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02/05/2006

Carlotto décroche le gros lot


Tutto va bene per giallo. Le noir italien se porte très bien. Après le splendide Romanzo criminale de Giancarlo De Cataldo (à lire sur Polar blog), nouvel exemple de la bonne santé transalpine avec Massimo Carlotto, romancier du réel forcément tragique.
Après une première série de romans dit « de l’Alligator » – du nom du personnage principal - décryptant la Mafia et ses pratiques, il débarque en 2006 avec deux romans qui prennent à la gorge la société italienne, Rien, plus rien au monde et L’immense obscurité de la mort, tous deux parus aux excellentes éditions Métailié.
Situation dans les banlieues (le problème n’est pas que français), précarité galopante, faillite de l’Etat providence, mort de la famille et de la culture, Rien, plus rien au monde, monologue d’une mère infanticide, parle plus que de longs traités sociologiques. Dans L’immense…, Carlotto s’attaque aux systèmes judiciaire et pénitentiaire italien, deux mondes qu’il connaît de très près.

Rien, plus rien au monde; L'immense obscurité de la mort, Massimo Carlotto, Métailié. Traduits de l'italien par Laurent Lombard.


Interview de l'auteur à Lyon lors du festival Quais du polar début avril.

Votre histoire personnelle est à elle seule, un sacré polar…
En 1976, j'ai été le témoin indirect d'un assassinat et j'ai été accusé du meurtre et condamné à 18 ans de prison. J’avais 19 ans. J’ai fait 7 ans de prison et 6 ans de cavale. En 1993, j'ai finalement obtenu la grâce présidentielle. Je suis le citoyen italien le plus jugé de toute l'histoire du pays avec onze procès, mon cas est étudié dans les universités de droit.
Mais votre histoire vous a poussé à écrire…
Mon premier roman, En fuite, est autobiographique et raconte ma cavale. Ensuite, j'ai continué à écrire, et comme je voulais parler de l'Italie actuelle, j'ai utilisé le polar. C'est le dernier genre littéraire à plonger dans le réel. En Italie, le journalisme d'investigation n'existe plus, et le roman policier a pris sa place.
Vous vous inspirez souvent de faits divers pour vos livres.
C'est exact. Rien, plus rien au monde est tiré d'une histoire qui s'est passée à Turin il y a quelques années, où une mère a tué sa fille parce qu'elle refusait de passer à la télé. Cette histoire décrit la nouvelle pauvreté italienne. Aujourd'hui, les familles prolétaires vivent dans une précarité immense, sans garantie de retraite, de santé, d'éducation… L'Etat social italien n'existe plus et la télévision est devenue le seul moyen pour ces gens de croire en l'avenir et de rêver.
L'immense obscurité de la mort évoque lui la prison et la justice italiennes…
Dans le droit italien, pour qu'un détenu soit libéré avant la fin de sa peine, il faut que sa victime lui accorde son pardon. Un principe très critiquable à mon avis. Dans mon livre, un voyou qui a tué une femme et son enfant, attend le pardon du mari pour être libéré alors qu'il a un cancer. J'ai rencontré beaucoup de victimes ou leurs proches pour décrire leurs rêves de vengeance. J’ai aussi voulu montrer qu’en Italie, la prison ne sert pas à réinsérer le condamné, mais à le casser. Il doit payer, coûte que coûte.
Diriez-vous que vous êtes un écrivain engagé ?
Mon écriture est une écriture d’opposition, mais je suis avant tout un romancier, pas un écrivain engagé ou militant. Je travaille autant la forme que le fond de mes romans. Mais j’utilise le polar dans un sens politique comme les écrivains des années 1970. J’admire beaucoup Manchette parce qu’il est un des premiers à avoir fait entrer la politique et le pouvoir dans le polar et à s'en être emparé comme sujet littéraire. Je fais de la politique au sens où je veux décrire la mort de l’Etat en Italie depuis plusieurs années, je veux décrire les liens de la Mafia avec les mondes de la finance et de la politique, je veux décrire la corruption économique très forte dans mon pays.
En Italie, plusieurs auteurs – Cataldo, Lucarelli, Fois… - renouvellent, comme vous, le polar en s’emparant de l’Histoire sombre du pays, et notamment des années de plomb…
Les années 1970, on y réfléchit maintenant parce que ce temps est passé et que les douleurs ont diminué. On peut en parler en littérature de manière plus apaisée et nuancée. Je le fais, moi, par petits morceaux dans mes romans. C’est un devoir d’en parler dans les livres, car dans la réalité, la droite comme la gauche refusent de faire le bilan de ces années. La droite veut réécrire en faux les années de plomb. Le pays a pourtant besoin d’une histoire claire, mais l’Italie est divisée sur ce point en deux camps qui ne veulent pas se parler.
Comment en sortir ?
A mon avis, une réconciliation nationale avec amnistie de tous les délits commis pendant ces années, est la seule façon de s’en tirer. Mais malheureusement, l’Italie n’est pas prête et l’Etat italien ne veut pas faire son autocritique.
Quel regard portez-vous sur l’affaire Battisti ?
En Italie, il est impossible de parler du cas de Cesare Battisti calmement. J’ai signé l’appel en sa faveur, et j’ai été accusé d’être un allié du terrorisme. Je le soutiens parce que je considère qu’il n’a pas eu un procès correct et la possibilité de se défendre des crimes dont on l’accuse. Il a été condamné par contumace, et en Italie, le droit ne permet pas de refaire le procès d’un accusé absent. Tant que la justice refusera de se réformer, l’affaire ne se calmera pas et on ne saura jamais la vérité.

Recueilli par Bastien Bonnefous
Photo : Laurent Cerino

Commentaires

A propos de Cesare Batttisti, je vous encourage à lire son dernier livre intitulé non "En fuite" mais "Ma Cavale". Ecrit en français, c'est vraiment un très bon récit, un cadeau pour tout ceux qui l'ont soutenu. En fait un mélange de Dernières cartouche pour la première partie et d'Avenida revolucion pour la seconde.
Il y a des auteurs condamnés à écrire pour survivre.
Pour en savoir plus :
http://www.ruedesboulets.com/article.php3?id_article=89

Écrit par : Rue des boulets | 28/04/2006

J'ai lu "L'immense obscurité de la mort", d'ailleurs j'en ai fait un billet le 8 octobre 2007. C'est vraiment très noir. Ce qui m'a un peu gênée, c'est que la victime devient bourreau et puis rien. Mais c'est un roman que l'on n'oublie pas. Comme vous, j'aime beaucoup ces édition Metalié

Écrit par : dasola | 31/01/2008

Les commentaires sont fermés.

 
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