Avertir le modérateur

27/12/2006

Opinions

 

Lu ce Noël dans Prisonnier au berceau de Christian Bobin (qui n'a rien d'un polar, chez Mercure de France) :

 
 
"Les gens croient montrer leur profondeur quand ils brassent des opinions. Mais les opinions sont des branches mortes flottant sur l'eau croupie de l'époque."

07/12/2006

Fructueux de Garnier

medium_couv_garnier.gif Je n'arrive pas à comprendre que Pascal Garnier n'ait pas davantage de succès. Auteur discret, pudique, il vit peinard dans un petit village ardéchois où il peint, écrit des livres pour la jeunesse, et aussi quelques romans noirs. Une dizaine depuis presque dix ans, dont le dernier, Comment va la douleur?, sorti à la rentrée et qui n'a pas eu la couverture médiatique qu'il mérite.

 

Garnier a un ton à lui, un imaginaire, un humour, et surtout un talent à lui. Celui de toucher juste dès les premiers mots, en racontant des histoires ordinaires qui arrivent à des personnages ordinaires. Pourtant, le livre refermé, on en garde un souvenir extraordinaire.

 

Dans Comment va la douleur? - titre mélancolique inspiré d'une expression africaine pour demander de ses nouvelles à quelqu'un - il nous conte la rencontre de Simon, vieux tueur à gages perclus de solitude, et de Bernard, jeune doux idiot vivant dans une station balnéaire des Alpes.  Simon porte sur la vie un regard cynique et ne voit en les autres que des "nuisibles" à éradiquer. Bernard, lui, est un homme "soluble" en société, posant ses yeux naïfs et tendres sur chacun. Pour son dernier contrat, Simon va engager Bernard comme chauffeur. Une manière de le conduire en enfer.

 

Romancier d'atmosphère, sans jugement ni morale, Pascal Garnier suit ses personnages comme des voisins encombrants pour lesquels on finit par avoir quelque tendresse. Tout sonne juste entre ses lignes : les passants dans les rues, les toiles cirées, les plis des costumes, les couches-culottes des enfants, les éclats de rire des adultes comme leur fatalisme à l'heure de la mort. Un peu comme si Simenon s'était pacsé avec Fred Vargas. Un vrai gage de succès qui explosera un jour, c'est certain.

 

Comment va la douleur?, Pascal Garnier, Zulma.

   

 

 

01/12/2006

Un bel os à ronger

medium_couv_harvey.gif Bon, alors, on sort de sous sa couette, on met un pantalon, un petit pull, ses baskets, une écharpe parce qu'il fait frisquet, et on va dans sa librairie la plus proche acheter De cendre et d'os, le dernier polar de John Harvey. 

 

Plus qu'un roman noir, c'est un roman blême, d'une justesse et d'une simplicité absolue, comme les grandes œuvres évidentes, de Simenon à Thompson.

 

Pour beaucoup, John Harvey, c'est le créateur de la série des Charlie Resnick, son flic de Birmingham. Un ensemble de romans tellement bons que l'Anglais Harvey est devenu pour Birminghman ce qu'Ellroy est à Los Angeles ou Pelecanos à Washington : une référence. Il y a quelques années, Harvey a laissé tomber Resnick, pour un autre policier, Frank Elder, héros de ses deux derniers livres, De chair et de sang et De cendre et d'os. Aux dernières infos, Elder rempilerait pour une troisième et dernière enquête, et après basta.

 

Inspecteur principal, Frank Elder ne va pas bien. Dans De chair et de sang, sa fille était passée tout près du jugement dernier, par sa faute, estime-t-il. Fatigué et dépressif, il a quitté la police pour une retraite grise dans les Cornouailles. Sa fille n'arrive pas à se remettre, et ne veut plus voir son père. 

 

Parallèlement, le sergent Maddy Birch, de la police de Londres, est retrouvée assassinée près d'une voie de chemin de fer. Quelques semaines avant sa mort, elle avait participé à une arrestation violente au cours de laquelle un de ses collègues a été tué. 

 

Elder a bien connu Maddy Birch seize ans plus tôt. Au nom de ce souvenir amoureux, il accepte de donner un coup de main à l'enquête sur son assassinat, menée par une jeune policière noire, symbole et victime de la nouvelle discrimination positive anglo-saxonne. 

 

En styliste élégant, John Harvey ne se regarde jamais écrire, mais n’en oublie pas pour autant son intrigue policière. Tout sonne juste chez ce romancier de l'intime. Chaque personnage transpire des pages, y compris les seconds rôles. L'histoire avance, l'air de rien, sans faux suspense ni coup de théâtre artificiel. Mais, plus fort encore, derrière l'intrigue, Harvey parvient à dresser le portrait de l'Angleterre blairiste, stressée et sans rêve. Magistralement construit, De cendre et d’os parvient à mêler psychologie humaine et analyse sociale. Une perfection. 

 

De cendre et d'os, John Harvey, Rivages Thriller. Traduit de l'anglais par Jean-Paul Gratias. 

 
Toute l'info avec 20minutes.fr, l'actualité en temps réel Toute l'info avec 20minutes.fr : l'actualité en temps réel | tout le sport : analyses, résultats et matchs en direct
high-tech | arts & stars : toute l'actu people | l'actu en images | La une des lecteurs : votre blog fait l'actu