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12/05/2006

Vargas, la belle au bois saignant

Il y a des cerfs égorgés et aux cœurs arrachés. Une ombre tueuse qui plane, laissant des marques bleues de cirage. Un reliquaire qui s'éternise. Des os là où on ne le soupçonne même pas. De la terre sous les ongles de deux cadavres qui n'ont rien de stupéfiants. Un chat qui va se transformer en chien policier. Des Normands au comptoir qui affirment à l'interrogatif. Danglard l'alcoolique savant, Violette l'armoire-flic maîtresse de son énergie. Et un nouveau, Veyrenc, inspecteur aux cheveux de feu, mi roux mi bruns, mi chèvre mi choux, qui vient de la vallée voisine d'Adamsberg, et parle en vers de Racine. Et bien sûr, Adamsberg, toujours aussi "pelleteux de nuages", qui endort son fils plus au doigt qu'à l'œil, et déjoue les crimes à l'intuition.
Prenez chacun, remuez le tout, et vous avez le dernier roman de Fred Vargas, la reine française du "rompol", roman policier. Dans les bois éternels ressemble bien à un Vargas, c'est foutraque, diablement inventif, drôle, unique. Moins maîtrisé que les deux précédents (le génial Pars vite et reviens tard et l'excellent Sous les vents de Neptune), ce dixième roman part dans tous les sens, casse les rythmes, et empile les niveaux d'intrigue comme des strates archéologiques. Normal, vu que Vargas, dans le civil, est chercheuse spécialiste des ossements d'animaux à l'époque médiévale (et tire son pseudo du personnage d'Ava Gardner dans La comtesse aux pieds nus de Mankiewicz). Les fidèles devraient adorer (d'ailleurs, le livre est déjà en tête des ventes), les autres vont découvrir. Sûr de sûr.

Dans les bois éternels, Fred Vargas, Viviane Hamy.

Bastien Bonnefous


GARE, FRED VARGAS VOUS PARLE !

Votre commissaire fétiche, Jean-Baptiste Adamsberg, démarre toujours ses enquêtes sur un détail. Et vous, d’où est parti votre dernier roman?
J’ai collé deux cadavres dès le départ, mais très vite, je m’en suis éloignée, je ne maîtrise pas ces deux morts, je n’arrive pas à intéresser avec eux. Le détail qui m’a fait démarrer, c’est cette histoire d’ombre qui tue. Au départ, il y a à chaque fois l’envie d’écrire et de se dire la phrase enfantine « Et si on se racontait une bonne histoire ? ». Je fais toujours comme ça. Je n’ai pas de super histoire construite sur plan, j’avance à tâtons avec des petits détails que j’ai envie de placer dans le livre. Dans le dernier, ce sont l’ombre, les ossements, une histoire de reliquaire… ça faisait longtemps que j’avais envie de parler de ces petites choses là. Je voulais aussi coller des Normands, un nouveau personnage, Veyrenc, qui au départ devait s’entendre avec Adamsberg, mais ça a raté. Je fonctionne toujours par accidents. Imagine, tu pars d’une plage sur un petit bateau, tu sais où tu dois aller globalement, mais très vite, tu te paumes, et tu dérives, et tu découvres d’autres routes.

Ecrivez-vous des histoires réalistes ?
Pas du tout. Si tu écris une histoire qui peut arriver dans la réalité, elle n’intéresse personne car les meurtres sont souvent totalement communs. Mais pour que la fiction fonctionne, il faut aussi qu’elle soit crédible, c’est toute la nuance à trouver. L’art, la littérature, la peinture ont pour fonction d’injecter dans la réalité, une réalité parallèle inventée. C’est pour cela que les «rompols» marchent aussi bien. Ils ne sont pas seulement une distraction, il purge les angoisses, et s’attaquent aux dangers de la vie qu’ils résolvent. Symboliquement, c’est très fort pour le lecteur. Dans un rompol, on est proche de la réalité, mais il y a toujours une solution au problème, ce qui n’est pas le cas dans la réalité.

Dans tous vos livres, la campagne tient une place importante. Pourquoi?
C’est vrai, j’aime avoir dans mes livres, une voix rurale comme un chœur antique qui dirait la vérité rustique, lourde, juste. J’ai été élevée par une dame paysanne qui avait cette vérité. J’ai donc un attachement affectif aux sonorités rurales, à la langue de la campagne, à cet état d’esprit. Je vis à Paris, je suis parisienne, je ne pourrais jamais me passer de Paris, mais parfois j’ai besoin de me barrer, de retrouver la terre, les bottes, la boue, la ficelle pour tenir le pantalon. Il me faut les deux : Paris et la campagne.

Il y a aussi beaucoup de dialogues, surtout dans le dernier…
Pourquoi, ça vous plaît pas? Moi j’adore ça. C’est le plus dur à écrire, les dialogues qui sonnent vrai. Ecrire de faux vers de Racine, c’est pas si compliqué à côté. Surtout, les dialogues, plus ils sont inutiles, plus je les aime. J’écris très vite, comme en transe. Je jette tout en trois semaines comme une folle. Après je reprends tout, je change le son, pas le sens, j’enlève, j’élague, je remplace… J’ai une musique dans la tête, et je m’en approche au plus près possible. Mais ça m’échappe, alors je me raconte une histoire, rien qu’à moi.

Comment évolue votre ami Adamsberg ?
Il commençait à m’énerver, c’est pourquoi je l’ai mis en danger dans Sous les vents de Neptune, pour lui montrer qu’il avait besoin des autres. Dans Dans les bois éternels, il est encore fragilisé, on sent qu’il fait plus gaffe aux autres, non ?

Le succès a changé votre rapport à l’écriture ?
Non, le succès me changerait ou me ferait du mal si j’y croyais. Mais ça reste complètement en dehors de moi, ça ne change rien, ça ne rentre pas dans ma tête. A chaque roman, j’ai peur de ne pas trouver une bonne histoire, et avoir deux lecteurs ou un million autour du feu à vous écouter, ça ne change pas l’envie de raconter une bonne histoire. Tout ça est un grand jeu. Définitivement, je me suis résolue à ne pas être adulte.

Donc la postérité, j’imagine que ça vous passe au dessus ?
Je ne me pose même pas la question. J’ai commencé à écrire pour m’amuser à côté de mon métier d’origine, archéologue, qui est assez austère en réalité. Ça peut choquer mes lecteurs, mais je ne trouve pas mes livres bons, et c’est pour ça que je continue d’écrire, en me disant le prochain sera meilleur. Bien sûr, tout ça c’est du sérieux, y’a des lecteurs, de l’argent, du travail derrière tout ça, mais l’idée que je me fais de moi n’est pas sérieuse.

Recueillis par Bastien Bonnefous
Photo : Stéphane Viard (Lieu-Dit)

Commentaires

Bravo pour votre blog, j'y ai trouvé de bonnes critiques ... et je trouve un petit coin près de ma préférée (Fred Vargas) pour vous laisser ce petit mot. Merci de m'avoir donné ce petit plaisir de la lire, je ne m'en lasse pas.
Je viendrai souvent faire un petit tour chez vous.

Écrit par : nelly | 13/07/2006

Hellow!
Intresting....

Écrit par : hurricane protection product | 17/06/2007

salut!Vous avez inventé un article tres philosophique. J'espère beaucoup que vous continuez à écrire de cette facon, j'attendrai de nouveaux notes.

Écrit par : Ashton - Audio Converter | 27/11/2008

J'ai pour la première fois à votre blog et j'ai vraiment aimé. Maintenant, je vais aller ici plus souvent! Mais j'ai bien aimé cet article et je vais continuer à attendre!

Écrit par : grass clean product | 12/12/2008

Mreci, a une prochaine fois en commentaire

Écrit par : cours d'anglais | 02/11/2009

Merci pour votre aide, j'espère vous lire à nouveau très bientôt. Auriez-vous des forums ou blogs à me recommander ?

Écrit par : cote | 06/04/2010

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Écrit par : Barato Louboutin Zapatos | 12/10/2011

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Écrit par : metaux precieux | 25/11/2011

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