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31/03/2008

Juré, il y a autre chose que Grégory Collomb et Gérard Coupé à Lyon

f9c259d45dd9458c240d08d18250e7da.jpeg J’ai passé le week-end à Lyon, invité au festival Quais du Polar. A quoi ressemblent trois jours de débats et de rencontres autour du noir ?

Ça ressemble au texan Joe R. Lansdale, qui avait perdu sa femme avant de partir, mais qui auparavant avait expliqué, avec son accent à couper à la tronçonneuse, que « le personnage du privé américain n’est rien d’autre que l’évolution logique du cow-boy solitaire du far-west ».

Ça ressemble à Didier Daeninckx qui, dans un débat sur 68 et le polar, rappelle son amour et sa dette à Fajardie et Manchette. Ce sont eux qui, au début des années 1970, lui ont montré, comme à d’autres, que le polar français pouvait sonner comme les hard-boiled américains. Et le romancier d’Aubervilliers de scotcher votre serviteur par sa lecture du Petit bleu de la côte ouest, le chef d’œuvre de Jean-Patrick. On s’en souvient, au début du roman, Gerfaud roule en boucle sur le périph parisien nouvellement construit. Idem à la fin du livre. Décryptage par Daeninckx : non seulement, c’est une manière politico-littéraire pour Manchette de faire la révolution autour de Paris, mais encore, sur le plan strictement formel, les deux boucles qui encadrent l’intrigue rappellent le dessin d’une cassette audio, ce même petit blues west-cost que Gerfaud écoute dans sa Mercedes. Magnifique.

Ça ressemble à Abdel Hafed Benotman, ancien voleur et ancien taulard, nouvel auteur et nouveau talent de l’équipe Rivages, qui, en conférence, raconte son « parcours de révolte » et sa « réinsertion par la fatigue » après presque quinze ans passés en plusieurs étapes derrière les barreaux. « La révolte, au lieu de donner de la soumission, a donné un peu de littérature », explique-t-il. Le soir, devant plusieurs excellentes bouteilles de Saint-Joseph, patron des familles et des artisans, le même vous convainc presque qu’en hommage à La Fontaine et Gustave Doré, il convient d’appeler les juges des « magist-rats ».   

Ça ressemble à Antoine Chainas, l’ovni 2008 du noir français, qui, timidement, confie qu’il n’est « intéressé que par les extrêmes et les marges, parce que ce sont elles qui définissent la norme d’une société, pas l’inverse ». Comme il travaille à La Poste et qu’il aime écrire avant le boulot, il se lève à 3h du matin. Avec Dany Boon et Chainas, La Poste est vraiment à l’honneur en ce moment.

Ça ressemble à Marcus Malte, qui a reçu le prix Quais du Polar pour son splendide Garden of love, qui reconnaît que ses livres ne sont pas toujours faciles d’accès mais qu’il « fait confiance aux lecteurs », et que si une corde doit être fournie avec ses romans, « ce serait une corde de guitare ».

 

Ça ressemble à Hannelore Cayre, avocate pénaliste, auteur de la formidable trilogie du baveux Leibowitz, qui affirme que les séries Avocats et associés ou Femmes de loi, sont « de la daube, d'une connerie incommensurable ».

 

Ça ressemble à Jake Lamar, l’Américain qui vit dans le 18e arrondissement parisien, et qui confie qu’il a, à plus de quarante ans, « toujours gardé une méfiance vis-à-vis de la police ». « J’ai grandi dans le Bronx des années 1970, et les flics n’étaient pas aimés, à juste titre. C’est quelque chose qui vous marque », explique-t-il avec son bel accent français et son sourire permanent.

Ça ressemble à l’islandais Arnaldur Indridason, star nationale du polar et ancien journaliste, qui raconte combien le journalisme est ennuyeux dans son pays. « La journée commence par un déplacement sur une inondation, puis par un déjeuner avec le ministre des affaires sociales qui vous parle des prestations sociales, et parfois, en fin de journée, un chien s’échappe d’un chenil. » De quoi créer des vocations.

Ça ressemble à Georges Pelecanos, l’invité-vedette du festival, qui raconte comment à 17 ans, il a failli tuer un ami, en lui tirant dessus accidentellement. « Je ne pense pas que cela ait eu une influence sur mon goût pour la fiction criminelle, mais ça a eu une influence sur ma vie tout court et mon rejet de la violence », explique le romancier de Washington. Un romancier plus qu’élégant, classieux à vrai dire, qui regardant les chaussures pointues de votre serviteur, livrera sa sentence en fin des festival : «  Good shoes, man ». Rien que pour ça, ça valait le coup d’aller à Lyon ce week-end.
 

27/03/2008

Pelecanos ou Zola à Washington

2e6d8892f4c65d0254b257ba0d6638b0.jpg Encore une légende du noir. Los Angeles a Ellroy et Connelly, Edimburg a Rankin, New York a Lieberman, Galway a Bruen… Et Washington a Pelecanos. Pas de débat possible. George Pelecanos est né à Washington il y a 51 ans, George Pelecanos a grandi à Washington, dans un quartier ouvrier au milieu d'une population noire où son père, immigré grec, avait monté un snack. Et George Pelecanos écrit sur Washington. Treize romans noirs traduits à ce jour en France. Tous se déroulent à "Drama City" - titre de l'un des derniers. Attention, pas le Washington du Capitole et de la Maison Blanche. Ce Washington là, Pelecanos s'en fout. Lui s'intéresse au Washington caché, celui des ghettos, des guerres des gangs, de la dope, de la misère, du racisme, de la police… Au Washington du peuple en somme, contre celui de l'élite.

 

Costard bleu marine rayé et petite barbe grisonnante bien taillée, George Pelecanos est comme beaucoup de romanciers américains en goguette en France : très cordial. Il aime expliquer son travail, ses méthodes, ses goûts, comme le prouve l'interview qui suit. Invité vedette du festival de polar Quais du polar à Lyon, il salive déjà, rapport aux "good foods and wines".

 

Pelecanos est un pro : ses romans sont toujours parfaitement documentés, écrits sans chantilly, sans un détail qui manque à l'appel. C'est propre, net et précis. En bientôt vingt ans de carrière, le romancier est passé d'une première série de livres - celle des Nick Stefanos, privé d'origine grec qui ressemblait violemment au jeune Pelecanos - au "Quartet de Washington" et à la série d'enquête du duo policier bicolore, l'ex-flic noir Derek Strange et le privé blanc Terry Quinn. Avec ses romans écrits à la troisième personne, Pelecanos a vu large, il retrace une sorte de saga de Washington des années 1940 à nos jours. Avec à la clé, les évolutions sociales, politiques, économiques et raciales de la capitale américaine et de l'Amérique tout court.

 

Son dernier opus traduit chez nous s'intitule Les jardins de la mort. S'inspirant d'une authentique affaire, il couvre les années 1985-2005. A vingt ans de distance, des enfants noirs sont assassinés dans les jardins de Washington. Trois policiers qui ont couvert l'enquête en 1985, vont reprendre du service vingt ans plus tard. Trois flics, trois visions de la police, trois destins. Pelecanos ne sait pas encore si ces personnages augurent d'une nouvelle série de romans. Au-delà, on retrouve dans ce livre la patte Pelecanos, avec au premier chef, la présence constante de la musique. Pelecanos est l'écrivain américain de la pop culture. Bloqué aux années 1970, chacun de ses romans est un véritable disquaire de poche des meilleurs sons funk et soul. Ecriture et musique sont tellement liés chez Pelecanos, qu'aux Etats-Unis son roman Hard Revolution avait été carrément publié avec un CD, bande-son du livre.

 

Enfin, on ne serait pas un minimum complet sur le gars si on ne signalait pas qu'il avait aussi à son actif, une bonne partie des scénarios de la série policière produite par HBO, "The Wire". Chef d'œuvre télévisuel, cette série retrace la vie d'un service de police de Baltimore, avec comme particularité que chaque saison suit l'intégralité d'une seule enquête sur plusieurs épisodes. Comme les romans de Pelecanos, pas de tape à l'œil, que du vrai, du concret, de l'ultra-réalisme. Une merveille.

 

Les jardins de la mort, George Pelecanos, Seuil Policiers. Traduit de l'américain par Etienne Menanteau. 

 

De passage à Paris, George Pelecanos a reçu Polar Blog

pour parler de ses livres, de sa ville, des jambes des femmes, et même de Sarkozy.

 

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Les Jardins de la Mort se déroulent à Washington de 1985 à 2005, des années Reagan aux années Bush. Au-delà de l’intrigue policière, quel sens avez-vous voulu donner à ce livre ?
J’ai voulu montrer les changements énormes intervenus en vingt ans à Washington. Comme toutes les villes de l’est américain, Washington a connu de grands changements urbains, avec des effets sur les modes de vie. Les classes moyennes et les classes supérieures, de toutes les couleurs, sont arrivées dans le centre-ville, et ont repoussé les classes défavorisées vers la périphérie. Résultat, le crime a baissé downtown, mais ce n’est qu’une impression, il n’a fait que se déplacer. J’ai voulu montrer ce changement de surface très superficiel.

Ce roman, c’est trois policiers et trois visions de la police : un bon flic, un mauvais flic, et un flic brisé par son métier…
C’est vrai, mais c’est plus compliqué. On se rend compte à la fin que le bon flic pour boucler son enquête, n’hésite pas à franchir la ligne, et que celui qui semblait mauvais a été viré de la police pour avoir aidé des prostituées. Est-ce si mal que ça ? Ce que j’ai voulu montrer, c’est que pour faire un bon flic, il en faut plusieurs différents. Seul, aucun des trois policiers du livre n’aurait réussi, c’est ensemble qu’ils s’en sortent. Le personnage du vieil inspecteur T.C. Cook m’a été inspiré par un inspecteur qui a couvert l’histoire qui a inspiré le roman. Cette vieille affaire jamais résolue l’a vraiment cassé, et j’ai voulu raconter comment une affaire peut briser un policier. En plus, la vraie histoire avait une dimension raciale, toutes les victimes étaient noires et la population avait le sentiment que la police ne faisait rien pour trouver le meurtrier. Or, l’inspecteur lui-même était noir et avait souffert du racisme dans la police. Il en était devenu très amer.

On retrouve dans ce roman deux éléments centraux du style Pelecanos : la musique et le basket-ball.
Je ne peux pas m’en empêcher. C’est fondamental chez moi de parler musique et sport. De toute façon, de quoi parlent les gars qui boivent dans les bars : de politique, des femmes ? Non, ils parlent de sport et de musique.

Votre style est aussi très journalistique, avec un grand sens du détail.
Je n’ai jamais fait de journalisme, mais je pense que j’aurais pu être un bon journaliste. Je me documente beaucoup, j’ai une bonne mémoire, donc je me souviens de plein de petits détails. Et ce sont ces détails qui font un personnage : sa manière de s’habiller, de marcher, ce qu’il boit, ce qu’il mange, la musique qu’il écoute, sa manière de parler… Et puis la marque de sa voiture. Les bagnoles, j’adore ça !

Vous enquêtez avant d’écrire ?
Oui souvent. Pour ce roman, j’ai pu suivre la police criminelle de Washington. C’est un milieu très fermé, mais ils ont accepté parce qu’ils avaient aimé mon travail de scénariste sur la série policière The Wire. Quand je les ai suivi, il y a eu un meurtre grave à Washington, et j’ai eu la chance d’être là du début à la fin de l’affaire, depuis le meurtre jusqu’à l’arrestation du meurtrier. A côté, j’ai aussi rencontré pas mal de gamins qui dealent et ils m’ont raconté plein de trucs, sans problème. Les gens me parlent facilement, je ne sais pas pourquoi, mais ça m’arrange.

Tous vos romans se déroulent à Washington, mais il n’y a jamais une ligne sur le Washington de la Maison Blanche ou du Congrès…
Les gens dont je parle dans mes livres, se foutent de la Maison Blanche. La capitale fédérale est invisible pour eux. C’est délibéré de ma part de ne jamais en parler, c’est en quelque sorte un geste politique, une manière de dire que la politique nationale américaine ne concerne pas la vie quotidienne des gens.

Au cours de votre œuvre,vous êtes passé du « je » dans vos premiers romans et la série des Nick Stefanos, au « il » de vos romans plus récents. Pourquoi ?

C’était plus facile de dire « je » dans mes premiers romans parce que j’apprenais à écrire. Quand je suis passé au « il », c’était un vrai défi, ça a ouvert mes livres sur le monde. Je trouve qu’ils sont mieux écrits, plus riches, plus vastes, parce que je peux suivre plusieurs personnages. Mais si demain, c’est mieux pour l’intrigue que je revienne au « je », je le ferai.

Vous avez commencé à écrire assez tard, après 30 ans. C’est mieux ?
Je n’en sais rien, en tout cas, pour moi, ça a marché. J’avais beaucoup vécu avant d’écrire, donc j’avais des choses à raconter. Souvent, je vois des jeunes gars se mettre à écrire, alors qu’ils n’ont pas grand-chose à dire. Pour écrire, il faut être sorti de l’école, avoir vu le monde, sa saleté, sa beauté, il faut avoir vécu tout simplement.

Votre roman de guerre, écrit à l’âge de 10 ans, « Les deux guerres du lieutenant Jeremy », n’était pas à la hauteur ?
Ah ça non, il ne tenait pas la route. Mais ça prouve qu’à 10 ans, j’avais assez de persévérance pour aller au bout d’un livre. Puis bizarrement, je n’ai plus écrit une ligne pendant vingt ans, même pas une nouvelle. J’ai travaillé, je me suis amusé, j’ai gagné ma vie.

Pourquoi êtes-vous devenu scénariste sur la série The Wire, sur HBO ? Pour l’argent ?
Ce n’était pas pour faire du fric. J’ai refusé beaucoup de films ou de séries qui m’auraient rapporté un bon paquet de fric, mais ça ne m’amusait pas. Si j’ai accepté de travailler sur The Wire, c’est parce que David Simon, le créateur de la série, faisait à la télé ce que je faisais dans mes romans : raconter les problèmes sociaux en arrière-plan de la réalité policière. Je suis aussi fier de cette série que de mes livres. Et entre nous, HBO ne paie pas très cher !

Dans vos romans, il n’y a ni héros ni salaud suprême, simplement des pauvres types qui tournent plus ou moins bien…

La vie est comme ça, on peut facilement passer d’un côté ou de l’autre. J’ai souvent été proche du mauvais côté, mais l’amour et le travail m’ont remis dans le bon chemin. Maintenant, quand je me lève le matin, je suis beaucoup plus concentré qu’avant. J’ai fait beaucoup de petits boulots, j’ai travaillé dans des bars, en cuisine… Mais c’est quand j’ai commencé à écrie que j’ai su que j’avais trouvé ma voie. La plupart des best-sellers américains parlent de héros purs et durs qui réussissent tout. Pas mes romans, j’ai toujours aimé les gens différents, les loosers.

Un de vos romans s’intitule Drama City. C’est une bonne définition de Washington ?

C’est en tout cas comme ça que ses habitants appellent Washington. Un autre surnom, c’est « la ville du chocolat », en référence à la communauté noire. J’aime beaucoup Drama City, parce que ça fait référence aux masques grecs avec deux visages : la tragédie et la comédie.

Vous avez travaillé dans une boutique de chaussures pour femmes. C’était bien ?
C’était la boutique la plus tendance de Washington, donc les clientes étaient les plus belles femmes de la ville, mais toutes classes sociales confondues, des femmes d’affaires aux prostituées. Quand on est jeune, c’est fantastique, on passe la journée à toucher leurs jambes et leurs pieds. C’est vraiment le boulot le plus chouette que j’ai pu faire.

2008 est une année électorale importante aux Etats-Unis. Vous la suivez particulièrement ?
Oh oui, c’est la campagne électorale la plus importante de toute ma vie, et ma mère qui a 85 ans le pense aussi. C’est quand même la première fois qu’un Noir ou qu’une femme ont une chance d’être président des Etats-Unis ! Je suis un supporter officiel de Barack Obama, et je suis certain que John McCain sera la victime des années Bush. Les Américains n’aiment plus Bush, et McCain va le payer.

Vous connaissez Nicolas Sarkozy ?
Oui, à Washington, on le connaît, mais on connaît surtout sa nouvelle femme. La presse américaine aime bien Sarkozy, parce que c’est un gars sexuel. Il excite plus que Bush ou Gordon Brown en Angleterre. Mais ça ne va pas plus loin que ça.

Vous n’avez pas de chance avec les adaptations au cinéma de vos romans. Où en-est on de celle de King Suckerman par Miramax, et de celle de Blanc comme neige par le réalisateur Curtis Hanson ?

Miramax, ça ne se fera pas, et Blanc comme neige, je n’en sais rien, ça fait quatre ans que c’est dans les tuyaux. C’est vrai, je n’ai pas de chance, certaines personnes m’expliquent que Hollywood est frileux avec mes livres, parce qu’il y a beaucoup de personnages noirs et qu’ils estiment que des films avec beaucoup de Noirs ne se vendent pas à l’étranger. En plus, mes histoires ne sont pas gaies, on y parle de la pauvreté, des ghettos, du racisme… Le genre de choses que les gens font semblant d’aimer, mais qu’ils n’ont pas envie d’aller voir au cinéma toutes les semaines. Je trouve cela très hypocrite, mais bon, je m’en moque, ça ne fera pas changer ce que j’écris.

Interview : Bastien Bonnefous

Portrait : Sébastien Ortola. 

 

 

 

18/03/2008

Et la Série Noire se déChainas

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C'est le phénomène polar français du moment. Un pavé de 500 pages de violence et de rage. Certains adorent, d'autres détestent, la plupart ont un méchant goût dans la bouche longtemps après l'avoir lu. C'est toujours bon signe. Titre : Versus. Auteur : Antoine Chainas. Editeur : Série Noire. Comme souvent, devant une nouveauté qui déboussole, on sort la machine à comparaisons. Alors, c'est Dantec pour les uns, Céline - carrément - pour d'autres. Du brutal, du définitif, du qui laisse pas vraiment place au débat.

 

219f33a8e4f5cfa93abe30761d761850.gif Commençons par le commencement. Pour les amateurs du genre, Antoine Chainas n'est pas un inconnu total. Début 2007, il signait son premier roman chez la vieille dame du polar. Aime-moi, Casanova. L'histoire déjantée d'un flic obsédé sexuel, complètement addict au cul, qui passait son temps à se faire exploser la tronche par plus fort que lui. Au hasard malheureux de ses rencontres, il croisait une stagiaire experte en enfilage de perles dans le fion, une dresseuse aveugle de chiens sodomites, un boucher déchaîné, Elvis en patron de boîte SM… Ça commençait chez San-Antonio, ça finissait dans la tragédie grecque. Un roman forcément plus qu'original même si un peu répétitif, qui avait allumé en rouge brillant dans un coin de notre tête : "auteur à surveiller, attendons le prochain livre".

 

Et quel livre! Versus donc. On reste dans la maison Poulaga. Mais fini le flic obsédé sexuel. Place au major Nazutti. Une boule de haine, un des personnages les plus forts du noir français de ces dernières années. Nazutti est une ordure, une vraie : il hait les hommes, les femmes, les enfants, les vieux, les Noirs, les Arabes, les Juifs, les homos, les hétéros, les flics, les politiques, les touristes, les médecins, les avocats, les juges, les profs, les fonctionnaires… Bref, il hait l'humanité. Mais surtout, les pervers, les satyres, les pédophiles. Nazutti ne dort pas, ne rêve pas, ne mange pas, ne boit pas, ne pleure pas, ne rit pas : il chasse. Il chasse la lie de la Terre. Nuit et jour. Obsédé par la souffrance, la vengeance, la mort, la haine. Il ne parle pas, il frappe, il torture, il magouille, il transgresse. Comme Philippe Nahon dans le film de Gaspard Noé, Nazutti est "seul contre tous". Il va pourtant devoir faire équipe avec Andreotti, jeune inspecteur idéaliste brisé par une ancienne enquête qui a mal tourné pour lui.

 

Si le tandem méchant flic-meilleur flic n'est pas nouveau, le rythme, l'énergie et l'effet de souffle du roman, laissent pantois. Certains passages choquent, dégouttent, écœurent. A quoi bon diront certains? Peut-être, mais aucune scène ne semble gratuite, ce qui fait la force du livre, et le rend au final supportable pour ceux qui iront à son terme. 

 

Alors, Chainas nouveau Céline? N'exagérons pas. Si comme le reclus de Meudon, il semble pour écrire mettre sa peau sur la table, il n'a pas la même inventivité verbale et linguistique que l'auteur du Voyage. En revanche, on retrouve en effet le Dantec de la Sirène rouge. Même écriture au cordeau, même goût de la balistique, du monde scientifique et médical, de la neurologie… parfois trop, mais pas (encore?) le délire mystico-réac du néo-Canadien. Pour ceux que ça intéresse, on apprend beaucoup dans Versus sur les différentes techniques de tortures et de suicides, ainsi que sur les multiples déviances sexuelles et physiques. Une attirance pour cette humanité des freaks anonymes qui rappelle surtout Seven de Fincher, ou les romans de Chuck Palahniuk.

 

D'Antoine Chainas, on ne sait grand chose. Sur la 4e de couverture d'Aime-moi, Casanova, il indiquait avec beaucoup d'humour que "décédé en 1999, il travaille depuis dans une grande administration française". D'après nos informations, il s'agit de celle avec laquelle on peut bouger si on en a envie. Et toujours d'après nos informations, Antoine Chainas semble à l'opposé des personnages de ces livres : un homme normal qui vit dans le sud - ces deux romans ne sont précisément localisés, mais la ville rappelle diablement Nice ou Cannes - avec sa petite famille. Il sera à la fin du mois de mars à Lyon pour le festival Quais du polar. M'est avis que les curieux risquent d'être nombreux devant son stand. 

 

Versus démarre comme un coup de poing dans le plexus, finit comme une explosion à la grenade. Chainas est-il la nouvelle star du noir hexagonal ? Réponse dans quelques romans. Ce qui est sûr, c'est que dans le paysage global de la production française, il est d'ores et déjà à part. Et ça, c'est bien.

 

Versus, Antoine Chainas, Série Noire.  

 

NB : comme signalé en commentaire (merci Jean-Marc Laherrère), vous pouvez retrouver une interview d'Antoine Chainas sur bibliosurf. Le romancier y livre quelques clés sur son travail. Et en plus, il y a une photo. Comme David Peace, Chainas a une tête normale, je ne sais pas si c'est rassurant ou plus inquiétant encore.

16/03/2008

Quand Boujut mène la danse

81ebb0aa34aa97af5026e5b11bd79003.gif Rien que pour son titre, ce roman méritait une chronique. Jugez plutôt : La vie de Marie-Thérèse qui bifurqua quand sa passion pour le jazz prit une forme excessive. C’est pas beau, ça ? Si on ajoute que l’auteur du livre est Michel Boujut, célèbre critique de cinéma, et que l’histoire commence par la découverte quarante-cinq ans plus tard, coincée entre deux pages de La nuit tombe de Goodis, d’une photo parue dans Sud-Ouest en 1959, alors fermez le ban et achetez, je répète, La vie de Marie-Thérèse qui bifurqua quand sa passion pour le jazz prit une forme excessive.

Marie-Thérèse, c’est une jeune fille un peu naïve et totalement dingue de Billie Holiday, qui se trouva embringuée à la fin des années 1950, dans une série de meurtres. Le premier dans une boîte de jazz toulousaine, le second dans une bergerie pyrénéenne. Ses torts : s’être laissée séduire puis dominée par un truand corse et, ter repetita, sa passion excessive pour le jazz qui fit qu’elle se trouvât là où il ne fallait pas quand il ne le fallait pas. Ce fait-divers authentique avait fait, à l’époque, les feuilles grasses de La Dépêche de Toulouse et de Détective.

Au-delà de ce véritable « romanquête », c’est surtout pour Michel Boujut, 19 ans à l’époque des faits, l’occasion de revenir sur sa jeunesse, et de nous raconter la concurrence des clubs amateurs de jazz dans les années 1950, les vedettes du cinéma et les « people » de l’époque aujourd’hui oubliés, le tout sur fond tragique de guerre d’Algérie.

Ça swingue, ça jazze, ça jupe plissée queue de cheval, ça fine cravate noire et semelles en crêpe. Au départ, on se demande pourquoi donc Michel Boujut est allé ressortir cette vieille histoire, mais très vite, on se laisse prendre en main et embarquer sur la piste de la cave enfumée. Parce que, qu’on se le dise, au final, c’est Boujut qui mène la danse.

La vie de Marie-Thérèse qui bifurqua quand sa passion pour le jazz prit une forme excessive, Michel Boujut, Rivages Noir.

10/03/2008

Moisson rouge : du polar sans OGM

C'était en janvier 2007. Place de l'Opéra, une brasserie quelconque. Le steak était trop cuit, la purée froide, le vin moyen. Autant dire que ça commençait pas vraiment bien. En face de moi, une jolie jeune femme (c'est mieux) qui avait le rêve un peu fou de créer sa propre maison d'édition polar. Son nom : Judith Vernant (à la fille, pas la maison). Elle venait de quitter Hachette Littératures, avait rencontré une pointure critique et éditrice du noir français, Hervé Delouche. Nom de code : Moisson rouge.

 

76d9c2bcfcbca0f9f437fce15a5e51ca.gif C'était en janvier 2007, et Judith me parlait avec évidemment beaucoup d'enthousiasme et d'impatience. Début mars 2008, Moisson rouge est née (fin janvier même pour être précis). Avec comme première cartouche, un roman belgo-espagnol. Les vies parallèles de José Ovejero. Espoir du noir ibère, soutenu par Paco Ignacio Taïbo II, Ovejero livre un roman gris sur le passe colonial forcément sale du royaume d'Albert II.

 

Bruxelles, de nos jours. Deux pauvres loosers de la cambriole mettent la main sur une vieille photo. Sur le cliché, l'horreur congolaise : des Blancs posent avec leurs esclaves noirs aux mains coupées. Derrière le cliché, le nom d'un homme, devenu depuis un milliardaire à la réputation sulfureuse. Evidemment, les deux loosers se mettent en tête de le faire chanter. Et évidemment, ça finira mal.

 

Les romans noirs qui se déroulent dans la capitale belge sont rares. Par ce choix, Ovejero, qui vit entre Madrid et Bruxelles, donne à son livre, un ton sombre et nuageux. Le côté bas et lourd du ciel du Nord, vous savez, cette histoire de ciel si bas qu'un canal finit par se perdre, etc… Un sorte de roman brellien en quelque sorte. Surtout, un roman construit en short cuts sur les hasards et les destinées de l'existence, quand des mondes aux antipodes, des vies parallèles en somme, finissent par se croiser, jusqu'au tragique.

 

2279c18d815d2957a49110aee065c8a3.jpeg Moisson rouge s'est donné pour mission de faire (re)découvrir les auteurs de l'Internationale du roman noir, notamment en rééditant des chefs d'œuvre engloutis. Fin mars, paraît Le Crépuscule des stars, perle de Robert Bloch, le scénariste de Psychose, sur la mare aux canards hollywoodienne au moment de la bascule du muet au parlant. Un roman d'angoisse sur le vide de la création, entièrement retraduit par Jean-Paul Gratias et préfacé par François Guérif. Un travail de réhabilitation littéraire de premier ordre.

 

Sinon, pour les petits fouineurs du net, sachez que Judith Vernant, affublé de son acolyte et néanmoins directeur littéraire Jérôme Leroy, bel Hussard de gauche, ont un blog très personnel où ils défouraillent à tout-va contre les cons, à coups de femapoils, de pécéeffe et de scopitones en chambres. Feu!

 

Les vies parallèles, José Ovejero, Moisson rouge. Traduit de l'espagnol par Marianne Millon.

 

   

05/03/2008

Reykjavik et reviens tard

b493b59c19de7cc6502af57af4573cb5.gif Imaginez un auteur français lu par la moitié des habitants de notre belle contrée. Pas vraiment crédible. C'est le cas, toutes proportions gardées, d'Arlandur Indridason, la tête de proue du polar islandais. Un véritable phénomène dans cette île peuplée de quelque 300 000 âmes, l'équivalent de la ville de Nantes à titre de comparaison.

 

Fils de romancier, ancien journaliste, Indridason a créé à lui tout seul le polar islandais. De quoi en imposer. Avant lui, l'autochtone lisait les voisins nordiques - un peu - ou les best-sellers anglosaxons - beaucoup. Il y a quelques années, Arnaldur (un prénom de conquérant romantique) a osé islandiser le genre, avec son personnage de flic mélancolique et inadapté social, le commissaire Erlendur. Sauf qu'en Islande, il y a au pire deux crimes par an, zéro fusillade, pas plus de course poursuite… Pas de complot à déjouer, pas de bombe à désamorcer, pas de maffia à infiltrer. Au pire, le crime est familial, causé par l'alcool et/ou la jalousie, et le meurtrier part rarement en cavale.

 

Résultat, les polars d'Indridason sont à l'image d'Epinal de l'Islande : lents, rugueux et minéraux. Faute de spectacle, il y a l'ambiance, et faute de violence, il y a les non-dits. Le commissaire Erlendur est de cette race-là : celle des taiseux butés et contemplatifs. Lui se passionne, jusqu'à l'obsession, par les disparitions, sport national en Islande, souvent nourri par les conditions météo hostiles.  Dès sa parution en France, aux éditions Métailié, la critique a dégainé son simenonien Maigret pour étiqueter l'Erlendur d'Arnaldur. Sauf que l'Islandais avoue avoir peu lu le Belge (lire l'interview ci-après).

 

Quatrième roman traduit en gaulois, L'homme du lac, sorti récemment, est du pur Arnaldur. Un squelette coulé au fond d'un lac, attaché à un appareil de l'ère soviétique, plus un disparu depuis les années 1960 laissant pour seul indice une Ford avec une jante en moins. C'est suffisant pour exciter la curiosité du commissaire Erlendur, qui va devoir remonter les heures sombres de la Guerre froide en Islande. Pour rester entre Nordiques, c'est moins spectaculaire qu'un Mankell ou un Nesbo, et beaucoup moins technoïde qu'un Larsson. Mais comme eux, Indridason autopsie la société nordique et livre au lecteur le contre-point du miracle socio-économique scandinave.

L'homme du lac, Arnaldur Indridason, Métailié. Traduit de l'Islandais par Eric Boury.


Arnarldur Indridason était il y a quelques semaines en promotion à Paris. Polar Blog l'a rencontré.

 

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Dans L’homme du lac, comme dans tous vos romans, il est question de disparitions. Pourquoi une telle constante ?
En tant que romancier, je trouve intéressant d’examiner ceux qui restent et la manière dont ils continuent à vivre. Par définition, on ne connaît pas le destin des disparus, en revanche, on connaît celui des proches qui restent et qui sont souvent plongés dans le malheur à cause de cette perte.

Les histoires de disparitions ont aussi une grande importance culturelle en Islande ?
C’est exact. Autrefois, il était très dangereux de voyager dans le pays à cause des conditions météo. Quand le temps se déchaînait, il n’était pas rare que les voyageurs se perdent et meurent de froid. Ce genre d’événements a donné lieu à de grandes histoires populaires de fantômes dans la littérature islandaise. Souvent, on ne retrouvait pas les corps, dont on brodait ces histoires de fantômes, une manière pour l’esprit humain de trouver une explication à ces disparitions. Dans mes romans, l’histoire du commissaire Erlendur et de son frère disparu en montagne quand ils étaient enfants, peut aussi se résumer à une histoire de fantômes. Dans sa vie professionnelle comme dans sa vie privée, il est constamment en train de se débattre avec dans fantômes du passé.

Autre constante de vos romans : révéler un passé caché de l’Islande. Dans L’homme du lac, il s’agit des liens entre les communistes islandais et l’Allemagne de l’Est durant la Guerre froide. Pourquoi avoir voulu traiter de ce thème ?
Je suis né en 1961. J’ai grandi pendant la Guerre froide, dans la peur permanente du conflit atomique. J’ai aussi été élevé dans les histoires d’espionnage entre les deux blocs ennemis, l’Ouest contre l’Est. J’avis envie de parler de cette période et d’écrire un roman islandais qui mettrait en scène de prétendus espions communistes dans ce pays. Je ne sais pas si de tels espions ont réellement existé, en revanche, un lieu a bien existé : ce lac de Kleifarvatn, près de la rive nord de Reykjavik, au fond duquel on a bien retrouvé en 1973 des appareils d’écoute et de transmission soviétiques. A partir de cette anecdote, j’ai imaginé la présence d’espions communistes en Islande. Pourquoi étaient-ils là ? Que faisaient-ils ? C’est comme ça qu’est née cette histoire.

Troisième constante : la famille qui joue un rôle central dans vos romans. C’est même le sujet principal de vos livres à mon avis.

La famille est l’institution la plus  importante de nos sociétés. Ce n’est pas une conception conservatrice, mais nous sommes tous le fruit d’une famille qui nous influence qu’on le veuille ou non. Ce qui m’intéresse, c’est d’explorer les liens à l’intérieur d’une même famille : les liens parents-enfants, maris-femmes, frères-sœurs… Surtout les liens de destruction. Dans les familles, les innocents sont toujours les enfants, ce sont eux qui font les frais d’une famille qui se disloque, et généralement ils n’y sont pour rien. Enfin, c’est aussi parce que l’Islande est un pays très peu peuplé, et la famille est peut-être plus qu’ailleurs le noyau social le plus important.

Parlons d’Erlendur, votre commissaire. Qui est-il ? Comment est-il né dans votre esprit ?
Son obsession est de résoudre des enquêtes. C’est un vrai spécialiste des disparitions, à cause de celle de son frère. Cette douleur  jamais éteinte contamine mes livres, et c’est peut-être encore plus fort dans L’homme du lac, car ce livre est avant tout un roman d’amour sur des gens qui n’ont pas réussi à vivre leurs histoires d’amour. Mais Erlendur est un personnage encore en formation, je n’ai pas mis un point final à son histoire. Un jour, j’ai compris que je tenais avec lui le premier personnage de policier islandais. A l’époque, il n’y avait pas de tradition d’un polar typiquement islandais dans la littérature nationale. Erlendur est né vierge, et je lui donne des éléments de la société dans laquelle je vis. Il est dépressif peut-être à cause du climat, et mélancolique à cause d’une nature impitoyable, et de mauvaise humeur à cause des changements dans la société islandaise. C’est un homme qui refuse de prendre des responsabilités dans l’existence, surtout dans la sienne. Erlendur en islandais veut dire étranger. Il est étranger, car non intégré dans son environnement, et c’est aussi un étranger dans la littérature islandaise.

Pourquoi vous êtes-vous tourné vers le polar ?

A mes débuts, je ne réfléchissais au genre de mes romans. Je voulais simplement écrire des romans captivants avec des personnages attachants, et un fil narratif qui raconte quelque chose du présent. Il est apparu que j’étais dans une tradition anglo-saxonne du roman noir. Ça me convient parfaitement, j’aime les mystères, la structure des romans noirs, la construction d’une tension, leur manière de parler de la société sans tomber dans le donneur de leçon.

Est-ce aussi un moyen de montrer l’envers du décor du miracle social et économique nordique ?
Je n’y réfléchis pas trop en fait. Quand j’écris, je n’ai pas envie de sauver le monde, tout simplement parce que je ne sais pas comment faire. Je veux simplement pointer du doigt les travers de notre société pour essayer de rendre nos vies meilleures. Le roman noir est un excellent outil pour cela, car on y est confronté avec toute une varité de sentiments humains.

Comment expliquez-vous le succès impressionnant du polar nordique ?
Je pense que ce succès tient surtout à ce que j’appelle le réalisme social. Pour les Européens, la Scandinavie a un petit côté exotique, mais en même temps, ce polar raconte des histoires de gens comme vous et moi, des gens de chair et de sang, auxquels les lecteurs peuvent s’identifier. On ne parle pas de complots mondiaux auxquels personne ne croit, comme Da Vinci Code et compagnie.

Ce sont aussi des romans à la violence peu spectaculaire.

Oui, c’est une violence plus psychologique, mais aussi plus réaliste. Dans mes romans comme dans la plupart des romans nordiques, il n’y pas d’explosions spectaculaires, comme dans les romans américains, tout simplement parce que personne n’y croirait. Par exemple, la police de Reykjavik n’est pas armée, donc Erlendur ne peut pas porter une arme et tirer à tout bout de champ, ce ne serait pas crédible.

Quelles sont vos influences ? En France, on compare souvent vos romans à ceux de Simenon, et Erlendur à Maigret…
Je ne connais pas bien Simenon, j’ai peu lu ses livres, j’ai vu davantage de films et de téléfilms sur Maigret, mais je suis très content d’être comparé à lui. Mes auteurs préférés sont les Suédois Maj Sjöwall et Per Wahlöö. Ils ont créé dans les années 1960 le personnage de l’inspecteur Beck*. Ils sont en quelque sorte les fondateurs de la Ligue des auteurs nordiques.

Vous êtes un auteur incontournable en Islande, et vos romans connaissent un grand succès en Europe. Comment le vivez-vous ?
Je suis très étonné du succès de mes livres en dehors de mon pays. Au départ, j’écris pour mes compatriotes, pour une population de 300 000 personnes. Pour un auteur d’un si petit pays, c’est très satisfaisant de pouvoir passer les frontières et être lu à l’étranger. L’accueil de mes romans en France est exceptionnel. Mais j’essaie que ce succès ne change pas mon écriture et l’auteur que je suis. Voyager et être lu à l’étranger, c’est très bien, mais ce qui me plait le plus, c’est de rester chez moi, tranquille à écrire.

* A ce sujet, Rivages s'apprête à rééditer les romans de l'inspecteur Beck (ndr).

Propos recueillis par Bastien Bonnefous

Portrait : Serge Pouzet 
  

 
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