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14/06/2006

Frontignan dans la gueule

Le FIRN, c’est le Festival International du Roman noir de Frontignan. Un festival qui s’est tenu ce week-end pour sa 9e édition, pas loin de Montpellier, à deux pas de Sète. En plein cœur des vignes de muscat. D’emblée, un bon point. C’était mon premier Frontignan. Le festival avait une réputation de convivialité, de picole et de vrai goût du noir. Réputation fondée, je confirme.

Frontignan, c’était cette année Elmore Leonard, une légende du noir américain. L’auteur de Get shorty, de Punch Creole, de Hombre… Un type adapté à Hollywood par Tarantino, Soderbergh et Sonnenfeld. La cool attitude absolue à 81 ans. Pieds nus dans ses baskets blanches, le jean’s élimé, le pull lâche et le poil gris. Plus d’alcool mais des cigarettes fines, Virginia Slims. Pendant trois jours, il a signé ses livres, répondu aux interviews (bientôt en ligne celle de Polar blog), et livré ses secrets d’écriture. « Ne jamais commencer un roman par le temps qu’il fait ou par un prologue, c’est inutile, ne jamais utiliser le mot soudain ou des verbes qui indiquent un dialogue, oublier d’écrire ce que le lecteur va de toute façon sauter, et pas plus de trois points d’exclamations par livre. » Pas plus compliqué que ça, à le croire. La classe.

Mais Frontignan, c’est aussi un thème. Cette année, « la société du spectacle ». Du coup, en tables rondes, on a discuté justice, médias, sport, bizness, argent, corruption, réalité, mensonge, pas tellement Debord… On a vu le journaliste Edwy Plenel et le juge Eric Halphen se prendre le bec sur fond d’affaire Clearstream, et Jean-Bernard Pouy, le bougon merveilleux, tirer à vue sur le foot. « L’expression même de l’Humanité passe dans le rapport entre la tête et la main. Or, le foot interdit d’utiliser la main, il nie l’humanité. D’ailleurs, le seul joueur autorisé à mettre les mains, c’est le goal, mais comme par hasard, il est dans une cage, comme une bête. » Imparable.

Mais Frontignan, c’est surtout la fête. Son bar de la plage, le Muscat à volonté qui fait mal à la tête, la fanfare qui ne sait pas que boire ou jouer, il faut choisir. Les nuits de trois heures qui se terminent à quatre et sans tire-bouchon à l’hôtel, les rencontres improbables avec Philippe, officiellement chauffeur de Leonard sur le week-end, mais en réalité producteur et manager de musique, qui a bossé entre autres avec Manu Chao, les Wailers, Ali Farka-Touré et plein de groupes que mon inculture crasse de mélomane m'empêchait de connaître, et qui a pour quasi voisins, Robert Crumb et le dessinateur de Superman. Un mec bien, Philippe.

Frontignan, c’est le noir, avec la Série noire, Rivages, Le Masque, Métailié, Le Rocher, Viviane Hamy… C’est la bédé, c’est la revue avec l’excellent Shangaï Express (abonnez-vous ! ils en ont besoin). Et Frontignan, c’est Cesare Battisti, citoyen d’honneur de la ville, et qui, selon le maire Pierre Bouldoire, s’est « remis au sport, au 110 mètres haies, en espérant une amnistie présidentielle ».

Bastien Bonnefous

Commentaires

Bon plan ce blog sur les polars : le journaliste de 20 Minutes Paris s'en va à Lyon pis à Frontignan interviouver ses idoles et lever le coude avec le trombone de la fanfare municipale. Au moins, le Bonnefous ne voit pas que la vie... en noir (!!!)
PS1 : j'ai casé mes trois points d'exclamations
PS2 : un gros mot en titre, tu ne vas pas pouvoir imprimer ton article pour ta mamie

Écrit par : Matteo | 16/06/2006

Les commentaires sont fermés.

 
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