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12/03/2007

Attention, Grangé danger !

medium_couv_grangé.gif Je l'avoue, j'aime bien les romans de Jean-Christophe Grangé. Pas tous - Le Concile de pierre, par exemple m'avait déçu - mais je me laisse souvent prendre par ce sens de l'action très enfantin finalement. Grangé fait dans l'efficace, dans le professionnel du polar. Des héros très typés, un chapitre une action, des rebondissements en veux-tu en voilà, on embarque à chaque fois dans une gros bolide un peu tape à l'œil. Sûr, Grangé ne fait pas toujours dans la finesse, ni dans la nuance, mais il croit en ses histoires et en ses personnages. Il aime ça, on le sent, et moi avec. 

 

Son dernier best-seller, Le Serment des limbes, sorti ces jours-ci, n'échappe pas à la règle. Deux flics catholiques, une secte satanique, des victimes possédées, un tueur qui semble le Diable, et du sang, du sang, du sang. 700 pages à tombeaux ouverts, qui laissent un peu sonné une fois refermées. 

 

Jean-Christophe Grangé nous a reçu chez lui, à Paris, quelques jours avant la sortie du roman. Un homme simple, drôle et sympathique, qui boit beaucoup, beaucoup de thé. Interview feuilleton sur son dernier livre, ses précédents, ses débuts, ses goûts…

 

Aujourd'hui épisode 1.

 

 

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Comment vit-on pendant plusieurs mois avec ce type de roman ?

D’abord, sa taille est inhabituelle par rapport à mes autres livres, près de 700 pages. On vit un tel roman avec impatience, on sait qu’on a une somme de pages à écrire, on sait donc qu’il faut être raisonnable, écrire chaque partie sans penser aux autres ni à la fin. J’ai mis plus de deux ans et demi à l’écrire. Mais j’ai ressenti pendant l’écriture la même chose que pendant celle de mon premier livre Le vol des cigognes : malgré les difficultés, on se dit que l’histoire vaut le coup. Je sentais que j’avais une bonne histoire.
Il y a une autre différence sur ce roman. Dès le départ, j’avais mon histoire de A à Z, découpée, séquencée comme un synopsis de film. J’avais alors signé avec un producteur de cinéma, pour une adaptation. On est toujours en pourparler avec Hollywood, mais une adaptation a été écrite par un scénariste américain d’après mon synopsis pendant que moi, j’écrivais mon livre de mon côté. C’est une démarche assez inédite.

D’où vient cette histoire justement?

Comme souvent pour mes romans, je me suis inspiré de mes reportages quand j’étais grand reporter. J’avais été très frappé par un reportage pour Paris Match et Life, sur les survivants, avec entre autres une miraculée de Lourdes, et une fillette noyée pendant plus d’une heure aux Etats-Unis et revenue à la vie. J’ai déroulé cette ligne, m’intéressant à ce qui peut se passer pendant qu’on est mort. C’est comme cela que j’ai eu l’intuition des « expériences de mort imminente » négatives. Certains survivants disent avoir vu une lumière blanche qui symboliserait Dieu, pourquoi d’autres ne verraient-ils pas une lumière noire ou rouge, comme le Diable ? Une porte sur l’Enfer en quelque sorte. Au départ, c’était une intuition de ma part qui s’est confirmée au cours de mes recherches. Il y a eu des cas de expériences de mort imminentes qualifiées de « maléfiques », mais sans être sataniques comme dans mon livre. Pareil, au Vatican, il existe bien un Enfer dans la bibliothèque, avec des livres censurés, souvent à caractère pornographique, mais il existe aussi une autre pièce avec uniquement des ouvrages consacrés au diable. Mon ex femme, également reporter, avait réalisé un reportage sur la bibliothèque du Vatican, je m’en suis inspiré et j’y suis retourné pour les besoins du livre. Le Vatican a bien voulu me recevoir. En revanche, j’ai inventé la secte satanique des Asservis, pendants naturels diaboliques des croyants chrétiens parfois obsédés par les reliques divines. J’aime toujours ajouter des couches à la réalité.

Mais le livre reste un polar, pas un roman fantastique ou ésortérique…

J’ai voulu éviter l’écueil du polar religieux dont le héros serait un curé, dont la moitié se passerait au Vatican, avec des complots… C’est du déjà lu et du déjà vu. Je voulais au contraire une histoire de flics de terrain confrontés à un problème métaphysique. Une vraie enquête où l’assassin a l’air d’être le diable.

Ce roman fait donc partie de votre projet de « Trinité du Mal » ?

J’ai toujours cette idée très vague, sans titre, ni personnages récurrents pour l’instant, d’écrire trois livres sur les sources du Mal. Le premier, La Ligne noire, traitait des sources de la psychose meurtrière, où l’on pénétrait le cerveau d’un tueur en série. Le deuxième, ce Serment des limbes, est une remontée vers le Mal métaphysique, celui du diable. Et le troisième, qui ne sera pas mon prochain livre – entre temps, j’ai eu une autre idée que je veux écrire vite, en une année – sera une remontée vers le Mal préhistorique, originel. Une enquête criminelle plongée dans le monde contemporain, mais qui remontera à un traumatisme originel. Mon but, c’est d’expliquer pourquoi l’espèce humaine est la seule espèce cruelle envers elle-même, la seule qui prenne du plaisir au mal. Peut-être qu’au troisième roman, j’aurai trouvé un titre pour l’ensemble. Le réalisateur Dario Argento avait eu lui aussi un projet de trilogie sur les sorcières dans les années 70, avec les deux films Suspiria et Inferno. Mais à plus de 70 ans, il n’a toujours pas réalisé le troisième, mais il paraît qu’il y travaille. Je vais essayer moi de finir le boulot avant 70 ans.

Avez-vous une fascination pour le Mal ?


C’est le malentendu classique avec le public : les gens pensent que si vous écrivez sur la mort et la violence, c’est parce que finalement vous aimez ça. Mais c’est exactement le contraire. On écrit toujours sur ce qui vous choque et que vous ne comprenez pas. Moi, depuis mon enfance, c’est la violence, le mal, le sadisme humain, avec au final bien souvent la mort. Enfant, j’étais très trouillard, un gamin sujet aux cauchemars, bercé dans la peur, et petit à petit j’en ai fait un objet de fascination. D’abord par les histoires de monstres, puis par les films d’horreur à l’adolescence. J’avais envie d’aller au bout du tunnel noir et d’ouvrir la porte. Cette passion, finalement, ne m’a jamais lâché. Je suis toujours les tendances du cinéma d’horreur, et plus largement l’univers de la peur dans l’art. Et plus tard, quand j’ai découvert les polars, outre le talent et le sens du rythme propre au genre, j’ai retrouvé la même jouissance que plus jeune devant les films d’horreur. Surtout dans le polar américain très violent des années 1980, un polar souvent à base de tueurs en série, est très proche du cinéma d’horreur. James Ellroy ou Thomas Harris ont créé des tueurs maléfiques de films d’horreur. De mon côté, tous mes livres racontent des histoires de tueurs en série, avec quelques variantes à chaque fois, mais je garde ce goût du genre dans le genre. Un tueur tue plusieurs fois, d’une manière particulière. Quel est son mobile, quels sont sa psychologie, son savoir-faire ? Une série de meurtres avec une signification cachée.

 

Interview : Bastien Bonnefous

Portrait : Vincent Baillais 

 

A suivre, l'épisode 2.
 

Commentaires

Bonjour!

J'ai découvert ce matin dans 20 minutes l'interview de Grangé, et j'ai foncé acheter le bouquin pour ocupper mon voyage en train qui démarrait 20 minutes plus tard. Etant en vacances ces dernieres semaines, je n'avais pas eu l'info de sa parution...je l'attendais depuis longtemps, j'adore cet auteur. J'ai lu tous ses livres, et je suis assez d'accord pour dire que le Concile de Pierre n'est pas le plus réussi...cela dit les autres corrigent bien le tir et sont de vrais chefs d'oeuvres, notamment le Vol des Cigognes et la Ligne Noire, dont j'ai eu beaucoup de mal à me détacher...

Je suis une fan des polars en général, je mets donc ce blog directement dans mes favoris et j'y reviendrai sans doute très, très régulièrement.

Vivement la suite de l'interview...

A bientot!

Écrit par : Julie | 12/03/2007

Quelle chance d'avoir itwé Grangé !!! Je sais qu'il n'apprécie pas trop cet exercice et se livre rarement.

Je l'attendais comme le messie ce nouveau roman. J'adore Grangé. Avec une petite préférence pour 'le vol des cygognes'.

Je l'ai acheté. Mais je dois me retenir de commencer à la lire. J'ai du travail. Des échéances lundi. gggrrr. Alors il trône sur une étagère. je le regarde et je me retiens d'y toucher. Quand je commence un livre de Grangé, il faut que je le finisse. C'est obligé. Quitte à y passer ma journée et ma nuit.

Bref, vraiment de la chance de l'avoir itwé...

Écrit par : melc | 16/03/2007

cigogne et pas cygogne....

Écrit par : melc | 16/03/2007

On le croyait perdu pour le noir, rendu gaga par un bonheur bien mérité. Ben non, le Bonnefous est de retour. Et quel retour ! Avec une interview fleuve (mais pas tranquille) de Grangé. Je ne partage pas ton avis sur Le Concile de pierre mais comme toi, j'aime l'efficacité de cet auteur. J'ai acheté son dernier opus. Je vais le laisser reposer un peu, comme un bon vin, pour que l'attente fasse son effet et décuple le plaisir.

Écrit par : Matteo | 18/03/2007

j'adore grange, ses bouquins sont geniaux mémé s'il parrait un peu dérangé par ce qu'il écrit ^^
Le vol des cigognes est mon préféré et le concile de pierre celui que je ne relirais pas !!!
je suis en train de lire le serment des lymbes, commené hier et finit ce soir, je n'ai pas réussis a m'en détacher ! Tanpis pour moi j'essairais de me retenir la prochaine !

Écrit par : david | 04/01/2009

je sais maintenant quel sera mon prochain choix de lecture

Écrit par : Party Poker | 29/07/2010

j ai fait un twitt avec votre articles, vous pouvez le voir sur mon profil twitter perso

Écrit par : sejour thalsso | 15/06/2011

Les commentaires sont fermés.

 
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