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16/06/2006

Elmore Leonard vous parle !

Donald Westlake a dit de lui : « Il est l’écrivain qui a fait le plus de mal aux jeunes écrivains américains de polars, parce que quand ils le lisent, ils se disent c’est facile d’écrire des polars, alors que chez Leonard c’est un art ». Elmore Leonard, 81 ans, légende du roman noir américain, était l'invité d'honneur le week-end dernier en France, du Festival de polar de Frontignan. Pendant trois jours, l'auteur de Punch Creole (devenu Jackie Brown selon Tarantino), de Get Shorty (adapté par Barry Sonnenfeld avec Travolta), de Loin des yeux (Hors d'atteinte selon Steven Soderbergh avec George Clooney et Jennifer Lopez), est venu présenter son dernier roman paru chez Rivages, Mr Paradise, et a répondu aux interviews, dont celle de Polar blog. En selle.


Mr Paradise signe votre retour à Detroit, la ville de votre enfance et de vos premiers polars…
Il était temps pour moi que je revienne à Detroit dans un roman. Je ne l’avais plus fait depuis la fin des années 1970. Mais tout a changé sur place, il a fallu que je reprenne tout à zéro. La police avait changé, les policiers aussi avec de nouvelles recrues, de nouveaux chefs. Greg Sutter, mon « researcher », est allé sur place pour rencontrer la section Homicides de Detroit. Il a suivi des scènes de crime, des examens médicaux… mais je ne me suis pas servi de tout.

Comment se passe votre collaboration avec Greg Sutter ?
Greg travaille avec moi depuis Be cool. Il vivait dans le Michigan et il est venu chez moi à Los Angeles pour me proposer ses services. Il fait des recherches pour moi, sur des choses que je lui demande, des marques de battes de base-ball, des lieux, des personnes… Mais il me propose aussi beaucoup d’idées, il est en avance sur moi, il sait à la longue ce qui va m’intéresser. Par exemple, je lui avais demandé une fois de faire des recherches sur le monde de la boxe. Il est revenu avec tout un tas d’histoires, notamment sur les soigneurs qui s’occupent des boxeurs pendant les pauses. Dans le milieu, on dit souvent qu’un boxeur qui a fait une mauvaise carrière, le doit à son soigneur qui n’était pas bon. C’est le genre de petites histoires qui me plaisent, qui peuvent me donner envie d’écrire un livre.

Mr Paradise, comme tous vos livres, laisse une grande part aux dialogues…

J’adore les dialogues, c’est pour moi le meilleur moyen de décrire les personnages. Par leur façon de parler, on comprend leur personnalité, leur caractère, leurs origines sociales… Dans mes romans, le langage n’est pas le mien mais celui des personnages. Les personnages sont plus important que l’histoire. Mes romans font entre 300 et 350 pages. Dans les cent premières, je présente les personnages, ils se croisent. C’est comme s’ils passaient une audition pour savoir lesquels je vais retenir pour la suite du livre. Dans les cent pages suivantes, je développe l’intrigue. Dans les cent dernières, je cherche une fin qui me plaise, mais je ne la connais jamais avant de commencer un roman.

Est-ce cet art du dialogue qui vous a ouvert les portes d’Hollywood, avec pratiquement la moitié de vos romans, westerns ou polars, adaptés à l’écran ?
Oui, Hollywood aime bien mes romans à cause des dialogues. J’ai une écriture cinématographique, je vois les scènes, les personnages, les répliques, les séquences… En 1953, j’ai écrit 3h10 à Yuma, un western payé 2 cents le mot. Il faisait 4500 mots, j’ai touché 90 $. Puis il a été adapté au cinéma avec Glenn Ford et j’ai vendu les droits contre 2000 $. Aujourd’hui, des producteurs veulent faire un remake avec Tom Cruise, mais je ne vais rien toucher.

Pourquoi avoir commencé par écrire des westerns ?
Tout simplement parce que dans les années 1950, c’est ce qui marchait le mieux et qui était le plus adapté par Hollywood. Puis le cinéma s’est lassé des westerns, et le policier est devenu à la mode. Alors j’ai écrit des policiers et j’y suis toujours.

Comment écrivez-vous ?
Je n’écris ni à l’ordinateur ni à la machine. J’écris au stylo. Depuis plusieurs années, j’aime bien un type de stylo Pilot à encre bleue. J’avais contacté le fabricant et on avait calculé qu’il me fallait sept stylos pour écrire un livre. Il m’avait alors envoyé sept stylos, pas un de plus… Maintenant, ça va, il m’envoit des boîtes. Sinon, j’écris tous les jours, de 10 à 18 heures. Je prends un bon petit déjeuner et je saute le déjeuner. Généralement, la journée passe vite. Je regarde l’horloge et il est 15 heures. Alors je me dis c’est cool, il me reste trois heures de travail, c’est mon job ça…

A 81 ans, qu’est-ce qui vous pousse encore à écrire ?

J’ai commencé à écrire à l’âge de 10 ans. Quand je bossais dans la pub, dans les années 1950, j’écrivais entre 5 h et 7h, avant d’aller travailler, et dans la journée, je continuais parfois, en cachant mes histoires dans les tiroirs. Je n’ai jamais imaginé faire autre chose qu’écrire. Aujourd’hui, je fais ce que j’ai toujours voulu faire et je gagne bien ma vie avec… Je ne connais rien de plus épanouissant. En 1985, un de mes romans est entré pour la première fois dans la liste du New York Times, et ça a vraiment démarré, alors que ça faisait trente ans que j’écrivais.

D’où vient votre surnom Dutch ?
A l’école, quand on s’appelle Elmore Leonard, il faut vite trouver un surnom. Dans les années 1940, il y avait un joueur de base-ball qui s’appelait Elmore « Dutch » Leonard. Alors on m’a surnommé Dutch. Il était célèbre pour lancer des balles rapides, mais en vieillissant, ces balles sont devenues des « balles de merde ». J’espère que ça n’est pas le cas pour moi et mes romans.

Vous avez établi une liste de choses à éviter quand on écrit un polar. Quelle est-elle ?

Il ne faut jamais commencer un roman policier par le temps qu’il fait, ou par un prologue, c’est inutile. Il ne faut jamais utiliser le mot soudain, ni des verbes qui indiquent un dialogue comme demander, répondre… Il faut oublier d’écrire ce que le lecteur va sauter de toute façon, et pas plus de trois points d’exclamation par livre. Si vous respectez ces règles, vous pouvez écrire un bon polar.

Bastien Bonnefous
Photo : Christophe Renner

14:20 Publié dans Interview | Lien permanent | Commentaires (5)

Commentaires

bonjour,

Je voudrais que certains journalistes parlent des abus des groupes FRANCE TELECOM ORANGE et BOUIG.

En effet, ils détiennent le monopole de la téléphonie, et ne sont pourtant pas les meilleurs.

Il se trouve qu'ORANGE pour une résiliation d'office de leur part, me facture la modique somme de 990 euros. Alors que je gagne par mois 1142 euros net.

c'est du vol manifeste

please j'attends des journalistes qu'ils nous défendent d'urgence.

telephone trop cher

beaucoup de profits pour une poignée de personnes...

Je vous attends...

Écrit par : monica | 02/07/2006

Monica, je comprends votre courroux téléphonique, mais quel rapport avec un blog sur le polar?

Écrit par : Bastien Bonnefous | 02/07/2006

connaissez-vous un blog de journalistes ???

Écrit par : monica | 02/07/2006

Bonjour
J'aime beaucoup lire, je varie les genre : histoire, fantastique, bd, théâtre...Quant aux polars, j'apprécie edgard poe. Je crois qu'il a été le premier auteur à écrire des histoires policières avec une méthode et un raisonnement particuliers fondés sur une précision et une observation minutieuses.
Je trouve vraiment dommage que les romans policiers actuels se ressemblent tous : pas d'originalité au niveau de l'intrigue, déroulement prévisible, amour presque systématique entre deux protagonistes...etc. D'une manière plus générale, je trouve dommage que les livres n'aient plus cette valeur de culture. Et vous, appréciez-vous les "romans de gare"?
Bonne journée à vous.

Écrit par : manstrop | 03/07/2006

C'est bien de l'avoir pr

Écrit par : black hattitude | 26/10/2009

Les commentaires sont fermés.

 
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