Salvatore Lambino - fils d'immigré italien grandi à East Harlem à New York - McBain a aimé se cacher derrière plusieurs noms de plume : le plus célèbre après McBain, Evan Hunter, mais aussi des plus discrets comme Hunt Collins ou Richard Marsten. Diplômé d'anglais, dégoûté de l'enseignement qu'il pratiquera une année et dont il tirera son premier succès, Graine de violence, adapté au cinéma par Richard Brooks, McBain entre au début des années 1950 à l'Agence littéraire Scott Meredith de New York. Sa principale motivation alors : les perspectives de gagner beaucoup en écrivant, après que son employeur qui le recrute pour prendre sa place lui dit qu'il part "parce que je gagne tellement d'argent avec ma propre production que cela ne vaut plus la peine de rester ici". 

 

A partir de 1952, il commence à vendre des "histoires policières" à plusieurs magazines de l'époque, principalement Manhunt. Des nouvelles qui racontent des gosses et des femmes dans la dèche, des détectives privés alcooliques comme son premier héros, Matt Cordell, des voyoux, des gangs, des flics… La vie des grandes villes de l'Amérique où poussent la violence et la mort. Des nouvelles écrites alors que McBain a dépassé à peine la trentaine. Des nouvelles qui sont des modèles du genre. Des nouvelles qui disent en quelques pages, une atmosphère, une vérité, avec un sens du dialogue éblouissant. Des nouvelles tellement abouties et parfaites que les apprentis romanciers en chambre risquent de ne pas s'en remettre. Qu'ils préparent déjà la corde.

 

Le Goût de la mort, Ed McBain, Bernard Pascuito éditeur. Traduites de l'anglais par Zach Adamanski.

Commentaires

Amusant que le vrai nom d'un auteur aussi prolifique soit Lambino...
Blague à part, merci pour cette remise en perspective d'un auteur majeur.

Écrit par : Emmanuel Pailler | 28/04/2008

Les commentaires sont fermés.

 
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