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07/04/2006

Donald Westlake nous parle

Cet homme est une légende. A 73 ans, il a écrit plus de quarante romans noirs, certains drôles aux larmes, d'autres secs à trembler. Mais tous d'une imagination époustouflante et d'un style unique. Yeux bleus, cheveux blancs et rire franc, Westlake était ce week-end l'invité d'honneur du festival Quais du polar à Lyon. Interview dans Polar blog.

Pourquoi écrivez-vous?

J’ai toujours aimé écrire des histoires depuis tout enfant, pour m’évader à l’époque d’un quotidien ennuyeux. Aujourd’hui, ce qui me m’intéresse en tant que romancier, c’est de créer des personnages et de trouver les motivations qui les poussent à agir de telle ou telle manière.

Vous donnez dans des genres très différents, drôles ou au contraire extrêmement noirs. Mais vos histoires quoi qu’il arrive tournent toujours mal…

L’élève qui fait bien ses devoirs n’a pas de problèmes et donc pas d’histoires. Celui qui sèche les cours et ne travaille pas, finit toujours pas avoir des problèmes. Il est tout de suite plus intéressant car on veut savoir s’il va s’en tirer ou s’il va davantage encore s’enfoncer. Un ami qui organise des rencontres entre des écrivains et des étudiants d’une université du sud-est américain, m’a raconté un jour qu’il y a 20 ans un écrivain célèbre s’était pointé complètement ivre, et qu’aujourd’hui encore, les étudiants, qui ne l’ont pas connu, en parlent toujours. On ne retient toujours que ce qui ne marche pas.

Vous avez un don extraordinaire pour la fiction. Où trouvez-vous toutes vos idées?

Je n’en sais rien. Personne ne le sait, sauf Stephen King qui dit que je raconte des « petites histoires qui se passent à New-York ». Plus j’écris, plus les idées me viennent. L’écriture et l’imagination sont comme un muscle, plus on le travaille, moins on a de courbatures. Mon problème, ce n’est pas d’avoir des idées, mais de choisir entre toutes mes idées.

Vous ne faites pas de plan?

Jamais. Si je sais par avance comment va finir l’histoire, ça ne m’amuse pas. J’ai toujours un point de départ, et je me laisse porter par l’histoire. Pour mon prochain roman par exemple, l’idée de départ est qu’un type entre dans un bar et veut absolument parler à mon personnage Dortmunder. Je n’en sais pas plus pour l’instant, ni qui est ce type, ni ce qu’il veut dire à Dortmunder. On verra bien.

Comment écrivez-vous ?

J’écris tous les jours, pour entretenir la machine. Jusqu’à l’âge de 45 ans, ça venait facilement, depuis je ralentis, je ne sais pas pourquoi. Du coup, la question que je me pose toujours, c’est « qu’est-ce qui va se passer ? est-ce que je vais surmonter cela ?». La réponse vient plus ou moins vite, mais elle vient toujours, Dieu merci.

Dans les années 1960, vous avez acheté sept machines à écrire d’une même marque qui allait arrêter la production. Vous écrivez toujours sur ces machines ?

Oui, et heureusement pour moi, si ce type de machine n’existe plus, les rubans qui vont avec sont toujours produits. Donc je peux continuer à écrire.

Vous n’avez pas d’ordinateur ?

J’en ai un, mais uniquement pour les mails et les critiques que j’écris pour des journaux américains. Pour mes romans, je suis obligé de rendre à l’éditeur un manuscrit tapé à l’ordinateur. Donc je tape d’abord mon roman à la machine à écrire, puis je le recopie sur l’ordinateur.

Pourquoi ne pas écrire directement à l’ordinateur ?

Parce que je ne maîtrise pas assez cette technologie. Si j’écrivais à l’ordinateur, je ne penserais qu’à l’ordinateur. Quand j’écris à la machine, je ne pense qu’à l’histoire de mon roman.

Avez-vous l’ambition de laisser une trace dans la littérature ?

Je n’écris pas pour la postérité, j’écris uniquement par plaisir. Il y a plusieurs années, un acteur très célèbre d’Hollywood voulait adapter un de mes romans au cinéma, mais finalement ça ne s’est pas fait. Son agent m’a expliqué à l’époque, que l’acteur voulait faire un film pour la postérité et qu’il a pensé que ça ne collerait pas finalement avec mon roman. Je trouve cela totalement absurde.

Vous avez commencé très tôt à écrire, dès l’âge de 20 ans, vous avez travaillé dans l’édition. De votre vie, vous n’avez fait finalement qu’écrire. Si vous n’aviez pas été romancier, quel métier auriez-vous exercé ?

Peut-être manager de supermarché, parce que mon père était comptable et connaissait bien ce milieu. Mais alors je serais mort il y a neuf ans parce qu’à cette époque, j’avais fait un check-up médical comme chaque année, et mon médecin avait décelé un problème cardiaque important. Un spécialiste m’a opéré et sauvé la vie. Après coup, mon médecin m’a dit qu’il avait pris soin de moi parce que j’étais écrivain et que c’était important pour lui. Si j’avais été manager de supermarché, il ne se serait peut-être pas intéressé à moi… Etre écrivain m’a sauvé.

Dans les Sentiers du désastre, votre dernier roman, aucune histoire n’aboutit et pourtant vous tenez le lecteur en haleine…

Un vieil adage dit que ce qui compte dans un voyage, c’est le voyage lui-même, pas la destination.

Recueillis par Bastien Bonnefous
Photo : Laurent Cerino

11:20 Publié dans Interview | Lien permanent | Commentaires (17)

Commentaires

Encore une belle interview !
Une suggestion : pourquoi ne pas profiter de la sortie d'un roman ou d'une interview d'un auteur célèbre pour proposer une liste de ses 5 oeuvres à lire absolument ou le titre du livre dans lequel apparaît son personnage fétiche ? Cela aiderait ceux qui ne le connaissent pas encore et qui ont envie de le découvrir en "commençant par le début".

Écrit par : Matteo | 04/04/2006

J'ai rencontré Westlake en 1985, puis en 1997, puis en 2006 à Lyon et j'ai lu presque tous ses livres. Je croyais donc tout savoir sur lui mais dans sa petite interview Bastien Bonnefous m'a appris des choses que je ne connaissais pas.
Je dis donc bravo Bastien, malgré sa brieveté, cet entretien est fort bien conçu et le site très agréable à visionner. Merci.

Écrit par : Claude Mesplède | 04/04/2006

Moi, je ne peux pas me vanter que j'ai lu beaucoup de livre de Westlake, mais quelques uns, oui. A vrai dire, je prefere ce genre de la litterature, malgre que j'enseigne la litterature classique anglaise. Merci pour une telle bonne interview.

Écrit par : Morgan - Copy Watches | 20/02/2009

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Écrit par : rolex replica | 25/05/2009

J'avais bien aimé le Couperet !

Écrit par : Tietie007 | 26/06/2009

Bonjour !
Manifestement ,ton blog a de quoi faire p

Écrit par : easydentic | 08/12/2009

Hello!
Sincerement ,ton blog a de quoi faire rager l ecran d'un journaliste professionnel. :)

Écrit par : easydentic | 09/12/2009

Je croyais donc tout savoir sur lui mais dans sa petite interview Bastien Bonnefous m'a appris des choses que je ne connaissais pas.
Je dis donc bravo Bastien

Écrit par : alergias | 11/01/2010

J'ai rencontré Westlake en 1985, puis en 1997, puis en 2006 à Lyon et j'ai lu presque tous ses livres.

Écrit par : credito rapido | 11/01/2010

It is an outstanding solution and clearly written post. I managed to understand it right away!

Écrit par : chatroulette application | 17/04/2010

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Écrit par : true religion | 18/10/2010

merci superbe interview

Écrit par : real madrid | 29/11/2010

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Écrit par : college board | 21/02/2011

puis en 1997, puis en 2006 à Lyon et j'ai lu presque tous ses livres.

Écrit par : Latest Bollywood Wallpapers | 27/02/2011

Comme tout le monde sait que c'est si difficile de trouver quoi que ce soit vraiment digne dans le filet et c'est un vrai régal pour trouver votre site. Allez-vous continuer d'afficher quelque chose comme ça?

Écrit par : purchase essay | 07/05/2011

As I know, Westlake was an occasional contributor to science fiction fanzines such as Xero, and used Xero as a venue for a harsh announcement that he was leaving the science fiction field

Écrit par : custom paper | 10/06/2011

I think the great novelists have brought us to see whatever they wish us to see through some character. Otherwise they would not be novelists, but poets, historians, or pamphleteers.

Écrit par : writing company | 17/06/2011

Les commentaires sont fermés.

 
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