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13/03/2007

Grangé, épisode 2

Suite de l'interview de Jean-Christophe Grangé, à l'occasion de la sortie de son roman Le Serment des limbes.

 

 

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Le Serment des limbes est votre sixième roman. En quoi avez-vous évolué depuis vos débuts à la fin des années 1990?

J’ai connu deux évolutions naturelles. D’abord, ce que j’ai déjà fait, je ne vais pas le refaire. Donc ça m’oblige à toujours trouver des idées inédites. Ce sont les mêmes étapes qui reviennent, comme l’exposition du premier thème et du deuxième thème dans une sonate, mais je cherche des variantes. L’autre évolution relève de mon expérience, de mon aisance plus grande vis-à-vis de l’écriture et du succès. Je me permets de nouvelles choses, des digressions plus larges sur le passé, la psychologie des personnages. Avant, j’avais tendance à les présenter à travers l’enquête, l’action et leurs réactions. Désormais, je n’ai plus peur de quitter l’intrigue pour entrer dans la tête des personnages. Mes héros ne sont plus que des blocs de violences.Dans Le Serment, je me suis aussi risqué sur le terrain amoureux, je vais essayer d’approfondir ces nouvelles galeries.

Mais vous ne mettez rien de vous dans vos romans et dans vos personnages ?

C’est une question de pudeur et de timidité. Je ne suis pas un type qui pourrait écrire sur sa vie et ses états d’âme. J’aime créer des personnages de fiction, qui ont toujours une part personnelle, on ne démarre jamais de zéro, mais qui ne sont pas moi. Le Serment est mon deuxième roman écrit à la première personne. La première fois, c’était dans Le vol des cigognes, mais ce livre était mon premier, et dans un premier roman, on dit souvent « je » parce que c’est une longue lettre qu’on écrit d’abord à soi-même. Pour les suivants, je m’étais fait un point d’honneur à écrire à la troisième personne, avec des personnages aussi éloignés de moi que possible.

Le Serment des limbes traite beaucoup du sentiment religieux. Etes-vous vous-même croyant ?

Oui, mais de façon dilettante. Je me suis posé les grandes questions, et j’ai assez naturellement trouvé les réponses par mon éducation catholique. J’ai un regard très large sur toutes les religions, mais ma conviction intime liée à l’enfance, est celle de la religion catholique. Mais je ne pratique pas. J’ai d’ailleurs été surpris, quand j’ai eu des enfants et que j’ai voulu leur donner une éducation catholique, avec baptême, catéchisme, etc…, de voir à quel point le milieu catho n’avait pas évolué. Quand on voit comme on s’ennuie à une messe, comment tout est triste, coupé du monde, il ne faut pas être étonné qu’il y ait une désaffection des gens. L’Eglise répand un message d’un autre temps. C’était l’idée aussi du livre, de montrer comment un homme catholique de son temps, flic de surcroît, répond aux problèmes de son monde.

Vous êtes un romancier de l’histoire. D’où vient ce goût ?

Il vient du cinéma, je crois. Au cinéma, 95% de la production raconte une histoire. Je suis d’une génération qui a presque plus vu de films que lu de livres. Le polar, tout en étant un genre de vraie qualité littéraire, offre cette excitation d’une histoire complexe. C’est un genre qui a échappé à l’évolution du roman français au 20e siècle, qui a peu à peu abandonné l’histoire, comme en musique, on a parallèlement abandonné la mélodie, devenue un truc ringard. Sauf qu’en musique, il s’est passé un truc incroyable : c’est le rock qui reprend tout le matériau tonal. Pour moi, le polar c’est du rock littéraire.

Pour vos romans, faites-vous des plans, et avez-vous des habitudes d’écriture ?

J’ai toujours une histoire très articulée. Quand je commence à écrire, je sais toujours comment va finir le livre. Comme au cinéma, j’ai un scénario et un plan de tournage qui suit plus ou moins la chronologie. Le travail de structure est rapide, comme une transe, mais l’écriture est très longue. Quelques semaines pour l’idée, deux ans pour la réalisation. Au quotidien, j’écris très tôt le matin, à 4 heures, puis je redors à 8h, puis je me relève et je récris pour le déjeuner, puis je me recouche. J’ai une bonne forme pour écrire au réveil, donc je multiplie les siestes pour être plusieurs fois d’attaque dans la journée.

Avez-vous des périodes de non-écriture ?

Jamais, j’écris tous les jours de l’année. Il n’y a pas d’entre deux romans, parce que pendant que j’écris un roman, les idées du suivant me viennent. A la fin ddu Serment, j’ai décroché pour préparer le synopsis du suivant, et j’ai enchaîné à la fin. Je pense tout le temps à un roman. Même quand je lis les collègues ou que je regarde un film, il faut toujours que j’analyse comment c’est construit. C’est certainement une forme de névrose, avec une angoisse de m’arrêter. Mais c’est pareil dans la vie, je ne prends jamais de douches, c’est une perte de temps ! Ma femme, elle, adore se faire masser et se détendre, prendre le temps, moi c’est inimaginable. J’ai commencé à écrire mes livres tout en travaillant, c’est pourquoi je me levais très tôt, pour écrire avant d’aller au travail. Ça m’a pris dix ans avant d’admettre que j’étais romancier et que c’est comme cela que je gagnais ma vie.

 

Interview : Bastien Bonnefous

Portrait : Vincent Baillais

 

A suivre, le troisième et dernier épisode. 

Commentaires

marrant cette histoire de sieste... je le rejoins complètement par contre sur le fait qu'écrire au réveil au petit matin quand tout le monde est encore endormi et qu'il fait nuit, est beaucoup plus simple.

Écrit par : melc | 16/03/2007

Il ne prends jamais de douche ? Pas le temps ? Ce ne serait pas plutôt les bains qu'il évite ?

Écrit par : Matteo | 18/03/2007

Bien vu Matteo! Bien sûr, Grangé ne prend pas de bain, trop long. Quel œil!

Écrit par : Bastien | 19/03/2007

Les commentaires sont fermés.

 
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